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Histoire de frontières I (Turquie-Iran)

Posted in Histoires de frontières, Uncategorized with tags , , , on 23 septembre 2009 by vanes

Ayant toujours voyagé dans les pays de l’Europe, soit de l’ouest ou de l’est, je n’ai jamais vécu d’histoire particulière quant à la traversée d’un pays à un autre. C’est au Moyen Orient que j’ai pu expérimenter la chose à plusieurs reprises. Je me suis retrouvée dans des situations absurdes, comiques ou tout simplement impossibles.

La première histoire de frontières d’une série sera la première de mon voyage, le passage de la Turquie à l’Iran

Drapeau de la Turquie

Drapeau de la Turquie

Le 17 Avril 2008 j’atterris à Istanbul, terre connue puisqu’il s’agit de ma deuxième visite. Je me rends à l’appartement de l’ami d’un ami turc rencontré au mois de juin de l’année précédente. J’y passe quelques jours question de me laisser le temps d’arriver et de me préparer mentalement à l’idée d’un voyage différent dans le monde arabe. Puis, je prends un avion charter pour me rendre à l’est du pays où je serai hébergée pour deux jours chez des couchsurfers turcs très gentils. De là, je me rendrai en Iran. Je n’ai pas le choix de prendre les transports terrestres, puisque ne sachant pas longtemps d’avance si oui ou non, j’obtiendrai mon visa iranien, je ne pouvais malheureusement pas réserver un billet d’avion. De plus, il est beaucoup moins cher de faire le trajet par autobus ou train que par avion.  Je compris, par la suite, que vaux mieux payer pour acheter la paix que de se donner du trouble pour sauver des sous.

Après avoir parlé avec plusieurs Turcs et cherché l’information dans mon guide qui n’est pas tout à fait à jour par manque d’intérêt pour la région, je

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

me rends compte que je dois me rendre de Erzurum, la ville turque où je me trouve, à une autre ville près de la frontière nommée Doğubeyazıt. De là, je devrai prendre un minibus, un genre de van collective, jusqu’à la frontière iranienne.

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Dimanche matin, le 20 avril 2008, mon couchsurfer turc me conduit à la station de bus assez tôt le matin afin que je prenne le premier bus de neuf heures pour Doğubeyazıt. Au début, je pensais peut-être m’arrêter dans la ville, mais je constatai que cette ville frontalière kurde, plutôt sale et pauvre ne m’inspirait pas trop la sécurité. Je préférais faire tout le chemin en une journée et en finir avec ce stresse que me causait mon entrée dans un pays si méconnu. Une genre de boule à l’estomac dont je veux me débarraser tel un oral au secondaire. Je me portais toujours volontaire pour passer dans les premières et me soulager. Le trajet fût de plus ou moins quatre heures où nous sommes évidemment partis trente minutes en retard. Bienvenu au Moyen Orient où seul Dieu sait tout!

J’arrive en pleine chaleur vers les une heure de l’après-midi et on m’indique le minibus qui me conduira à la frontière. Le chauffeur me dit de m’asseoir et d’attendre que le minibus soit plein. Ceci n’est pas un concept excusivement moyen oriental, mais qui se retrouve aussi en Europe de l’est. Je patiente donc jusqu’à ce que j’aperçoive un jeune homme en sac à dos s’approcher du minibus. Il s’agit d’un Norvégien de dix-neuf ans qui se rend également en Iran dans la même ville que moi. Me voilà ravie! Nous allons faire le trajet ensemble. Une fois le minibus rempli de locaux ainsi que de nous deux, nous partons en direction de la frontière. Je suis sur la banquette avant entre le conducteur et cette fillette de moins de douze ans qui fait ses devoirs de mathématiques. Tous nous parlent et s’informent sur nos pays natals respectifs. Il s’agit d’un trajet plutôt sympathique. Puis, j’aperçois la frontière au loin, les barrières et le terrain vague. Mon estomac se noue pendant que le conducteur ralentit et m’indique de me couvrir mes cheveux puisque nous entrons bientôt sur la terre de la République islamique de l’Iran. Ça y est, je me répète que je m’apprête à aller en Iran et je le réalise seulement à cet instant. Je sors mon pashmina bleu en guise de hijab qu’une amie m’a offert à Montréal. Je boutonne mon long manteau et tente de placer mon foulard sur ma tête. Mes mains tremblent légèrement par nervosité et j’essaie maladroitement de cacher tous mes cheveux avec difficulté. Je ne comprends pas trop comment je me sens, mais une chose est sûre, ce sentiment m’est indescriptible. .J’ai chaud et je me sens ridicule. La fillette me regarde et m’ajuste mon hijab. Les rôles furent renversés. En sortant du minibus, celle-ci me regarde avec un joli sourire mi amusé, mi maternel et me pince une joue en nous disant bon voyage.

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien et moi marchons sur le terrain vague vers le guichet afin de se faire étamper pour désigner notre sortie de la Turquie. Tous marchent à leur rythme parmi les camions de marchandise. Une fois étampés, nous nous avançons vers la grille pour entrer dans cette zone où nous ne sommes officiellement dans aucun pays. Nous marchons encore jusqu’à l’autre grille. Un garde examine nos passeports et nous questionne sur nos nationalités avant de nous faire entrer dans un mini couloir de grillage afin de pouvoir se rendre aux douanes. Évidemment, faisant le trajet avec un Norvégien aux cheveux long blond et yeux bleus attire énormément l’attention et tous les gardes nous parlent et trouvent ça bizarre, presque à la limite drôle qu’une Canadienne et un Norvégien sans lien voyagent ensemble.  Nous pénétrons dans cette bâtisse où les douaniers prennent nos passeports et nous font une mini entrevue même si nous avons déjà le visa et ce, depuis nos pays d’origine. Pendant l’attente, car tout se fait très lentement, nous rencontrons deux Allemands qui voyagent en roulotte depuis l’Allemagne avec qui nous passons le temps. Après avoir passé les douanes, nous voilà dehors, nous voilà officiellement en Iran.

Ça y est, le moment tant attendu depuis des mois est arrivé. Je pourrai dire que moi, j’aurai marché de la Turquie à l’Iran!

Dans notre fameux guide, il y a le trajet pour se rendre à plus grande ville du Nord, Tabriz. Il s’agit de prendre un taxi au premier village et de là, un

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

autobus nous conduira à cette ville. Petit hic, il y a un décalage d’une heure trente avec la Turquie, donc neuf heure trente au total avec Montréal et le temps a filé rapidement, il est déjà tard. Encore une fois on se fait dire qu’il n’y a plus de bus de là bas, de prendre un taxi! Tabriz est à quelque chose comme quatre heures de route. Nous revoyons les Allemands qui nous proposent de nous amener si nous attendons avec eux que leur roulotte soit vérifiée, puisqu’ils veulent également se rendre à Tabriz. Ils sont tombés du ciel. Il est rendu autour des huit heures du soir et tout semble si compliqué que nous acceptons avec plaisir. De toute façon, ce sera plus agréable et nous sauverons temps et frustrations.

Je dois vous avouer que j’étais plus qu’heureuse de me retrouver entre touriste et de pouvoir déconner un peu sur cette expérience étrange. Nous partageons nos souvenirs et anecdotes de voyage, moi, seule femme à bord d’un motorisé d’hommes, bague au doigt en tenue islamique. La roulotte est vieille et fait du bruit, ce qui attire e regard des Iraniens dans les rues. Le temps passe et nous avons tous faim. Grâce à leur GPS, les Allemands ont conduit tour à tour sans se perdre en faisant une halte dans une ville pour manger. Chaque fois qu’on sort de la caravane, les gens nous observent et se parlent entre eux. Je me sens totalement extraterrestre de plus que je porte un costume d’une culture qui n’est pas mienne. Nous sommes affamés et nous trouvons tant bien que mal une petite place encore ouverte à cette heure

Première soirée à Tabriz, Iran

Première soirée à Tabriz, Iran

tardive. Nous pointons au comptoir ce que nous voulons, puisque personne ne parle anglais et notre farsi est encore très minime. Sur le trajet, nous nous étions pratiqués, à l’aide de nos fameux guides, à dire les quelques mots de politesse en Farsi. Pour deux trois dollars chaque, nous mangeons comme des rois et reprenons la route pour Tabriz.

Il est deux heures du matin quand nous arrivons à notre hôtel où le Norvégien et moi, partageront une chambre. C’est à ce moment que je suis vraiment confrontée aux règles du pays. Le monsieur de la réception nous demande si nous sommes mariés. En Iran,  pour qu’un homme et une femme puissent partager une chambre d’hôtel, ils doivent être mariés. Le Norvégien répond non et moi oui en même temps. J’avais fait mes lectures avant le départ! En riant et voulant réchapper son erreur je dis que nous sommes fiancés et qu’il me mariera à notre retour au Canada. Je montre ma fausse bague de mariage achetée chez Ardène à la dernière minute et il accepte. Normalement, dans les établissements plus stricts, nous aurions dû montrer un papier qui certifie notre mariage  J’imagine qu’en tant que touriste, nous avons bénéficié d’une certaine tolérance.

Dès lors, nous avons pris plaisir à nous inventer une vie commune malgré que nous provenions de deux pays situés loin l’un de l’autre. Nous passâmes deux jours ensemble avant que nos chemins se séparent, juste le temps de m’habituer ou plutôt me familiariser avec ce pays si différent.

فانيسا

vanes

Ni l’inquiétude n’enrichit, Ni la générosité n’appauvrit.(proverbe algérien)

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