Archive pour prière

L’adhan (l’azan), l’appel à la prière

Posted in jordanie, syrie, turquie, Uncategorized with tags , , , , , , on 31 mai 2010 by vanes

allāhu ākbar āš’hadu ānna lā ilaha illā-l-lāh

āš’hadu ānna mūḥammad ār-rasūlu-l-lāh

ḥayyā ʿalā-ṣ-ṣalāt

ḥayyā ʿalā-l-falāḥ

aṣ-ṣalātu ḫayru min an-naūm

allāhu ākbar

lā ilaha illā-l-lāh

Dieu est le plus grand

J’atteste qu’il n’y a de vraie divinité hormis Dieu

J’atteste que Mahomet est le messager de Dieu

Venez à la prière

Venez à la félicité,

La prière est meilleure que le sommeil.

Dieu est le plus grand.

Il n’y a de vraie divinité hormis Dieu

Ces quelques phrases résonnent dans toutes villes musulmanes cinq fois par jour et ce, sept jours sur sept. Il s’agit des paroles prononcées par un mu’adhdhin (prononcé muezzin) c’est-à-dire celui qui fait l’appel à la prière. L’adhan (prononcé azan) est ce qu’on appel l’appel à la prière pour les musulmans. Elle se fait entendre du haut de tous les minarets des mosquées, créant ainsi une chorale d’appels à la prière, puisqu’il ressemble à un chant produisant cet effet de sound surrounded. Quelques modifications s’appliquent pour l’adhan chiite avec le rajout de deux phrases.

La prière prend une place très importante chez les musulmans puisqu’il s’agit du deuxième des cinq piliers de l’Islam. Elle se traduit aussi par un acte de soumission envers Dieu, Allah. Elle doit être accomplie dans la pureté et ainsi tous musulmans ont recours aux ablutions avec de l’eau puis doivent l’exécuter en direction de la Mecque. Le premier appel à la prière se fait à l’aube, la deuxième lorsque le soleil est au zénith, c’est-à-dire à la mi–journée. Ensuite, celle de la mi-après-midi se fait à la fin de la descente du zénith, suivie de celle de la fin de journée, au coucher du soleil. La dernière et non la moindre puisqu’elle se fait durant la nuit, est celle qui demande le plus de dévotion de la part des croyants.

Bien que l’adhan résonne dans la ville cinq fois par jour, je ne me lasse jamais de l’entendre. Au contraire, souvent je prends le temps de m’assoir et de l’écouter. Une fois alors que j’étais à Istanbul pour la première fois si je ne me trompe pas, je me retrouvais  dans le quartier d’Eminönü, à côté du

Vue de Éminönü sur la tour Galata de l'autre côté du pont, Istanbul

pont Galata, celui auquel les piétonniers ont accès pour traverser d’une rive à l’autre et où les pêcheurs se postent pour attraper une foule de petits poissons. La première phrase de l’adhan résonne dans mes oreilles. Je ne peux m’empêcher de m’asseoir sur un des bancs en bois qui bordent le Bosphore. Je me surprends à fermer les yeux en savourant ce merveilleux moment. L’écho est extraordinaire et ma tête se trouve au milieu de tous ces minarets qui m’entourent desquelles s’échappent l’adhan. Je fais le vide perdant mon regard au loin, l’ouïe stimulée. Cela peut paraître exagéré pour certain, mais laissez moi vous dire comment cette prière peut m’atteindre et résonner dans mon corps avec cette si belle langue qu’est l’arabe, bien que je ne  sois pas croyante plus qu’il le faut,. En bonus, la vue sur le Bosphore qui est à deux mètres de moi avec la tour de Galata ainsi que des jolies bâtisses.

En Syrie, alors que j’étais en visite dans la famille de Hany à Homs, je dormais paisiblement dans le salon sur le divan quand je sursautai en apercevant une silhouette blanche, tel un déguisement de fantôme à l’halloween. Effectivement la mère de Hany, plutôt pieuse, se lève la nuit pour prier dans le salon en installant son tapis de prière en direction de la Mecque.

Lors de mes premiers jours en terre musulmane, l’adhan de la nuit me réveille toujours puisqu’inhabituel. Par contre, avec le temps, je m’y habitue et ne l’entends plus telle une mélodie de circonstance.

Durant trois mois en 2008 ainsi que mes trois semaines en hiver 2009, j’ai pu entendre l’adhan à souhait.

Cependant, une chose étrange s’est produite alors que j’étais à Amman, en Jordanie.  La journée même de mon arrivée en provenance de la Syrie, Soha, la sœur de l’ami libanaise de mon frère m’accueilli à grands bras ouverts. Elle me fait part de ses plans pour la soirée tout en prenant soin de m’inviter à me joindre avec à elle et ses amis. Elle possède des billets pour un concert de musique classique présenté dans l’ancien amphithéâtre romain. J’accepte l’invitation malgré que je ne sois pas une fanatique de musique classique. Cela me permettra de vivre et voir autre chose dans un pays inconnu et ça, je ne peux le refuser. Telle est ma philosophie en voyage.

Le centre-ville d’Amman est paralysé par un trafic monstre. L’heure avance vite et le véhicule à pas de tortue. Nous décidons de stationner l’auto et de courir jusqu’à l’amphithéâtre. J’ai aucune idée où je me trouve et ne fait que suivre derrière. À notre arrivée à l’entrée, une marre de gens se bousculent pour rentrer dans le but de se trouver une place. Dès mon premier pas dans l’amphithéâtre, je suis estomaquée par l’immensité de l’endroit. Je réalise que j’ai les deux pieds dans l’histoire, tout en suivant les autres dans un escalier en pierre menant aux dernières marches de l’amphithéâtre. Nous prenons place et attendons que le concert débute. Un piano meuble le centre de la scène avec un orchestre derrière et des choristes, face au public, dos à la ville. Voilà que les premières notes font vibrer la foule. L’acoustique est incroyable. J’ai les yeux grands ouvert, la mâchoire quasi sur la marche du bas. Sentiment étrange que de se retrouver dans un endroit historique dans notre ère de l’an 2000, de réutiliser à sa juste valeur cet endroit singulier. Vraiment fort comme expérience, je vous l’assure. Puis tout d’un coup, en plein milieu d’une pièce musicale: silence. L’orchestre s’arrête de jouer, le pianiste aussi sans compter les choristes. Je me demande ce qui se passe. Perplexe, je questionne Soha sur la raison de cet arrêt brutal : L’adhan, l’appel à la prière du soir retentit dans la ville. Par respect, le concert doit être interrompu la durée de l’adhan, pour reprendre lorsque terminé. La musique reprend de plus belle pour se terminer par des feux d’artifices qui éclatent au dessus de l’entrée avec comme fond, la ville d’Amman de nuit et ses quelques lumières qui l’illumine.

Cette soirée que j’avais sous-estimée s’est avérée à être un moment inoubliable. Merci Soha.

فانيسا

vanes

« La clé du paradis est la prière, et la clé de la prière est la pureté. »

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Ségrégation des sexes, réalité qui persiste

Posted in Iran, Uncategorized with tags , , , , , on 6 septembre 2009 by vanes

Lors du dernier article, je vous ai volontairement laissé en suspens. Alors que je parlais des taxis partagés en Iran, je vous ai lancé tout bonnement que je fus bouche bée à la vue de la ségrégation des sexes à bord des autobus, les hommes en avant, les femmes en arrière. La ségrégation des sexes est bel et bien une réalité qui persiste malgré que nous entrions dans l’année 2010.

L’Iran est un pays plutôt méconnu des occidentaux et surtout mal médiatisé. Lorsque j’ai pris la décision d’y aller, j’ai voulu me renseigner sur le pays afin d’éviter de faire un faux pas qui me coûterait cher. Je me suis mise à lire beaucoup de livres sur l’Iran dont un récit de voyage Passeport pour l’Iran[1] d’une jeune auteure, Marie-Ève Martel, qui raconte son expérience alors qu’elle avait le même âge que moi, 23 ans. Je me suis identifiée à ce qu’elle a écrit et surtout de la façon qu’elle a vécu son périple, ce qui m’a mise en confiance pour « affronter » ce pays ignoré. J’ai également visionné des quantités de films non seulement iraniens mais arabes aussi. Je tentai de suivre les journaux en ligne, section internationale, profil Moyen Orient pour vraiment être au courant de tout mais je restai quelque peu confuse quant à la compréhension de leurs problèmes politiques. Bien que j’avais une petite idée de l’endroit puisque à l’école secondaire j’avais une bonne amie Iranienne, ce que j’ai appris m’a tout simplement renversé. Non seulement j’ai été saisie par les règlements reliés au port de la tenue islamique, que je devrai absolument aborder prochainement vue la quantité d’informations et anecdotes que j’aimerais vous transmettre, mais ce qui m’a le plus ébahie est la manière d’agir en société avec les hommes.

En effet, selon les bouquins, la femme ne peut regarder l’homme droit dans les yeux, alors que moi, alors que pour moi c’est très important de regarder dans les yeux la personne avec laquelle j’interagis, homme ou femme. Il ne faut en aucun cas serrer la main à un homme lors d’une nouvelle rencontre ou encore ne jamais se défaire de son hijab devant des hommes étrangers et ne jamais laisser paraître les cheveux hors du foulard. J’avais même lu qu’une femme ne peut s’asseoir directement à côté d’un homme à moins qu’elle ne possède un lien familial ou être liée par le mariage. En conséquence, dans les taxis partagés, c’est un jeu de chaise musicale et  le passager de devant est assurément de sexe masculin.

Mahdi et moi à Téhéran

Mahdi et moi à Téhéran

Alors que je revenais à Téhéran après un trajet de nuit de dix heures d’autobus, le neveu de la femme assise à côté de moi, Mahdi, m’aida à trouver un moyen de sortir du pays, puisque les billets de train traversant la frontière, étaient tous vendus. Il m’a dirigé dans plusieurs agences de voyages, pour finir à la station d’autobus afin que j’achète mon billet pour me rendre à la frontière de l’Iran avec la Turquie. Une fois le billet acheté, il m’a conduit à mon auberge en disant revenir en fin de journée pour aller marcher un peu. Il m’a ainsi présenté un ami avec qui nous avons fait un petit tour de la ville. Puis, à la tombée de la nuit, tous deux m’ont raccompagnée à l’auberge. Mahdi me donne rendez-vous le lendemain afin de de me tenir compagnie jusqu’à la station de bus. Ce genre de comportement n’est nullement unique à Mahdi, mais un exemple de la générosité des Iraniens. Même après lui avoir dit au moins quinze fois que ce n’est pas nécessaire, que je suis déjà bouche bée de sa gentillesse, il se présenta, comme prévu, au rendez-vous. À la station, il me remet un sac pleins de petites prunes vertes pour le trajet et s’assure auprès du chauffeur que je sois bien guidée vers la bonne compagnie à mon arrivée à la frontière, dans le but de prendre un second bus qui se rend à la ville Turc désirée. Encore aujourd’hui, je suis émue de cette rencontre que j’ai voulu immortaliser avec un cliché de Mahdi et moi. Sur cette photo, on voit très bien l’espace entre nous, les bras de Mahdi croisés et les miens maladroitement placés sur le long de mon corps. Aucun contact entre l’homme et la femme, même après avoir passé de bons moments ensemble. Au Canada, on se serait pris par la taille avec un sourire complice, comme on fait avec nos amis, losqu’on passe un bon moment en Iran, on demeure côte à côte avec un léger sourire et un espace physique entre les corps.

À mon arrivée en Iran, bien qu’ayant le sentiment d’être totalement étrangère à leur façon de vivre, j’observais et suivais toutes les règles de conduite que j’avais apprises avant mon départ. Je me suis vite rendue compte que j’avais un comportement extrémiste, que même les iraniens n’obéissaient pas à la lettre aux codes.  Un iranien qui m’a hébergé m’a même dit que je prenais ça trop au sérieux! Je ne crois pas qu’il savait quelle image est projetée de son pays en Occident et qu’il avait lu ce qui s’écrit par les auteures iraniennes.

J’étais tellement prête à affronter tous les tabous à l’exception de cette ségrégation des sexes à bord des transports en commun que je n’avais pas envisagée vraiment. Dans le métro, il y a des wagons uniquement à l’usage des femmes, et d’autres, pour les deux. La même chose se produit avec les taxis et dans les autobus. Certaines femmes préfèrent se retrouver parmi les siennes et ainsi certains taxis sont conçus pour les femmes et sont conduis par celles-ci. Par contre, l’inverse n’existe pas. Ainsi, lorsque je prenais un autobus pour me déplacer entre deux villes, il était normal de partir une dizaines de minutes en retard, le temps de réorganiser le bus afin qu’une femme seule ne soit assise à côté d’un homme si les deux ne possédaient aucun lien marital ou familial. En effet, l’Islam n’encourage pas l’interaction entre inconnus des deux sexes lorsqu’ils sont seuls et ce avant le mariage. Il s’agit d’un pays islamique dans lequel la ségrégation des sexes est plus importante qu’ailleurs.

coté des femmes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

coté des femmes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

Beaucoup savent déjà que les hommes et les femmes sont séparés à la mosquée. Il s’agit d’un lieu culte où femmes et hommes possèdent chacun une partie de la mosquée selon le sexe. Il y a aussi des mosquées dans lesquelles les hommes entrent par la porte principale et les femmes possèdent leur porte d’entrée, souvent située sur le côté ou à l’arrière de la bâtisse. Comme ils se retrouvent souvent à l’opposé de la mosquée, cela crée une division réelle entre les deux groupes. Apparemment, les barrières ou les divisions ont été crées plus pour les hommes que pour les femmes. En effet, la femme représenterait une distraction lors de la prière et alors que celle-ci doit être faite avec un cœur pur. Auparavant, les femmes priaient derrières les hommes, puis un rideau à été érigé pour que les femmes prient derrière et soit cachées. Certaines femmes ne respectèrent pas le règlement en priant devant en guise de protestation. Étant donné le nombre d’hommes priant à la mosquée, la place aux femmes reste minime et cela rend la tâche plus difficile aux femmes voulant prier dans un lieu de culte plutôt qu’à la maison. Selon le film Une femme dans la mosquée[2] réalisé par Zarka Nawaz, cela engendre un découragement chez la femme et une d’entre elle prend parole en disant que Dieu a crée la femme pour une raison, pas uniquement pour l’enfermer dans les maisons à élever les enfants. Certaines femmes défendent cette ségrégation dans les mosquées en disant

côté des hommes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

côté des hommes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

qu’elles disposent d’autres occasions pour parler aux hommes et que la prière est une pratique sérieuse qui requiert une concentration totale. D’autres répondent en se demandant si les hommes sont faibles au point de se faire laisser distraire par un regard de la gente féminine? Lors de la réalisation du film, en 2005, il existait 140 mosquées au Canada. En 1994, 52% d’entres elles avaient une barrière ou une division et en 2000, plus de 66%. Il s’agit donc  d’une démarcation entre les deux sexes, mais ne l’avons nous pas déjà avec le hijab et la tenue islamique? Umar Farruq Abd-Allah, président de la fondation Nawawi[3] déclare que c’est une pratique culturelle d’une culture dysfonctionnelle qui n’est pas saine, ni équilibrée, ce n’est pas moi qui le dis.

Ce n’est cependant pas uniquement dans la religion musulmane qu’il existe une ségrégation des sexes, mais c’est bien une réalité que nous expérimentons sur une base quotidienne, par contre il s’agit là de comportements que nous exécutons sans nous en rendre compte. Par exemple, les vestiaires dans un gym sont divisés en deux, soit un pour les femmes et l’autre pour les hommes. Les toilettes publiques sont également un bon exemple d’une ségrégation dans tous les pays et même dans ceux occidentaux. Dans certaines auberges, les dortoirs peuvent aussi diviser les sexes opposés comme dans les prisons. Il existe aussi des écoles réservées aux femmes et d’autres pour les hommes.

Hommes priant dans leur division de la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

Hommes priant dans leur division de la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

La ségrégation des sexes est donc répandue partout à travers le monde, quoiqu’à différents niveaux selon les pays. Dans les pays occidentaux, on la pratique afin de préserver l’intimité des sexes dans certains lieux publics, alsors que dans d’autres pays, elle a une connotation religieuse.

فانيسا

vaness

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme. (proverbe arabe)

La mosquée de la femme, c’est la maison. (proverbe arabe)


[1]http://www.amazon.ca/Passeport-pour-lIran-Marie-Eve-Martel/dp/2894853378

[2] http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=54494

[3]http://www.nawawi.org/