Archive pour Iran

Bon pour l’égo

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , on 6 décembre 2009 by vanes

Voyager dans le monde arabe est toujours bon pour l’égo. Autant pour la femme que pour l’homme. Cependant, pour la femme c’est toujours plus explicite que pour les hommes.

Je me souviens d’un voyageur que j’ai rencontré en Iran, plus précisément à Yazd. Si ma

Dick et moi dans une mosquée de Yazd, Iran

Dick et moi dans une mosquée de Yazd, Iran

mémoire est bonne, il était d’origine hollandaise. On avait passé une journée ensemble à visiter la ville puisque nous étions étrangement dans le même dortoir. Je dis étrangement car en Iran, il est impératif de ne pas mixer les sexes dans une même chambre à moins d’avoir un certificat de mariage. Alors nous nous promenons sous cette chaleur accablante et nous échangeons sur notre expérience en Iran. Nous parlons de la séduction dans ce pays et il me dit à quel point il se fait courtiser. Il est très grand, même trop, peau blanche occidentale et est plutôt bâti. Il est donc évident qu’il attire le regard de ces Iraniennes. Il me raconte que quelques jours auparavant, alors qu’il visitait une des mosquées connues à Ispahan, que trois

Dick et moi devant notre auberge à Yazd, Iran

Dick et moi devant notre auberge à Yazd, Iran

jeunes Iraniennes sont venues lui parler. Une des questions inévitable était quel était son nom. Il répond Dick, puisque c’est bel et bien son nom. Elles se présentent également en donnant la traduction de leur nom. Il faut dire que dans les pays arabes et du Moyen-Orient, tous les noms ont une signification. Elles lui demandent ce que le sien veut dire… «rien» a-t-il répondu en se voyant menotté dans une prison iranienne pour avoir dit des obscénités à des demoiselles.

Un autre ami rencontré sur mon chemin à Téhéran fut un Islandais. Cet Islandais que je reverrai à Beyrouth quelques semaines plus tard me dit qu’il a un « date » avec une iranienne alors que je serai déjà parti pour la Syrie. Il me raconta tout lorsque nous nous revire. En Iran les parcs sont très populaires. En absences de lieux de divertissement autre que le restaurant où les familles se regroupent pour les repas, les seuls établissements sont des tavernes à thé où les hommes se retrouvent pour boire des litres de thé en fumant le narguilé. Aucun endroit n’est donc approprié pour la femme. Encore moins une femme iranienne accompagné d’un touriste occidental. C’est très mal vu. Il reste donc les parcs, où les familles se regroupent pour faire des pique-nique ainsi que les couples pour se promener et ne pas attirer les regards. Leurs parcs sont magnifiques, souvent avec des fontaines et des palais s’y trouvent parfois. C’est bien là qu’ils se rencontrent pour parler et passer un après midi.

Pour ma part, j’avais mes histoires ordinaires telles qu’au Maroc, on me suivait pour me parler. Les hommes m’appelaient comme on appelle un écureuil et j’avais un nouveau nom : la gazelle ou plutôt, hé la gazelle.

Tout au long de mon voyage au Moyen-Orient, j’ai toujours fait attention à mon habillement selon les villes pour ne pas choquer et dans le but de me fondre aux autres. Je suis en Syrie, à Lattakia où se trouvent des plages. C’est le mois de mai et je ne me suis pas baigné dans la mer depuis près d’un an, depuis mon voyage en Europe de l’est. Je me fais dire qu’il vaut mieux mettre un t-shirt par dessus mon bikini afin de me couvrir un peu. Ma sœur y avait été dans sa début vingtaine et m’avait confirmé cette affirmation. Je me rends donc à cette plage qui semble déserte et qui est plutôt sale. Venant du Montréal où nous n’avons pas de plage à proximité, en fait de vraie plage, je ne peux pas me plaindre. Je marche le long de la plage, les pieds dans l’eau, à la recherche d’une petite place pour m’installer. Non loin d’une petite maison je laisse mes choses et vais me baigner. C’est là que je vois un homme sortir de sa maison, roder un peu autour et lorsque je me suis assise pour lire, du coin de l’œil, je l’ai vu sortir deux chaises et les installer non loin de moi. Puis il retourne chez lui et reviens avec une table. Ce n’est pas tout, le Syrien refait un aller-retour et cette fois, je n’en crois pas mes yeux, il a un parasol en main et le plante dans le sable. Il s’assoit et m’observe. À travers mes lunettes de soleil, je regarde du coin de l’œil. Je fini par tournée ma tête et il me fait signe de venir le rejoindre! Tranquillement je me suis levée et j’ai continué à marcher plus loin. Lui, a resserré tout son bardas. Pensait-il vraiment que je lui fasse signe que oui et d’aller le rejoindre à sa terrasse provisoire? N’importe quoi!

Quoi qu’il en soit, il est toujours plaisant que de se faire courtiser, mais ça peut commencer par être comique et devenir lourd par la suite!

فانيسا

vanes

La beauté est une demi-faveur du ciel, l’intelligence est un don. (proverbe arabe)

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Le Danger?

Posted in Uncategorized with tags , , , , on 29 novembre 2009 by vanes

Lorsque je cause voyage avec qui que ce soit, le sujet tourne souvent autour du Moyen Orient. Surpris êtes-vous? Certains commentaires et questions reviennent souvent et cela  surtout en rapport avec la sécurité. On me demande si ce ne sont pas des pays dangereux pour y voyager seule. Ça me fâche toujours puisque cette perception que les gens ont face au Moyen Orient découle directement de l’image que les médias ont portée et portent toujours sur cette région du monde. Cela me fâche tellement que j’ai envie que les gens modifient leur opinion et réalisent que oui, il y a beaucoup de problèmes au Moyen Orient, mais que des problèmes, il y en a partout. Tout au long de ce blog, je vous démontre une minime partie de ce que j’ai vécu comme superbes expériences par la gentillesse de ces peuples et de leur accueil si chaleureux. Je ne me suis jamais sentie autant en sécurité que dans ce grand voyage.

Une des mosquée de Shiraz, Iran

Une des mosquée de Shiraz, Iran

C’est le 12 Avril 2009, je pars dans trois jours, soit le 15 avril pour mon voyage qui commencera en Turquie pour quatre jours, puis l’Iran. J’entends aux nouvelles qu’une bombe a explosé dans une mosquée de Shiraz. Même si je n’avais pas écouté les nouvelles cette journée là, j’avais quelques personnes pour m’en aviser. Cette bombe a explosée dans une ville que je visiterai dans les prochaines deux semaines. Cela ne fait que me rappeler et peut être me faire prendre conscience que je vais en Iran.

Puis, mon frère ayant étudié avec une Libanaise en Italie, il m’avait mis en contacte avec celle-ci. Je la rencontrerai donc au Liban où elle m’accueillera à bras grands ouverts, comme une de ses

Intérieur d'une mosquée de Shiraz, Iran

Intérieur d'une mosquée de Shiraz, Iran

amies proche. Tout au long du mois de mai on craignait qu’une nouvelle guerre civile éclate. Le centre de la ville autour de la place des martyrs était fermée et l’aéroport également. Ma mère me priait d’oublier le projet d’y aller, que ce ne sera pas la dernière fois que je serai là. Pour ça, ma mère avait raison plus que jamais! La Libanaise me tenait au courant des évènements par

Centre de Beirut, Liban

Centre de Beirut, Liban

courriel en me disant que le Liban est accessible, mais pas au point de satisfaire les touristes. Puisque je m’y rendrais par autobus, c’est tout de même possible de rentrer dans le pays. Je veux y aller et j’irai, du moins c’est ce que je me dis. À ce moment là, le Hezbollah chiite protestait contre le gouvernement. Le Liban traverse alors sa plus importante crise au niveau politique depuis la fin de la guerre civile en 1990. En plus de se trouver sans chef d’Etat depuis le mois de novembre 2007, voilà que deux jours avant que je passe la frontière, l’élection d’un nouveau président mit fin aux hostilités et seuls quelques

Centre de Beirut la nuit, Liban

Centre de Beirut la nuit, Liban

gardes autour du centre ville restèrent par mesure de sécurité.

Ensuite, le 2 Juillet 2008, un palestinien conduisant un bulldozer décide de rouler sur les automobiles et un autobus sur Jaffa Road tuant trois personnes et en blessant douze autres. Une semaine auparavant, j’étais sur Jaffa road. En fait un couchsurfer m’hébergeait dans son appartement de Jérusalem donnant sur cette rue. Ce jour là, je me trouvais plus au nord ouest du pays dans la ville de Haifa chez une autre couchsurfeuse. J’ouvre son ordinateur pour écrire quelques emails et j’en profite pour lire les nouvelles. J’apprends pour le bulldozer et je me rends compte que ce n’est pas très loin de moi. Je demande à ma couchsurfeuse si elle a entendu parler de l’événement. Elle me répond tout bonnement que Jérusalem est à une heure d’ici et que c’est assez loin de nous. Elle finit en disant que tout citoyen en terre d’Israël connaît de proche quelqu’un qui est mort. Je suis bouche bée.

Jenin, Palestine

Jenin, Palestine

Pour finir, mon dernier exemple est le suivant : c’est le 30 juin 2008. Je dois « retourner » en Israël après quelques jours passés sur le territoire occupé. Rien de particulier ne se produit à cette date. Je passe à travers le check point de la ville de Jenine pour me rendre à Haifa par la suite. Je me sens dans une prison avec tous ces buzers, ces voix dans les hauts parleurs sans vraiment savoir qui m’adresse la parole. Après un long processus pour franchir la « frontière » il reste qu’une dernière étape. Je fais la queue pour la dernière vérification avant de franchir les tourniquets. La dame au guichet me demande de m’écarter de la file et de patienter. Mes visas Jenin, Palestinedes pays ennemis ont suscités l’attention. Un homme arrive pour me poser des questions et l’une d’elle fut : Why you went to Iran? It’s dangerous. Je lui ai répondu que le

mes visas Iran, Syrie, Liban, Jordanie, 2008

mes visas Iran, Syrie, Liban, Jordanie, 2008

danger eh bien il est partout et ici en même temps; que même dans mon pays qui est supposé être le

plus pacifique, il se passe des fusillades dans les écoles et des crimes. Il me laisse passer, bouche bée.

Le 13 Septembre 2006à Montréal, il est près d’une heure et je reçois le coup de téléphone de mon frère. Il me dit d’allumer la télévision et d’écouter les nouvelles. Un jeune homme armé entre au collège Dawson et ouvre

Fusillade à Dawson, 2006, aile G

Fusillade à Dawson, 2006, aile G

le feu sur les étudiants. J’ai les yeux rivés à l’écran, les larmes aux yeux. L’homme est rentré par la porte située sur Maisonneuve donnant accès à l’aile G, celle destinée aux Beaux-Arts. Tous les studios à dessin, à imprimerie et à peinture y sont ainsi que les ateliers de sculpture à l’étage plus bas. J’y ai passé deux années à temps complet à faire des aller/retour dans ces mêmes couloir, près de la cafétéria et la galerie d’art. Ce fut ma deuxième maison, sinon la première. Question de timing.

Les médias ont ce pouvoir d’imposer une vison d’un pays aux gens puisque ces mêmes gens n’ont pas toujours la chance de se faire une opinion eux-mêmes en voyageant dans ces pays du Moyen Orient.

Alors moi j’ai le goût de dire que le danger, il est partout.

فانيسا

vanes

Tais toi et tu éviteras le danger; écoute, et tu apprendras. (proverbe arabe)

Histoire de Frontières II (Iran-Turquie)

Posted in Histoires de frontières, Uncategorized with tags , , , , , , on 9 novembre 2009 by vanes

On m’a toujours dit que chaque bonne chose à une fin. Cependant, il arrive parfois que je ne sois pas attristée que ce soit ainsi.

Lorsque j’étais en Iran, bien que j’aimais beaucoup mon expérience, après deux semaines intensives dans une situation culturelle si dépaysante, ces deux semaines paraissaient plus longues.

Après avoir fait le tour soit disant touristique, je me trouvais dans le sud du pays à Shiraz. J’essayai d’établir un chemin pour retourner en Turquie par la voie terrestre. Il faut savoir qu’en Iran, les autobus sont très lents et le pays étant assez grand, les distances sont longues à parcourir. Ainsi pour m’éviter de prendre trois bus au lieu de deux et gagner du temps, je décide de franchir la deuxième frontière qui se trouve au Sud de Bazargan, la première. Bazargan est considérée comme la frontière pour les touristes, alors que l’autre semble avoir une réputation plutôt dangereuse puisqu’elle se trouve dans le kurdistan. Je prends donc le bus de nuit pour me rendre à Téhéran, puis un autre bus de nuit pour me rendre à la frontière de Sero dans le Kurdistan. Cette deuxième frontière était jadis déconseillée pour les touristes, cependant les choses ayant changées un peu depuis quelques années, je décide de m’y aventurer afin de gagner du temps et préserver mon énergie.

Alors voilà ce que cette décision m’a apporté, un beau sujet d’article qui vous tiendra en haleine du début à la fin.

À la suite de deux autobus de nuit consécutifs d’une durée approximative de dix heures chaque dans un confort évidemment douteux, j’arrive à la station d’autobus Orumiye près de la frontière de Sero. Un autobus se rend supposément en cinq heures à Van, la prochaine ville que je visiterai dans l’est de la Turquie.

J’embarque à bord de l’autobus. Il y a cinq autres hommes à bord en plus du chauffeur et d’un autre homme sur le siège à côté de ce dernier, dont la fonction est toujours un peu vague, et moi, bien sur. Inutile de vous dire que tous parlent le farsi entre eux et je suis la seule touriste, bien entendu. Dès que nous quittons la station de bus, un des cinq Iraniens se lève et commence à distribuer des cartons de cigarettes dans l’espace réservé aux bagages au dessus de chaque siège. Je trouve ça plutôt louche sans vraiment y accorder une grande importance. Puis, le même Iranien ouvre une boîte et j’y aperçois un couteau qui brille à chaque mouvement léger de son propriétaire. Il parle très fort avec ses amis avec qui il semble faire des blagues et dégage une énergie comme d’un enfant en déficit d’attention. Là, je trouve ça encore plus bizarre, mais je tente d’en faire abstraction. Les hommes rient, bougent d’un siège à l’autre et interagissent avec le chauffeur et son aide. Moi dans mon coin, je ne comprends rien et je suis déjà assez fatiguée de mon trajet que je décide d’écouter mon ipod. Les Iraniens tentent de me parler un peu mais aucun d’entre eux ne parlent l’anglais.

Arrivée à Sero, nous débarquons de l’autobus afin de passer les douanes. Le douanier me pose une question que je ne comprends pas très bien, je souris maladroitement et prends la sortie. Ça devait avoir rapport avec son pays, du genre si j’avais aimé ou pas. Les hommes suivent un à un. Nous sommes dehors en attente du bus qui doit aussi passer la douane. Il arrive enfin et nous remontons à bord.

C’est à ce moment que mon calvaire débute.

Nous sommes à la frontière de l’Iran et attendons je ne sais quoi pendant plus de deux heures sans explication. Entre temps, je commence à m’impatienter et demande au chauffeur pourquoi nous sommes arrêtés depuis si longtemps. Il n’arrive pas à me répondre mais semble me dire de me calmer. Je vois des hommes partout dehors qui vérifie le bus, parlent entre eux et la seule chose qui me vient en tête est évidemment le pire. Je me dis que ça y est, ils vont découvrir les cartons de cigarettes partout dans le bus ainsi que les couteaux. Là je panique réellement et le facteur de la faim embarque en plus de la fatigue. Personne n’est en mesure de m’expliquer quoi que ce soit. C’est à ce moment que je me comprends pourquoi le lonely planet disant que Bazargan est préférable, je m’en souviendrai! Il y a bien juste moi pour me retrouver dans une telle situation! Je m’impatiente de plus belle. J’ai réellement envie de pleurer et je sens mes yeux se remplir d’eau. Je respire.

Un homme monte à bord et discute avec les autres comme s’il n’y avait rien de spécial. Il tente de me parler puisque je suis la seule femme et touriste en plus. Il parle quelques mots d’anglais mais n’arrive pas à répondre à mes questions. Je m’énerve et ça l’amuse, en fait ça les amuse tous, sans exception. Pourquoi nous tardons à partir? Il me fait comprendre de me calmer. Ok rendu là, toutes personnes tentant de me faire comprendre de me calmer m’énerve encore plus, je suis sur le bord de la crise de nerf. Je perds encore plus patience. Déjà que j’en possède très peu, en deux heures, j’étais dans le moins et rendu là, ça ne faisait plus parti de mon vocabulaire! Je suis à fleur de peau, mes yeux se remplissent une fois de plus d’eau. Je me retiens, car il ne faudrait vraiment pas que j’éclate devant eux. Ce serait la honte quoi! J’ai ma dignité quand même. L’homme, peut-être par pitié fini par me dire que c’est normal tout ça, que ce sont les procédures normales que de tout vérifier. Là, je comprends que les couteaux et cigarettes ne sont pas la cause de l’attente mais bien que je suis à bord d’un bus qui transporte de la marchandise de l’Iran à la Turquie. La compagnie d’autobus ne fait que profiter de l’occasion pour faire plus de sous en prenant des gens à bord.

Le chauffeur sort un grand sac plein de nourriture sur une banquette et m’invite à me servir. Je suis gênée puisque je me suis énervée plus tôt avec lui, mais affamée. Il me fait signe que c’est sa femme qui lui prépare ses lunchs, bien évidemment. Je me régale et je retrouve une certaine tranquillité.

Le bus démarre, je soupir, c’est enfin fini. Hélas j’ai parlé trop vite!

Nous franchissons la frontière et les hommes se mettent à hurler comme des imbéciles. Ils se tournent vers moi en criant freedom et mimant qu’ils enlèvent leur t-shirt. Nous sommes « libéré » d’un pays où la religion règne. Je peux enfin enlever mon hijab et mon manteau islamique. Je dis enfin, mais en fait, j’ai une réticence. Je suis la seule femme à bord et je sens les regards sur moi. Je trouve ça absurde d’avoir du me couvrir durant tant de temps et devant ces Iraniens et d’un coup, me dévoiler. Je l’enlève maladroitement et les hommes me sourient gentiment sans arrière pensé, du moins c’est ce que je pense. L’atmosphère se détend et en usant du mime nous arrivons à nous parler un peu et à rigoler.

L’est de la Turquie est très montagneuse et puisque c’est la région kurde, il y a des check point à chaque 30 kilomètres on dirait. Chaque fois, les soldats vérifient la soute à bagages, vérifient nos papiers et juste à la vue de mon carnet bleu marin, on me fait signe que c’est correct. Merci d’être né en terre canadienne! Ces soldats prennent même le temps de tenter de me parler et rigoler avec les autres. Tour à tour, ils me posent des questions, la plus récurrente est si je suis mariée. Dès que la drague embarquait, je disais au chauffeur Yallah! et tous rions en partant, même le soldat. Parfois, les Iraniens ont offert un carton de cigarettes à ces derniers. Une petite corruption et hop le champs est libre.

Le trajet est long et pénible, il se met à pleuvoir de plus en plus et il fait très humide dans l’autobus. Le chauffage autant que l’air climatisé ne fonctionne que très rarement à bord d’un bus au moyen orient. J’ai même vu neigé dans les hautes montagnes, je pensais halluciner en plein mot de mai. C’est là que je regardai les passagers en disant Canada pointant la neige à travers la fenêtre.

La nuit tombait et nous n’étions pas encore arrivé. En fait, j’ignorais totalement à quelle heure nous atteindrons la ville de Van.

Une fois arrivé, il pleut encore et il fait très noir. Des hommes déchargent le bus pendant que le conducteur et son adjoint tentent de me faire comprendre quelque chose. J’ouvre le lonely planet à la dernière section où un petit lexique se trouve toujours. Ça n’aura jamais été aussi utile. Je leur dit : « hôtel » en me pointant. Là c’est la confusion! Ils semblent me dire de venir chez lui pour dormir et manger et que demain je prendrai le bus pour Van et eux, retournerons en Iran. J’insiste pour qu’ils m’amènent à l’hôtel. Ils insistent pour me dire que c’est correct qu’ils sont mariés. Je suis consciente qu’en Iran, il n’y aurait aucun problème, car c’est un pays tellement rigoureux que de toucher une touriste leur causerait de grands problèmes. Nous échangeons comme ça durant une vingtaine de minute avant que j’accepte. Qui dans la vie aurait accepté d’aller manger et dormir chez deux hommes gras iraniens dans une ville kurde? oui, moi! Je me permet de vous faire une courte description de ces messieurs. Deux hommes d’au moins une quarantaine d’années avancés, assez gras avec des dents croches, habillés un peu n’importe comment et parlant que le farsi. Maintenat que je vous ai mis en contexte je poursuis.

On se dirige au Marché, on se prend tous les trois une bière. Ma première goutte d’alcool en trois semaines! On arrive à la maison des hommes. C’est très sale et humide. On se regroupe dans une seule pièce qui semble être un salon dans le quel se trouve des couvertures et des matelas. Nous mangeons un Dizzi, un plat typique iranien que la femme du conducteur a préparé. Un pur régal. Nous échangeons avec des gestes et quelques mots que j’ai appris au cour de mon séjour.

Je suis crevée et il se fait tard. Toutes ces émotions et ces transports me sont rentrés dans le corps. L’homme prépare mon lit, puis le sien et celui de son ami. Je comprends que nous dormons tous dans la même pièce. Je n’ai pas peur, mais en même temps je suis un peu nerveuse. Je dors quasiment avec mes souliers. Je garde mes jeans, mes bas, un chandail zippé jusqu’au coup avec ma pochette dans le pantalon contenant passeport et argent, avec ma sacoche sous la tête. Je m’endors d’un coup malgré la situation un peu troublante.

On se réveil tous tôt puisque les hommes doivent repartir en Iran et refaire le trajet chaque deux jours. Nous sortons de la maison et le chauffeur m’indique où est la station de bus en me disant khoda fez, au revoir. Je suis là, à les regarder d’un air ébahi, à leur montrant la main en guise d’un au revoir en leur disant motashakkeram, merci en farsi. C’est tout? C’était de la gentillesse à son état pur? Aucune arrière pensée? Ils voulaient vraiment m’aider? Je suis bouche bée. Je tourne les talons en souriant.

Quelle histoire!

فانيسا

vanes

Le Diable n’apparaît qu’à celui qui le craint. (proverbe arabe)

Un fichu de fichu

Posted in Iran, Uncategorized with tags , , , , , on 25 octobre 2009 by vanes

Une chose étrange lorsqu’on voyage est de se fondre aux coutumes, traditions et lois du pays. Tout dépendant du pays, certains demandent plus d’adaptation que d’autres. Selon moi, l’ultime pays qui demande une grande adaptation dans ceux que j’ai eu la chance de visiter est l’Iran. Bien évidemment, l’adaptation s’adresse aux femmes puisqu’elles doivent porter obligatoirement le hijab.

Massouleh, Iran

Massouleh, Iran

Lorsque j’ai pris la décision de partir en Iran et d’entamer les procédures de demande de visa, je n’étais pas trop consciente de ce que je m’apprêtais à faire. Ça prends un mois après l’envoi de la demande pour avoir une réponse et lorsque celle-ci est délivrée, on a droit à un maximum d’un mois dans le pays utilisable dans les trois mois suivant l’obtention du visa.

Alors voilà que le mois passe et je suis de plus en plus stressée, car je n’ai pas encore reçu ma réponse. J’appelle donc à l’ambassade de l’Iran à Ottawa et je demande ce qui en est. L’homme me répond que j’ai le visa. Je raccroche et je me surprends à être debout sur mon lit, les genoux légèrement fléchis. J’ai un coup de chaleur et je saute hors du lit en poussant un cri dont je ne comprends pas trop la signification. Je réalise que je vais en Iran et je me dis à haute voix que je suis folle. J’allais porter obligatoirement un foulard sur la tête ainsi qu’un manteau islamique. Pourquoi!?

Le « Hidjab », mot provenant de hajaba, qui signifie cacher, et, plus précisément, dérober du regard, est un bout de tissu servant à voiler la femme musulmane.

Kashan, Iran

Kashan, Iran

Le port de vêtements couvrant le corps et le visage des femmes est présent bien avant l’arrivée de l’Islam mais est accentué par le message prophétique. Bien que le voile fût connu en premier lieu comme signe de prestige ou de coquetterie ou encore pour la protection contre la haute température, son usage est devenu plus répandu et est ainsi devenu un symbole religieux. Ce n’est cependant pas uniquement dans la religion musulmane que le hijab est porté. Également, dans le judaïsme, on voile tête et front ou on a recours à la perruque.

Je mets les pieds dans le pays avec cette tenue islamique qui s’est avérée beaucoup trop chaude pour ce mois d’avril et je me suis ainsi procuré un genre de blouse légère pour compenser. C’est étrange le sentiment de dissimulation dans une société qui n’est pas mienne. Les gens m’abordent en Farsi, pensant que je suis iranienne. Je n’ai donc pas l’air folle avec la tenue et je me fonds très bien aux locaux.

À toutes les futurs voyageurs de la gente féminine, lorsque vous prenez une chambre dans un hôtel, assurez vous d’avoir une salle de bain dans laquelle une douche est intégrée. Puis je vous dire la difficulté que j’ai eue à toujours me vêtir pour sortir de ma chambre et aller me doucher ou user des toilettes et ce, en pleine nuit? Ainsi en sortant de la douche, je devais enfiler mes vêtements sur ma peau encore humide. Cela n’est absolument pas le grand confort.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me faire arrêter par des femmes dans la rue qui tentaient de me dire qu’un bout de

Isfahan, Iran

Isfahan, Iran

ma peau était découvert alors que ma ganse de sac à main tirait le tissus vers l’épaule. Puis je répondais que je ne parle pas

Yazd, Iran

Yazd, Iran

farsi. Ainsi elle s’excuse et continuent leur chemin. Une touriste bénéficie de plus de tolérance que la femme iranienne. Une autre difficulté que je vivais était le moment où j’arrivais enfin à m’endormir dans les autobus de nuit bruyants et inconfortables. Mon foulard glissait souvent pour laisser apparaître ma chevelure. La dame qui siégeait à côté de moi, me réveillait à chaque fois pour me signifier mon infraction. Aussi, dans certaine mosquée, le tchador est requis. Il s’agit d’un grand tissu qui fait le contour du visage pour couvrir tout le corps jusqu’aux pieds. J’étais à Shiraz lorsque je visitais une des multiples mosquées où on prête le tchador aux touristes. Je fais mon petit tour, le tchador par dessus mon habit et mon fichu. En le remettant au préposé, mon fichu a suivi et je me suis retrouvée la tête nue. L’homme me regarda d’un air ébahi et me fais un grand sourire en me faisant un signe avec sa main signifiant que je suis jolie. Je l’enfilai rapidement et quittai aussi vite que je pu, gênée de ma faute commise. J’avais enfin réussi à assimiler cette barrière matérielle et cela faisait parti de moi.

Je suis contente de l’avoir porté, de l’avoir vécue, de l’avoir compris. Cela m’a surement aidé à le tolérer au point de ne pas faire la différence entre une femme qui porte le hijab et une autre qui ne le porte pas.

Ce n’est pas parce qu’une culture n’est pas d’accord avec une autre que cette dernière n’est pas valable. Qui sommes nous,

Yazd, Iran

Yazd, Iran

les occidentaux, pour définir le port du voile comme néfaste et surtout comme signe de soumission ? Qui sommes nous pour juger une religion qui n’est pas la nôtre. La différence ne fait pas des autres des êtres inférieurs. À quand la libre pratique des cultures sans jugement ? Pourquoi nous attardons nous à des symboles tels que le voile ainsi qu’à des valeurs fondamentales qui font de l’islam, ce qu’est l’islam. Si l’Homme arrêtait de critiquer autrui, il constaterait que finalement, nous sommes tous égaux et que nous avons tous droit à nos convictions religieuses et de s’identifier à une culture et que ce n’est pas mal pour autant si nous ne sommes pas tous pareil. S’il y a des femmes qui

Kashan, Iran

Kashan, Iran

combattent pour le port volontaire du voile, c’est qu’il ne doit pas être à l’image que les occidentaux ont sur celui ci. Pourquoi l’islam serait mal et que d’être chrétien occidental, bien ? Toutes ces questions planent dans ma tête et je ne crois pas que ce débat fera un jour l’unanimité. L’Islam ne se résume pas à un bout de tissu couvrant les cheveux, le corps et même le visage de la femme. Cette culture ne peut être réduite à quelques clichés non représentatifs. De plus, l’Occident propage une image primitive de l’islam, n’allant pas chercher plus loin que la façade.

فانيسا

vanes

« Qui est content de son état, est riche » (proverbe arabe)

Histoire de frontières I (Turquie-Iran)

Posted in Histoires de frontières, Uncategorized with tags , , , on 23 septembre 2009 by vanes

Ayant toujours voyagé dans les pays de l’Europe, soit de l’ouest ou de l’est, je n’ai jamais vécu d’histoire particulière quant à la traversée d’un pays à un autre. C’est au Moyen Orient que j’ai pu expérimenter la chose à plusieurs reprises. Je me suis retrouvée dans des situations absurdes, comiques ou tout simplement impossibles.

La première histoire de frontières d’une série sera la première de mon voyage, le passage de la Turquie à l’Iran

Drapeau de la Turquie

Drapeau de la Turquie

Le 17 Avril 2008 j’atterris à Istanbul, terre connue puisqu’il s’agit de ma deuxième visite. Je me rends à l’appartement de l’ami d’un ami turc rencontré au mois de juin de l’année précédente. J’y passe quelques jours question de me laisser le temps d’arriver et de me préparer mentalement à l’idée d’un voyage différent dans le monde arabe. Puis, je prends un avion charter pour me rendre à l’est du pays où je serai hébergée pour deux jours chez des couchsurfers turcs très gentils. De là, je me rendrai en Iran. Je n’ai pas le choix de prendre les transports terrestres, puisque ne sachant pas longtemps d’avance si oui ou non, j’obtiendrai mon visa iranien, je ne pouvais malheureusement pas réserver un billet d’avion. De plus, il est beaucoup moins cher de faire le trajet par autobus ou train que par avion.  Je compris, par la suite, que vaux mieux payer pour acheter la paix que de se donner du trouble pour sauver des sous.

Après avoir parlé avec plusieurs Turcs et cherché l’information dans mon guide qui n’est pas tout à fait à jour par manque d’intérêt pour la région, je

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

me rends compte que je dois me rendre de Erzurum, la ville turque où je me trouve, à une autre ville près de la frontière nommée Doğubeyazıt. De là, je devrai prendre un minibus, un genre de van collective, jusqu’à la frontière iranienne.

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Dimanche matin, le 20 avril 2008, mon couchsurfer turc me conduit à la station de bus assez tôt le matin afin que je prenne le premier bus de neuf heures pour Doğubeyazıt. Au début, je pensais peut-être m’arrêter dans la ville, mais je constatai que cette ville frontalière kurde, plutôt sale et pauvre ne m’inspirait pas trop la sécurité. Je préférais faire tout le chemin en une journée et en finir avec ce stresse que me causait mon entrée dans un pays si méconnu. Une genre de boule à l’estomac dont je veux me débarraser tel un oral au secondaire. Je me portais toujours volontaire pour passer dans les premières et me soulager. Le trajet fût de plus ou moins quatre heures où nous sommes évidemment partis trente minutes en retard. Bienvenu au Moyen Orient où seul Dieu sait tout!

J’arrive en pleine chaleur vers les une heure de l’après-midi et on m’indique le minibus qui me conduira à la frontière. Le chauffeur me dit de m’asseoir et d’attendre que le minibus soit plein. Ceci n’est pas un concept excusivement moyen oriental, mais qui se retrouve aussi en Europe de l’est. Je patiente donc jusqu’à ce que j’aperçoive un jeune homme en sac à dos s’approcher du minibus. Il s’agit d’un Norvégien de dix-neuf ans qui se rend également en Iran dans la même ville que moi. Me voilà ravie! Nous allons faire le trajet ensemble. Une fois le minibus rempli de locaux ainsi que de nous deux, nous partons en direction de la frontière. Je suis sur la banquette avant entre le conducteur et cette fillette de moins de douze ans qui fait ses devoirs de mathématiques. Tous nous parlent et s’informent sur nos pays natals respectifs. Il s’agit d’un trajet plutôt sympathique. Puis, j’aperçois la frontière au loin, les barrières et le terrain vague. Mon estomac se noue pendant que le conducteur ralentit et m’indique de me couvrir mes cheveux puisque nous entrons bientôt sur la terre de la République islamique de l’Iran. Ça y est, je me répète que je m’apprête à aller en Iran et je le réalise seulement à cet instant. Je sors mon pashmina bleu en guise de hijab qu’une amie m’a offert à Montréal. Je boutonne mon long manteau et tente de placer mon foulard sur ma tête. Mes mains tremblent légèrement par nervosité et j’essaie maladroitement de cacher tous mes cheveux avec difficulté. Je ne comprends pas trop comment je me sens, mais une chose est sûre, ce sentiment m’est indescriptible. .J’ai chaud et je me sens ridicule. La fillette me regarde et m’ajuste mon hijab. Les rôles furent renversés. En sortant du minibus, celle-ci me regarde avec un joli sourire mi amusé, mi maternel et me pince une joue en nous disant bon voyage.

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien et moi marchons sur le terrain vague vers le guichet afin de se faire étamper pour désigner notre sortie de la Turquie. Tous marchent à leur rythme parmi les camions de marchandise. Une fois étampés, nous nous avançons vers la grille pour entrer dans cette zone où nous ne sommes officiellement dans aucun pays. Nous marchons encore jusqu’à l’autre grille. Un garde examine nos passeports et nous questionne sur nos nationalités avant de nous faire entrer dans un mini couloir de grillage afin de pouvoir se rendre aux douanes. Évidemment, faisant le trajet avec un Norvégien aux cheveux long blond et yeux bleus attire énormément l’attention et tous les gardes nous parlent et trouvent ça bizarre, presque à la limite drôle qu’une Canadienne et un Norvégien sans lien voyagent ensemble.  Nous pénétrons dans cette bâtisse où les douaniers prennent nos passeports et nous font une mini entrevue même si nous avons déjà le visa et ce, depuis nos pays d’origine. Pendant l’attente, car tout se fait très lentement, nous rencontrons deux Allemands qui voyagent en roulotte depuis l’Allemagne avec qui nous passons le temps. Après avoir passé les douanes, nous voilà dehors, nous voilà officiellement en Iran.

Ça y est, le moment tant attendu depuis des mois est arrivé. Je pourrai dire que moi, j’aurai marché de la Turquie à l’Iran!

Dans notre fameux guide, il y a le trajet pour se rendre à plus grande ville du Nord, Tabriz. Il s’agit de prendre un taxi au premier village et de là, un

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

autobus nous conduira à cette ville. Petit hic, il y a un décalage d’une heure trente avec la Turquie, donc neuf heure trente au total avec Montréal et le temps a filé rapidement, il est déjà tard. Encore une fois on se fait dire qu’il n’y a plus de bus de là bas, de prendre un taxi! Tabriz est à quelque chose comme quatre heures de route. Nous revoyons les Allemands qui nous proposent de nous amener si nous attendons avec eux que leur roulotte soit vérifiée, puisqu’ils veulent également se rendre à Tabriz. Ils sont tombés du ciel. Il est rendu autour des huit heures du soir et tout semble si compliqué que nous acceptons avec plaisir. De toute façon, ce sera plus agréable et nous sauverons temps et frustrations.

Je dois vous avouer que j’étais plus qu’heureuse de me retrouver entre touriste et de pouvoir déconner un peu sur cette expérience étrange. Nous partageons nos souvenirs et anecdotes de voyage, moi, seule femme à bord d’un motorisé d’hommes, bague au doigt en tenue islamique. La roulotte est vieille et fait du bruit, ce qui attire e regard des Iraniens dans les rues. Le temps passe et nous avons tous faim. Grâce à leur GPS, les Allemands ont conduit tour à tour sans se perdre en faisant une halte dans une ville pour manger. Chaque fois qu’on sort de la caravane, les gens nous observent et se parlent entre eux. Je me sens totalement extraterrestre de plus que je porte un costume d’une culture qui n’est pas mienne. Nous sommes affamés et nous trouvons tant bien que mal une petite place encore ouverte à cette heure

Première soirée à Tabriz, Iran

Première soirée à Tabriz, Iran

tardive. Nous pointons au comptoir ce que nous voulons, puisque personne ne parle anglais et notre farsi est encore très minime. Sur le trajet, nous nous étions pratiqués, à l’aide de nos fameux guides, à dire les quelques mots de politesse en Farsi. Pour deux trois dollars chaque, nous mangeons comme des rois et reprenons la route pour Tabriz.

Il est deux heures du matin quand nous arrivons à notre hôtel où le Norvégien et moi, partageront une chambre. C’est à ce moment que je suis vraiment confrontée aux règles du pays. Le monsieur de la réception nous demande si nous sommes mariés. En Iran,  pour qu’un homme et une femme puissent partager une chambre d’hôtel, ils doivent être mariés. Le Norvégien répond non et moi oui en même temps. J’avais fait mes lectures avant le départ! En riant et voulant réchapper son erreur je dis que nous sommes fiancés et qu’il me mariera à notre retour au Canada. Je montre ma fausse bague de mariage achetée chez Ardène à la dernière minute et il accepte. Normalement, dans les établissements plus stricts, nous aurions dû montrer un papier qui certifie notre mariage  J’imagine qu’en tant que touriste, nous avons bénéficié d’une certaine tolérance.

Dès lors, nous avons pris plaisir à nous inventer une vie commune malgré que nous provenions de deux pays situés loin l’un de l’autre. Nous passâmes deux jours ensemble avant que nos chemins se séparent, juste le temps de m’habituer ou plutôt me familiariser avec ce pays si différent.

فانيسا

vanes

Ni l’inquiétude n’enrichit, Ni la générosité n’appauvrit.(proverbe algérien)

Il y a un monde arabe et il y a l’Iran et la Turquie

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , , , on 13 septembre 2009 by vanes

Premièrement je dois mettre une chose au clair. Probablement une justification de ma part que vous trouverez peut-être anodine, qui selon moi,

Ruines de Palmyra, Syrie

Ruines de Palmyra, Syrie

est très importante. Mon blog est centré autour de moi et mes expériences dans le monde arabe, comme le titre l’indique, « Il y a un monde arabe, et il y a mon monde ». Vous avez dû vous rendre compte que je parle beaucoup de l’Iran, un pays qui m’a énormément marqué auquel se rattachent

Camp de réfugiers Askar à Nablus, Palestine

Camp de réfugiers Askar à Nablus, Palestine

beaucoup d’anecdotes et qui possède une façon de fonctionner très différente de la nôtre. Je ne pensais pas en parler autant, mais parfois ce que notre

Imam khomeini square, Esfahan, Iran

Imam khomeini square, Esfahan, Iran

tête nous dit n’est pas en accord avec notre cœur ou nos sentiments. Lorsque je me mets à écrire, je reviens souvent sur des évènements, phénomènes et anecdotes qui proviennent de la région perse plus qu’arabe. Ayant eu le privilège de voir ce qu’est ce pays, je me fais un plaisir que de partager mon expérience et mes chocs culturels.

De plus, je parlerai souvent de la Turquie, pays également musulman mais pas arabe. Le pays que je

Uçhisar près de Göreme en Capadocce en Turquie

Uçhisar près de Göreme en Capadocce en Turquie

considère comme mon favori alors que je serai à ma troisième visite lors de la prochaine période des fêtes. Pour les besoins de la cause j’englobe ces deux pays non arabes dans « mon monde arabe ». Ne soyez donc pas offusqués chers lecteurs turcs ou iraniens, en espérant en avoir quelques uns. Je fais la différence et je l’ai surtout vécue. Lorsque je parle du Moyen Orient, géographiquement parlant l’Iran et la Turquie s’y rattachent. Pour ce qui est du monde arabe, ils en sont exclus.

Il est parfois difficile de s’y retrouver alors voici une brève description des délimitations des territoires qui pourra surement vous éclairer un peu. La région du Moyen et Proche Orient se trouvent à la jonction de trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Il est difficile de délimiter les frontières de celle-ci. Pour l’Europe, qui se considère le centre du monde, l’expression « Proche Orient »

Istanbul, Turquie

Istanbul, Turquie

serait le synonyme de Levant (là où le soleil se lève). Cette région comprendrait l’Égypte, le Liban, les territoires palestiniens, la Syrie, la Jordanie, l’Israël et l’Irak. «On y adjoint parfois la Turquie, l’Azerbaïdjan et Chypre ou

Ramallah

Ramallah

encore les pays du Maghreb pour des raisons historiques ou de proximité culturelle[1]».  Il s’agit du croissant fertile situé à l’est de la Méditerranée. Quant à elle. l’expression « Moyen Orient », employée pour la première fois en 1902, est d’origine anglo-saxonne (Middle East) et désigne la région comprise entre la rive est de la mer Méditerranée et la ligne tracée par la frontière entre l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan.  Elle s’étend donc de l’Égypte à l’Iran. Bien qu’on étende cette région aux pays du Maghreb en raison de fortes associations culturelles et historiques, ceux-ci ne devraient pas en faire partie. Comme on peut le constater, la délimitation du Proche et Moyen Orient est déterminée

Aleppo, Syrie

Aleppo, Syrie

par des facteurs géopolitiques.  De plus, les dénominations sont issues d’intérêts étrangers, ceux des superpuissances, puisqu’il s’agit d’un espace géopolitique surchargé d’histoire presque écrasé par celle-ci et

Jerusalem, Israël

Jerusalem, Israël

influencé grandement par l’extérieur. Bref, le Proche et Moyen Orient n’ont aucune délimitation officielle et leurs frontières demeurent donc plutôt floues.

Il s’agit d’une région très fragile, en raison d’« échecs des arabes au cours des derniers siècles, à retrouver leur identité, à constituer leur unité et leur souveraineté sur des territoires qu’ils peuplent sans discontinuer depuis le VIIe siècle […] s’ils avaient réussi, ils auraient donné à la région des frontières stables et définies[2]». Elle a toujours subi la volonté des autres avant de faire valoir les siennes. Dans la conscience européenne, la région proche orientale n’a pas d’identité affirmée car «ce sont ces changements fréquents de frontière administrative qui sont à l’origine des contentieux historiques territoriaux, avoués ou refoulés peuvent exister entre les états arabes issus du démembrement de l’empire Ottoman[3]».

Tripoli, Liban

Tripoli, Liban

rue d'Aleppo, Syrie

rue d'Aleppo, Syrie

Avant la conversion de la région à l’Islam, il y avait plusieurs Proche-Orient n’ayant aucune relation entre eux. Chacun a tenté de l’organiser en fonction des intérêts de sa dynastie, ce qui crée aujourd’hui un déchirement identitaire. C’est au 7e siècle que cette région a été conquise par les Arabes au nom de l’Islam. C’est ainsi que l’Islam pourrait servir de critère de rapprochement pour unifier la région du Proche-Orient, puisque 90% de la population est musulmane sunnite. Toutefois les trois religions monothéistes en présence sont incapables d’unité : l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Par ailleurs, le monde arabe de cette région n’est aucunement homogène dû, entre

Beirut, Liban

Beirut, Liban

autres, aux minorités religieuses tels les coptes, les kurdes, etc. et ainsi divisé ne peut décider de son propre sort. Des différences entre la majorité et les minorités religieuses créent des conflits et ce même à l’intérieur d’un même pays, à la fois au niveau de la culture, de la politique ou de la religion, comme par exemple au Liban entre les maronites et les musulmans. Cela constitue un autre sujet qui mérite un article en entier vu sa complexité.

Petra, Jordanie

Petra, Jordanie

فانيسا

vaness

Dieu nous donne des mains, mais il ne bâtit pas les ponts. (proverbe arabe)


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Proche_Orient

[2] Corm, Georges. Le Proche-Orient éclaté 1956-2007, Paris, Collection Folio Histoire, édition La Découverte, 2007 p.63

[3] Corm, Georges. Le Proche-Orient éclaté 1956-2007, Paris, Collection Folio Histoire, édition La Découverte, 2007, p.103

Plus qu’un simple trou

Posted in turquie, Uncategorized with tags , , , , , on 9 septembre 2009 by vanes

Voyager provoque toujours des chocs culturels. Ces chocs culturels, moi, je les pourchasse. Ce sont par ces inconforts et ces différences que je grandis le plus, ce qui m’amène à me surpasser.  Comme dans toutes règles, il y a des exceptions. Voici une d’entres elles : les fameuses toilettes à la turques.

Je m’excuse en avance auprès des âmes sensibles, mais vous me remercierez si un jour, vous y êtes confrontés.

Toilette Turque

Toilette Turque

Ma première expérience fut en France, étrangement. J’étais dans un bar gai de Paris avec un italo-canadien anglophone rencontré en Espagne plus tôt durant le même voyage. Puisque Paris est une ville très dispendieuse et ce, encore plus avec la conversion des euros,  nous nous retrouvions près des restaurants où nous nous achetions un morceau de fromage, une baguette et une grosse bière Heineken en guise de souper. Un jour sur deux, nous variions avec un pâté de campagne, le tout acheté au dépanneur du coin. Ce repas gastronomique nous permettait ensuite d’aller dans un bar où mon ami voyageur pratiquait son Français. Ainsi, tout amateur de bière sait que la deuxième entame le processus d’évacuation de la première. Je me lève de mon tabouret et mon ami me dit avec un sourire: «ne touche pas aux murs». En effet la toilette est non seulement mixte, mais il s’agit d’une toilette turque, autrement dit, d’un trou. J’en avait déjà entendu parlé, mais je n’avais en aucun cas, expérimenté la chose.

Laissez moi vous décrire la toilette turque et vous aurez droit à quelques faits marquants que j’ai malheureusement en souvenirs de mes voyages.

Contrairement à la toilette occidentale où nous avons un peu plus d’espace, la toilette turque se retrouve dans un espace très restreint ne permettant pas de pouvoir bouger avec aisance afin d’éviter tout contact avec les quatre murs. Le genre de contenant est en faïence, apparentée à la céramique à base d’argile et tout comme notre toilette occidentale, recouverte d’émail. Il s’agit d’une dalle d’une épaisseur d’à peu près un à deux pouces de profondeur, avec de chaque côté, un petit marchepieds strié pour y apposer les pieds de façon à ce que nous puissions nous accroupir. La distance est assez grande pour ne pas malencontreusement, atteindre les jambes. Cette dalle est donc percée à la bonne distance et lorsque nous sommes accroupie, nous arrivons presque directement au dessus. Elle est munie d’un système de chasse d’eau pour évacuer les matières fécales. Personnellement, ce système est pas mal douteux et je doute que beaucoup de gens l’utilisent. Il y a donc un robinet près du sol avec un tuyau de caoutchouc assez long pour que le jet se rende jusqu’à la dalle et ainsi la nettoyer. De plus, la toilette turque ne possède pas de système de canalisation et par conséquence, il faut jeter le papier de toilette utilisé dans le sceau ou la poubelle prévue à cet effet, à côté de la toilette pour ne pas la bloquer. Il y aurait quelques avantages à la toilette turque dûs au positionnement. Par exemple, cela permet l’élimination plus rapidement ce qui prévient du cancer du colon, de l’appendice et de l’inflammation de l’intestin. Cela protège également les nerfs qui contrôlent la prostate, l’utérus et la vessie de s’élargir, ainsi que quelques autres bienfait. Vous le saurez!

Maintenant que vous avez une image assez complète, vous comprendrez peut-être plus le reste de mon article.

Ce fut au Maroc, durant le même voyage que la France, en 2005, que j’ai été confronté à la réalité de la toilette turque. Je devais faire un trajet de bus assez long puisque les transports sont assez lents dans ce pays, du moins à l’époque où j’y suis allée, et comme ma grand mère dit toujours avant de partir, « vaut mieux s’assurer ».  J’entre donc dans les toilettes de la station de bus et en ressors aussi rapidement. Il m’était difficile de voir la couleur initiale des murs!  Comment l’être humain peut-il être insouciant de la présence d’autrui. Il s’agit d’un endroit public, d’un endroit partagé où chacun devrait nettoyer derrière lui pour le prochain. Aussi, je me demandais comment ces femmes vont aux toilettes, comment peuvent-elles être aussi dégoûtantes? Désolée auprès des hommes qui croient que nous les femmes, n’allons pas au toilette ou n’avons pas d’odeur corporelle. Aussitôt sortie, une préposée aux toilettes me tend la main pour récolter son du. Dans certains pays, autant européens que arabes, les toilettes peuvent être payantes et ce, surtout dans les stations de train et d’autobus ou encore dans les arrêts que les moyens de transports font pendant leurs trajets alors qu’il y a une affluence de personnes. Bien évidemment je lui ai répondu sur un air de dégoût que je n’avais même pas osé y aller.

Lors de mon deuxième passage en Turquie, à l’est cette fois, j’étais hébergé chez l’ami d’un Turc à Erzurum, dans le nord-est du pays, dans les montagnes. Tout était super, j’avais ma propre chambre donc de l’intimité. C’est toujours bienvenu quand je voyage et les Turcs était réellement gentils avec moi. Le moment arrive, après quelques thés, d’aller visiter les cabinets. J’ouvre la grande porte et ne laisse paraître en aucun cas mon expression faciale de dégoût et de surprise. Il y avait une toilette turque au milieu de la petite pièce avec un lavabo. L’expression de dégoût était pour l’odeur nauséabonde d’urine. Aucune présence de fenêtre ou bouche d’aération. L’expression faciale de surprise était causée par le fait que les toilettes turques peuvent se retrouver aussi dans les maisons des habitants. J’ignorais totalement ce fait. Moi qui pensait que c’était uniquement dans les endroits publics. De plus, lorsque quelqu’un est un invité, l’hôte remet toujours une paire de sandale fait de caoutchouc normalement afin qu’on ne marche pas en bas ou pieds nus. J’ai remarqué que mon grand-père le fait aussi avec des genres de flip flop. Mon amie polonaise m’appuie sur ce fait puisque c’est coutume également dans sa famille lorsqu’elle est en visite. Bref, le turc m’avait remis une paire de sandale de maison que je devais porter. Par contre, lorsqu’on rentre dans la toilette, il y en a toujours une paire près de la porte afin d’éviter de marcher dans la maison avec les sandales ayant eu un contact avec ce qui peut se retrouver là. Parce qu’à la longue, si la toilette sens aussi fort, je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour les sandales!

Je garde la meilleure anecdote pour la fin. Mon expérience la plus troublante fût entre mon trajet de retour à Téhéran à partir de Shiraz, non loin de Persepolis, qui se situe plus au sud. J’avais décidé faire le trajet de dix ou onze heures avec l’autobus de nuit. Donc à mi chemin, je ne saurais vous

Entrée de Persepolis, Iran

Entrée de Persepolis, Iran

dire dans quelle ville, nous arrêtons le temps de pouvoir aller aux toilettes ou fumer une cigarette. Comme je ne fume pas, j’en profite pour aller aux

Téhéran, Iran

Téhéran, Iran

toilettes. Ça fait deux semaines que je suis confrontée aux toilettes turques et je me suis fait à l’idée, donc c’est rendu normal, même que je savais exactement où mettre mes pieds afin d’arriver au dessus du merveilleux trou. Comme à l’habitude j’ai mon papier de toilette dans la sacoche dont je pré coupe toujours les morceaux requis, afin d’éviter la catastrophe à l’intérieur, je respire par la bouche et fait le tout le plus rapidement possible, dans le but de sortir le plus rapidement possible! Je rentre donc dans les toilettes où il y a une foule mais quand je dis une foule, de femmes vêtues de noir qu’on appelle un Tchador (grand bout de tissu couvrant la tête aux pieds). Elles se poussent toutes entres elles, on aurait réellement dis un zoo. Certaines se lavaient les mains jusqu’aux bras et les pieds jusqu’aux cuisses, d’autres faisaient la file pour les toilettes et tout ça en se poussant les unes contre les autres comme si le savoir-vivre était resté à la porte. Ce n’est pas tout! La lumière était manquante et c’était en pleine nuit. À l’intérieur des toilettes ça allait plus ou moins, mais

rue Ferdosi à Téhéran, Iran

rue Ferdosi à Téhéran, Iran

entre les quatre murs de la toilette turque ce n’était pas du tout évident. Il ne fallait pas tarder là dedans sinon les femmes cognaient dans la porte en parlant le Farsi. Une chance que la femme assise à côté de moi dans le bus, la tante de Mahdi dont j’ai parlé dans l’article précédent, m’accompagnait. Évidemment, rendue à mon tour, la porte ne se barre pas. Cette femme se charge de la tenir pendant que moi, les deux pieds dans de l’eau souillée, j’essaie de m’accroupir dans le noir total, afin de viser le bon endroit. Tout ça en tenant dans mes mains le bord de mon manteau islamique, les extrémités de mon foulard en guise de hijab risquant de traîner, avec mon sac et le bout de papier de toilette et m’éviter tout faux pas. Il devait y avoir tellement d’eau stagnante sur le plancher que j’avais peur que la semelle de mes souliers ne soit pas assez épaisse. Ce genre de soulier avec des petits trous, telle une passoire, pour faire respirer les pieds. En sortant de ce trou, c’est le cas de le dire, la femme me prends le bras et me fait sortir très rapidement en me donnant une lingette pour me

Shiraz, Iran

Shiraz, Iran

laver les mains. Elle même trouvait ça surréaliste, enfin c’est ce que j’ai cru comprendre par ses gestes, puisqu’elle parlait que le Farsi. J’ai compris plus tard à l’aide du langage des mimes qui me sert énormément en voyage et que je maîtrise plutôt bien, que les femmes étaient pressées, presque affolées pour faire leur ablutions (se laver les mains et les pieds), pour faire la prière à la mosquée d’à côté.

Alors, plus qu’un simple trou, vrai ou pas?

فانيسا

vaness

Ce que fait la main droite, la main gauche n’a pas à le savoir. (proverbe arabe)