Archive pour proche orient

Frustration jordanienne

Posted in jordanie, Uncategorized with tags , , , , , on 20 septembre 2009 by vanes

Si on considère que l’opposé de l’amour est la haine, alors en voyage l’opposé de vivre de beaux moments, est la frustration. On éprouve souvent cette dernière malgré nous, du moins je la rencontre de temps à autre. Il s’agit d’un genre de test que la vie nous envoie ou plutôt un test pour nous montrer qu’en voyage aussi, la vie n’est pas parfaite. Je vous avais déjà mentionné que je ne vivais, à un certain moment, que pour les voyages. C’est une affirmation qui tient toujours malgré qu’il y ait enfin autre chose qui me nourrit également. Je n’ai jamais non plus dit, que voyager était facile. J’en ai vécu la preuve en Jordanie à la mi-juin 2008.

Entrée de Petra, Jordanie

Entrée de Petra, Jordanie

Aaaah la Jordanie! Bien que ce soit un pays arabe et que je suis une amoureuse inconditionnelle des pays arabes, je dois avouer que ce ne fut pas évident pour moi d’y voyager. Je ne devrais pas généraliser, car j’ai passé quelques jours merveilleux en compagnie de la sœur d’une amie libanaise de mon frère, avec qui il a étudié à Milan en Italie, il y a de cela plusieurs années. Alors que je passais quelques jours dans la capitale de la Jordanie, Amman, en compagnie de cette Libanaise, nous avons fait une escapade dans le plus beau désert que j’ai visité ainsi qu’un détour à la mer morte. Puis, arrive le temps où je suis laissée à moi même, ou plutôt le moment où je décide de continuer mon chemin afin de visiter Pétra. Pétra est une ancienne cité de la Jordanie crée au IIIe siècle par les Nabétéens, qui se retrouve à l’opposé de Amman, donc au Sud du pays. De plus, elle fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985 et l’alentour du site est proclamé parc national archéologique en 1993. Cette cité se trouve donc à trois heures de route de Amman, mon point de départ, et le trajet en autobus est supposé être d’une durée de maximum de quatre heures selon le guide de voyage Lonely Planet. Eh bien

Al-Khazneh, trésorie de Petra, Jordanie

Al-Khazneh, trésorie de Petra, Jordanie

moi, ça m’en a pris huit, plus que le double du temps réel. Vous comprendrez que c’est durant ces huit longues heures, que la frustration s’est manifestée en moi.

C’était un dimanche matin toujours aussi ensoleillé et chaud que les autres. J’étais à Amman, dans l’appartement luxueux où demeurait la Libanaise durant son séjour. Évidemment, en tant que backpacker, lorsque nous avons une chambre, nous en profitons et autant plus lorsque la salle de bain y est reliée. Je pris donc mon temps pour faire ma toilette et préparer mon immense sac pour le trajet. J’ai même pu raidir mes cheveux avec le fer plat de mon amie et ça, c’est merveilleux comme moment en voyage après plus de deux mois de voyage. Dans mon guide, c’est indiqué comment me rendre à l’intersection ou se trouve l’agence

 Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

où je dois acheter mon billet. Je m’y rends en taxi pour me rendre compte que l’agence est située plus loin. Évidemment tous se parlent en Arabe et moi je ne comprends rien. On me dit qu’il n’y a plus de bus et qu’il faudra attendre au lendemain. Habituée à ce genre d’information, je tourne les talons et me rends dans une agence de voyage où un agent m’indique la vraie station de bus. Je prends un autre taxi pour m’y rendre. La station se situe tout près d’un marché du style du marché Jean Talon avec pleins d’autobus qui arrivent ou partent. Je tente de demander de l’information, je dis bien je tente de demander de l’information, mais il ne s’agit pas des bonnes personnes. Les messieurs se bousculent pour me parler en même temps dans un anglais très douteux pour me dire de prendre un taxi privé pour y aller : ma fii bus ma fii servis (il n’y a pas de bus ni de taxi partagé, seulement privé, donc plus cher). Attendez là, il s’agit d’un des sites les plus populaires du Moyen Orient et nous sommes en pleine saison et on me dit qu’il n’y a pas de bus? Je ne suis pas dupe quand même. La Jordanie est un pays du Proche Orient assez dispendieux d’autant plus après la Syrie où le coût de la vie est plus que minime. Je ne peux me permettre de prendre un autre taxi jusqu’à Petra. On m’indique alors la queue pour le bus direct vers Petra. Une file de personnes s’y retrouvent en position d’attente. Toutes sont assises contre leurs bagages ou encore mangent, comme si elles savaient que le bus ne sera pas là de sitôt. J’aborde quelques passagers mais en vain. Personne ne

 Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

veut me dire quand le bus viendra. On me dit 30 minutes, une heure, deux heures insh’allah (si Dieu le veut) aujourd’hui. Les gens me regardent me promener d’un bord à l’autre avec mon immense sac sans vouloir me répondre. J’ai l’impression qu’ils se sont tous passés le mot avec un seul regard, un genre de solidarité entre eux pour faire suer les voyageurs. Là, je commence à perdre le peu de patience que je peux peut-être avoir. Les hommes du début prennent plaisir à me voir fulminer. Après un moment de désespoir, un jeune homme m’indique qu’il est possible de me rendre à Petra avec un autobus qui se rend dans la ville de Ma’han d’où un taxi partagé ou un minibus m’amènera au bord de cette cité. Je suis enfin soulagée et je vais au marché m’approvisionner de quelques fruits délicieux pour la route.

Arrivée à Ma’han, le conducteur, toujours avec aucune connaissance d’anglais, me fait comprendre qu’il n’y a pas de minibus, ni de taxi service jusqu’à Petra.

Here we go again!

 Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

Là, vraiment, je lui ai fait comprendre de m’amener directement avec son méga bus jusqu’à Petra et qu’il n’avait pas le choix. Cependant il doit retourner à Amman. Je ne veux pas débarquer et il voit mon désespoir. Il reprend la route alors que moi j’ignore où il me mène. Il s’arrête sur l’autoroute et me dit d’attendre que le bus de Amman arrive et de faire signe pour que je puisse monter et continuer avec celui-ci. Il en n’est absolument pas question. Il se fait tard et je ne veux pas me faire avoir pour une millième fois. Il descend et intercepte une automobile où il discute avec deux jeunes hommes Jordaniens afin de les convaincre de me conduire là où j’aurais dû être conduite. Ceux-ci accepte mais veulent un bakshish, un pourboire. Je refuse de débourser un sous de plus vu qu’on m’a mal informé à Amman, comme pour se débarrasser de moi. Le chauffeur se décide à les payer et les Jordaniens m’amènent. Encore une fois, qui aurait accepté une telle situation? Moi! Ce n’est pas tout, car ça ne pouvait pas être si simple. Les gars ne parlaient pas un mot d’anglais et me faisait comprendre par les signes que celui coté passager voulait s’asseoir auprès de moi, sur la banquette arrière. Je mets la main dans mon sac et heureusement j’avais négligé d’y faire le ménage et j’y j’avais laissé une fausse bague de mariage acheté chez Ardene à Montréal en cas de besoin, que j’enfilai à mon doigt. Je leur montre que je suis mariée et que non, il ne peut pas s’asseoir à mes côté puisque le chauffeur l’a payé pour me rendre service. Je ne vous cache pas que j’avais la main droite sur la poignée de la portière et l’autre sur mon sac, prête à sauter hors du véhicule!

Il est huit heures du soir quand j’arrive à Petra. Épuisée et surtout irritée d’avoir dû me battre pour visiter un des sites les plus touristiques du pays. Que de frustration!

Encore aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi ces Jordaniens sont aussi désagréables envers les touristes. Ils ne semblent pas vouloir nous aider mais plutôt nous soutirer le plus de sous possible. Aussi, ils pensent peut-être que nous sommes riches, mais la valeur de leur monnaie est aussi forte sinon plus que la nôtre.

 Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

Plusieurs voyageurs m’ont confirmé cette affirmation et même des arabes des pays voisins. Peut-être que ces sites sont pourris par le tourisme, mais les Jordaniens nous offrent nullement une expérience agréable dans leur pays et c’est dommage. Pour ma part, j’ai fait le tour et je n’y retournerais probablement pas en  grande partie à cause de leur comportement envers les touristes.

Ces frustrations ne perdurent que rarement, car il y toujours un événement qui survient par la suite, pour les dédramatiser, voire les effacer. Par contre ça, c’est une autre histoire!

فانيسا

vanes

Ne fais jamais rien dans la colère: hisserais-tu les voiles dans la tempête. (proverbe arabe)


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Il y a un monde arabe et il y a l’Iran et la Turquie

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , , , on 13 septembre 2009 by vanes

Premièrement je dois mettre une chose au clair. Probablement une justification de ma part que vous trouverez peut-être anodine, qui selon moi,

Ruines de Palmyra, Syrie

Ruines de Palmyra, Syrie

est très importante. Mon blog est centré autour de moi et mes expériences dans le monde arabe, comme le titre l’indique, « Il y a un monde arabe, et il y a mon monde ». Vous avez dû vous rendre compte que je parle beaucoup de l’Iran, un pays qui m’a énormément marqué auquel se rattachent

Camp de réfugiers Askar à Nablus, Palestine

Camp de réfugiers Askar à Nablus, Palestine

beaucoup d’anecdotes et qui possède une façon de fonctionner très différente de la nôtre. Je ne pensais pas en parler autant, mais parfois ce que notre

Imam khomeini square, Esfahan, Iran

Imam khomeini square, Esfahan, Iran

tête nous dit n’est pas en accord avec notre cœur ou nos sentiments. Lorsque je me mets à écrire, je reviens souvent sur des évènements, phénomènes et anecdotes qui proviennent de la région perse plus qu’arabe. Ayant eu le privilège de voir ce qu’est ce pays, je me fais un plaisir que de partager mon expérience et mes chocs culturels.

De plus, je parlerai souvent de la Turquie, pays également musulman mais pas arabe. Le pays que je

Uçhisar près de Göreme en Capadocce en Turquie

Uçhisar près de Göreme en Capadocce en Turquie

considère comme mon favori alors que je serai à ma troisième visite lors de la prochaine période des fêtes. Pour les besoins de la cause j’englobe ces deux pays non arabes dans « mon monde arabe ». Ne soyez donc pas offusqués chers lecteurs turcs ou iraniens, en espérant en avoir quelques uns. Je fais la différence et je l’ai surtout vécue. Lorsque je parle du Moyen Orient, géographiquement parlant l’Iran et la Turquie s’y rattachent. Pour ce qui est du monde arabe, ils en sont exclus.

Il est parfois difficile de s’y retrouver alors voici une brève description des délimitations des territoires qui pourra surement vous éclairer un peu. La région du Moyen et Proche Orient se trouvent à la jonction de trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Il est difficile de délimiter les frontières de celle-ci. Pour l’Europe, qui se considère le centre du monde, l’expression « Proche Orient »

Istanbul, Turquie

Istanbul, Turquie

serait le synonyme de Levant (là où le soleil se lève). Cette région comprendrait l’Égypte, le Liban, les territoires palestiniens, la Syrie, la Jordanie, l’Israël et l’Irak. «On y adjoint parfois la Turquie, l’Azerbaïdjan et Chypre ou

Ramallah

Ramallah

encore les pays du Maghreb pour des raisons historiques ou de proximité culturelle[1]».  Il s’agit du croissant fertile situé à l’est de la Méditerranée. Quant à elle. l’expression « Moyen Orient », employée pour la première fois en 1902, est d’origine anglo-saxonne (Middle East) et désigne la région comprise entre la rive est de la mer Méditerranée et la ligne tracée par la frontière entre l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan.  Elle s’étend donc de l’Égypte à l’Iran. Bien qu’on étende cette région aux pays du Maghreb en raison de fortes associations culturelles et historiques, ceux-ci ne devraient pas en faire partie. Comme on peut le constater, la délimitation du Proche et Moyen Orient est déterminée

Aleppo, Syrie

Aleppo, Syrie

par des facteurs géopolitiques.  De plus, les dénominations sont issues d’intérêts étrangers, ceux des superpuissances, puisqu’il s’agit d’un espace géopolitique surchargé d’histoire presque écrasé par celle-ci et

Jerusalem, Israël

Jerusalem, Israël

influencé grandement par l’extérieur. Bref, le Proche et Moyen Orient n’ont aucune délimitation officielle et leurs frontières demeurent donc plutôt floues.

Il s’agit d’une région très fragile, en raison d’« échecs des arabes au cours des derniers siècles, à retrouver leur identité, à constituer leur unité et leur souveraineté sur des territoires qu’ils peuplent sans discontinuer depuis le VIIe siècle […] s’ils avaient réussi, ils auraient donné à la région des frontières stables et définies[2]». Elle a toujours subi la volonté des autres avant de faire valoir les siennes. Dans la conscience européenne, la région proche orientale n’a pas d’identité affirmée car «ce sont ces changements fréquents de frontière administrative qui sont à l’origine des contentieux historiques territoriaux, avoués ou refoulés peuvent exister entre les états arabes issus du démembrement de l’empire Ottoman[3]».

Tripoli, Liban

Tripoli, Liban

rue d'Aleppo, Syrie

rue d'Aleppo, Syrie

Avant la conversion de la région à l’Islam, il y avait plusieurs Proche-Orient n’ayant aucune relation entre eux. Chacun a tenté de l’organiser en fonction des intérêts de sa dynastie, ce qui crée aujourd’hui un déchirement identitaire. C’est au 7e siècle que cette région a été conquise par les Arabes au nom de l’Islam. C’est ainsi que l’Islam pourrait servir de critère de rapprochement pour unifier la région du Proche-Orient, puisque 90% de la population est musulmane sunnite. Toutefois les trois religions monothéistes en présence sont incapables d’unité : l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Par ailleurs, le monde arabe de cette région n’est aucunement homogène dû, entre

Beirut, Liban

Beirut, Liban

autres, aux minorités religieuses tels les coptes, les kurdes, etc. et ainsi divisé ne peut décider de son propre sort. Des différences entre la majorité et les minorités religieuses créent des conflits et ce même à l’intérieur d’un même pays, à la fois au niveau de la culture, de la politique ou de la religion, comme par exemple au Liban entre les maronites et les musulmans. Cela constitue un autre sujet qui mérite un article en entier vu sa complexité.

Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

فانيسا

vaness

Dieu nous donne des mains, mais il ne bâtit pas les ponts. (proverbe arabe)


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Proche_Orient

[2] Corm, Georges. Le Proche-Orient éclaté 1956-2007, Paris, Collection Folio Histoire, édition La Découverte, 2007 p.63

[3] Corm, Georges. Le Proche-Orient éclaté 1956-2007, Paris, Collection Folio Histoire, édition La Découverte, 2007, p.103