Archive pour rencontre

Au revoir Lukasz

Posted in Uncategorized with tags , , on 9 avril 2010 by vanes

Lukasz Jaworski

Son nom vous dit rien, j’en suis sûr. Certains l’on connu sous le nom de Luke, moi sous celui de Lukasz, son vrai nom qu’on prononce Lucas.

Lorsqu’on voyage, on vit des expériences éphémères ainsi que des rencontres tout aussi éphémères. Certaines personnes nous marquent, d’autres moins.

Je voyage seule. J’attire la compagnie assez facilement. Que ce soit par les locaux qui se gênent moins à parler à une voyageuse solo ou encore par d’autres touristes dans la même situation que moi, on m’aborde souvent. Je dis que je voyage seule, mais ce n’est pas totalement vrai. Du moins au Moyen-Orient, les gens sont d’une gentillesse incroyable et sont tous aussi curieux que moi à en savoir sur les autres cultures et spécialement celle occidentale, du Canada. Ainsi, les trois mois extraordinaires que j’ai passés seule dans les pays arabo-musulmans en 2008, je n’étais en réalité que très rarement face à moi–même.

Je vous ai parlé du couchsurfing plus tôt dans mon blogue, ce site internet qui offre la possibilité aux voyageurs d’expérimenter un voyage d’une autre façon que par les auberges de jeunesse, par la vision de l’habitant. Évidemment, ce site est moins populaire dans les pays arabo-musulmans quoi qu’il y a quelques personnes qui offrent leur sofa. Certains couchsurfers vont même jusqu’à offrir une chambre dans leur hôtel, ou plutôt dans l’hôtel de papa. Les fils sont souvent les gérants de ces hôtels et donc une entreprise familiale.

En Mai 2008, j’arrive à Aleppo en Syrie. Il s’agit de mon premier contact réel dans le pays, car dès mon entrée par la frontière au sud de Sanliurfa en Turquie, je pris de peine et de misère deux bus pour me rendre à Aleppo. Hussam, membre du couchsurfing, m’accueil dans son hôtel de charme, Dar Halabia. J’ai une chambre à moi avec une salle de bain. Le vrai luxe pour quelqu’un qui est habitué à un lit plutôt « crade » dans un dortoir avec la salle de bain commune dont je vous épargne les détails. Le jour, je me promène dans la ville, visite la citadelle, et le soir, Hussam m’amène fumer le narguilé et me promener. Un jour, alors que je suis à l’hôtel à écrire des courriels et faire des recherches sur l’ordinateur portable de mon hôte, un groupe arrive et on leur sert un plateau rempli de tasses de thé, le « welcome tea » ou «hospitality tea». J’observe la scène. Un jeune homme aux yeux bleus explique à son groupe le déroulement de l’après-midi avant de les laisser rejoindre leur chambre respective. Il s’agit d’un guide qui s’occupe de faire des tours guidées de deux à trois semaines en Syrie et en Jordanie. Il me parle un peu, sans plus.

Je continue mon chemin dans ce pays que j’affectionne beaucoup. Je poursuis mon chemin de Aleppo à Lattakia, Homs, Hama avant de me rendre à Palmyra, chez un autre couchsurfer, Hany. Hany qui possède un café internet dans l’arrière boutique du restaurant familial, j’ai donc accès illimité à l’internet. J’en profite pour donner un peu de nouvelles et flâner dans les alentours. Un après-midi, Hany me signal qu’il sera occupé puisqu’un groupe de touristes a réservé pour le diner. Pas de problème. Je parle avec un de ses millions de cousins qui passent et partent le temps d’un café ou d’un thé quand un jeune homme entre dans le coin du café internet. Je le reconnais et lui de même. Il s’agit du même jeune homme guide rencontré plutôt durant mon voyage. On discute un peu après s’être posé les questions habituelles. Il est Polonais et son nom est Lukasz. Tout ce qui est Polonais ou Europe de l’Est me fais penser à mon amie Magdalena qu’on confond souvent pour ma sœur. Il m’explique qu’il gagne sa vie avec ces tours guidés pour le moment, mais qu’il commence à s’en lasser. Le lendemain, ils partent pour une autre ville et ce sera la dernière fois que je le verrai.

Puis quelques semaines plus tard, je fais la rencontre de Jullian à l’hôtel Talal de Beyrouth, ce super Français avec qui j’ai partagé de bons repas à l’hôtel, mais surtout sorti en boîte libanaise comme jamais. Il possède un blogue que j’ai eu beaucoup de plaisir et de nostalgie à lire. Lui, il a continué de voyager plus d’un an après notre rencontre. C’est par son blogue que j’ai lu sa rencontre avec un certain Luke! Quel hasard, ils se sont rencontré en Inde et ont passé quelques temps ensemble. Luke a laissé son emploi de guide pour voyager simplement et pratiquer la photographie.

Le 8 avril 2010, je lis le statut de « facebook » de Jullian qui dit ceci: «just can’t beleive Luke is dead». Je fais le lien avec cette brève rencontre il y a presque deux ans de cela. Je contacte Jullian immédiatement pour avoir des détails. Il n’en sait pas plus sur le sujet mais m’envoi un lien. Luke travaillait pour un genre groupe de photographes sur l’internet.

Lukasz est décédé le dimanche de Pâques, alors qu’il allait prendre des photos d’une église à Lalibela en Éthiopie. Il a glissé d’une pente abrupte et s’est gravement blessé dans sa chute. Son décès a été constaté en attendant le transport pour se rendre à l’hôpital de la capitale éthiopienne, Addis Ababa.

En lisant la nouvelle, j’ai eu le choc accompagné d’un pincement au coeur, bien que je ne l’ai pas connu de proche. Ce sont des choses qui arrivent, mais lorsqu’elles arrivent à quelqu’un que tu as côtoyé, c’est toujours étrange.

J’ai toujours dit aux gens qui m’ont demandé si les pays que j’allais visiter étaient dangereux, si je craignais pour ma vie et si j’avais peur de ce que j’allais entreprendre. À cela, j’ai toujours répondu que si j’avais à mourir là bas, que ce soit en Iran ou dans un autre pays, je décèderai heureuse, dans mon élément, en voyage.

Il aura laissé sa vie lors d’un voyage, là où il était le plus heureux, lui aussi.

À Lukasz, à sa famille et à tous ceux qui l’ont connu de proche ou de loin.

مع السلامة (Ma’a assalama) (Que la paix soit sur toi)

Lukasz

فانيسا

vanes

«L’amertume de la mort est en raison de la crainte qu’elle inspire.» (proverbe arabe)

http://obscura.com.au/news/luk.html

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Le hasard fait bien les choses

Posted in palestine, Uncategorized with tags , , , , on 8 octobre 2009 by vanes

Selon le nouveau petit Robert le mot HASARD signifie:

Cas, événement fortuit; concours de circonstances inattendu et  inexplicable. Quel hasard! – coïncidence.

Être là au bon moment, au bon endroit et parler avec la bonne personne n’est pas toujours évident. Qu’est ce qu’il fait bien les choses ce hasard! Lorsqu’on le rencontre, il rend notre expérience plus enrichissante ou plus amusante selon le cas. En voyage le hasard est toujours présent, car oui nous échappons à certaines choses, mais de toute façon, celles-ci nous donnent droit à d’autres choses. Enfin bref, vous comprenez le principe.

Je ne peux pas vous affirmer que je suis une personne de particulièrement chanceuse ou que j’attire les hasards, mais il m’est arrivé de belles surprises durant mes voyages. Une histoire en particulier retient mon attention et restera à jamais gravée dans ma mémoire et dans mon cœur.

Je ne vous parlerai pas du fait que j’ai rencontré un touriste à la frontière d’un pays difficile avec qui j’ai eu la chance de faire le trajet, mais plutôt d’une occasion rêvée dont j’ai bénéficiée par l’entremise d’une rencontre sur mon chemin.

Cette rencontre que j’ai réellement envie de partager avec vous a participé fortement à ma décision d’apprendre l’arabe ainsi que l’histoire qui se cache derrière cette région du monde qui me passionne tant qu’est le Moyen Orient.

Egill et moi à Beyrouth au Liban

Egill et moi à Beyrouth au Liban

C’était durant mon séjour en Iran en avril 2008 et ça devait faire une semaine que j’avais mis les pieds dans le pays. Je suivais le trajet soi-disant touristique bien que j’ai dû en rencontrer une dizaine tout au plus durant mes deux semaines et demie et ce, uniquement des hommes. Je partais de Esfahan pour la ville de Yazd où j’avais été hébergée par un frère et une sœur iraniens du site de couchsurfing avec deux Islandais et une Anglaise. Nous avons passé quelques jours ensemble et partagé beaucoup d’histoires de voyage entre nous. Les Islandais me parlaient d’un autre Islandais qu’ils avaient rencontré à un moment ou un autre durant leur voyage. Ce troisième Islandais était allé en Afghanistan pour une durée de six semaines et je me rappelle avoir été impressionnée. Du coup parce que je n’avais jamais rencontré un Islandais et voilà que trois se promenaient en Iran, mais aussi parce que ce jeune homme de dix-neuf ans à l’époque, avait été en Afghanistan, un des deux pays redoutables avec l’Arabie saoudite que j’aimerais bien visiter avant de mourir.

Je prends donc le bus pour Yazd, où je me trouve une « auberge de jeunesse » près de la belle mosquée Jameh. Dès mon arrivée, c’est inévitable, j’entends encore parler de ce jeune Islandais par d’autres backpacker qui eux, m’invite à me joindre à eux dans l’auberge d’en face afin de partager un narguilé. C’est là que je fais la rencontre de cet étrange garçon, Egill, l’Islandais. Il travaillait afin de ramasser des sous ou plutôt dans le but de ne pas payer son logement. Rien de particulier, nous échangeons tous ensemble entre touristes sur notre expérience en Iran et les autres sont curieux d’entendre ma version, celle d’une femme seule voyageant en Iran. Je passe deux jours dans cette ville avant de continuer mon chemin vers Shiraz, pour ensuite retourner à Téhéran d’où je prendrai le bus ou le train vers la Turquie.

Arrivée à l’auberge de Téhéran, je recroise Egill avec qui, cette fois, je discute seul à seul et véritablement. Je lui fais part de mes plans pour le reste de mon voyage : la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Israël. Il me demanda si j’allais visiter la Palestine et moi sans plan précis et en ignorant un peu la situation de l’Israël, je n’avais pas pensé de le faire. Il me déclara que si j’allais en Palestine, je ne voudrais plus rien savoir de l’Israël. Il finit en me disant qu’il sera au Liban en même temps que moi et on s’échangea nos adresses électroniques pour peut-être inch’allah, se revoir à Beyrouth. Eh bien Dieu l’a voulut!

On s’est revu, sans mon hijab, pendant deux jours à faire la fête, aller à la plage et déambuler dans les rues de la capitale du Liban.

L’année précédente, Egill avait participé à un camp international d’une durée de deux semaines à Nablus en Palestine. Ce camp consistait à venir en aide à un camp de réfugiés en organisant des activités pour les jeunes réfugiés. Egill me remit les coordonnés du fondateur du camp en me disant que j’allais être bien accueillie.

enfants du camp de réfugiés Askar en Palestine

enfants du camp de réfugiés Askar en Palestine

Comme de fait, bien que j’étais un peu gênée au début, Amjad, un des fondateurs du camp de refugiés Askar s’organisa pour que quelqu’un vienne me chercher ainsi que je sois hébergée par une famille du camp pour la première nuit. Puis les deux autres jours, Amjad m’hébergea dans sa maison et me traîna partout pour me montrer les différents centres que ce camp renferme. Ces centres s’apparentent à de petites écoles avec des salles de motricité, de thérapeute, d’art thérapie etc.

Raed et moi du haut du camp de réfugiés Askar, Palestine

Raed et moi du haut du camp de réfugiés Askar, Palestine

Ma première journée fut extra! Raed, Khalil, Mohammad et Samii me firent visiter la ville de Nablus à pied avec deux autres touristes. Un moment merveilleux et très émouvant, car ces jeunes nous ont raconté des histoires par rapport à la ville et les israéliens. Par exemple, une maison a été détruite par un bulldozer conduit par un Israélien, puisque l’entrée dans la ville est trop petite pour que cet engin puisse passer. En commémoration de l’événement qu’ils qualifient de massacre, une plaque avec le nom des membres de la famille a été érigée et la maison n’a pas été restaurée. Aussi, ce chemin où les petits palestiniens marchent pour se rendre à l’école qu’ils surnomment the jewish road, car il est fréquent qu’un enfant palestinien se fasse tirer par un Israélien sur ce

Plaque commémorative du massacre

Plaque commémorative du massacre

chemin, comme ça.

Maison de Nablus défoncée par un bulldozer

Maison de Nablus défoncée par un bulldozer

Puis, la deuxième journée je la passai dans les centres où les enfants font des activités soit de danse, d’art plastique, de musique, etc. J’ai eu cette chance inouïe de voir ces jeunes de 16 à 24 ans, amuser les plus jeunes en leur transmettant leur savoir. Ces jeunes animateurs bénévoles m’ont beaucoup touché puisque tous les jours, ils se rendent dans les centres afin de donner de leur temps et de leur énergie en sachant très bien que ce n’est pas pour l’argent qu’ils le font, mais pour aider ces jeunes à se développer malgré leur situation de vie difficile. Mohammed doit avoir deux ans de moins que moi et il enseigne la danse traditionnelle palestinienne, la Dabkah à ces jeunes réfugiés depuis quelques années, ce qui les amène à voyager en Europe afin de participer à des concours dans plusieurs pays. C’est une chance incroyable pour eux de voir le monde à l’extérieur de la Palestine à travers leur dance. Vu l’intérêt que j’avais pour l’arabe, ce même Mohammad prenait plaisir à m’apprendre quelques mots et expressions lors de mon passage que j’utilisais par la suite avec les autres du camp qui bien évidemment en furent ravis.

J’ai beau essayer de vous transmettre l’énergie que tous ces Palestiniens possèdent, la gentillesse, la générosité et de vous décrire la grandeur de leur cœur, malgré que ce soit des gens pauvres vivant dans une situation difficile, je ne sens aucunement que je leur rends justice. Ils m’ont offert une expérience inoubliable et j’en suis très reconnaissante. J’en ai les larmes aux yeux juste à y penser. J’ai vraiment compris ce que Egill voulait dire.

Mohammad mon professeur d'arabe en Palestine

Mohammad mon professeur d'arabe en Palestine

En partant, j’ai eu le cœur gros, le cœur plein d’amour et cette profonde envie de connaître leur histoire et leur langue qui pour moi, est plus profonde, plus romantique, plus mélodieuse que l’Italien. Je me suis donc inscrite à un programme en langue et culture arabe et j’ai gardé contact avec beaucoup d’entre eux avec qui je communique sur une base hebdomadaire afin de partager nos différences de cultures et combler notre curiosité mutuelle sur nos pays

Ces jeunes me suivent dans mon apprentissage de la langue arabe et sont toujours prêts à m’offrir de leur temps pour répondre à mes questions et m’aider dans mes devoirs d’arabe. Je les remercie toujours du fond de mon cœur et si seulement ils comprenaient le français ils pourraient lire mon blogue et ce que j’écris sur eux.

Diner à Nablus avec les fondateurs du camp Askar

Diner à Nablus avec les fondateurs du camp Askar

Alors voilà que j’ai rencontré Egill à Yazd en Iran, recroisé à Téhéran pour se revoir à Beyrouth durant le même voyage et finalement en juin de cette année, à New York alors qu’il réalisait un stage de photo chez le photographe connu grâce à la photo de l’Afghane du National Géographic.

Un an plus tard Egill et moi à New York

Un an plus tard Egill et moi à New York

C’est incroyable ce que le hasard de ces rencontres anodines de voyage peut faire. Je remercie toutes ces personnes qui m’ont permis de vivre des expériences au delà de ce que j’espérais vivre! Moi, en revanche, j’essaie de faire la même chose, afin que d’autres bénéficient de mes expériences pour qu’ils puissent créer les leurs!

Merci encore de me lire, merci pour votre curiosité et votre volonté d’en apprendre davantage sur ce monde, sur mon monde!

فانيسا

vanes

Le hasard est le voyage de l’incognito. (proverbe arabe)

Voici le site web du Camp Askar, pour plus d’informations: http://www.darna-nablus.ps