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Histoire de frontière III (Turquie-Syrie 2009)

Posted in Histoires de frontières, syrie, turquie, Uncategorized, Voyage 2009 Turquie-Syrie with tags , , , , on 13 janvier 2010 by vanes

Mon choix de passer une semaine en Syrie s’est décidé plutôt à la dernière minute. Un ami de couchsurfing rencontré en juin 2008 me lança l’invitation au début du mois de décembre. Je ne pouvais faire autrement que de l’accepter. Normalement, tout citoyen de quelque soit le pays se doit d’obtenir un visa et ce par l’entremise de l’ambassade du pays dans lequel on vit. Puisque par manque de temps je n’ai pas pu appliquer la norme, je me suis renseignée quand à la possibilité d’avoir le visa à la frontière. C’est possible, par contre pour ce qui est du temps d’attente à la frontière pour le visa il varie selon l’expérience de chacun. Certains ont passé une dizaine d’heures à la frontière. Pour ma part, je ne peux me permettre d’attendre puisque Hany m’envoi un chauffeur me chercher du côté syrien afin de me conduire dans sa ville d’origine, Homs.

Je prends un avion d’Istanbul à Gaziantep, une ville de transition les voyageurs puisqu’elle se trouve à une heure de la frontière de la Syrie. C’est là que mon histoire de frontière débutera.

Il est 7h30 du matin lorsque mon avion atterrit à l’aéroport de Gaziantep. De là je prends la navette qui se rend au centre ville. Personne ne parle anglais sauf cet homme qui demeure à Killis où je dois me rendre. Je me considère chanceuse puisqu’il m’indiquera le chemin pour m’y rendre. Au centre ville de Gaziantep, nous prenons un taxi pour nous rendre à l’otogar. Il règle la note en refusant mon argent. Nous montons à bord du Dolmus, un mini bus pour en direction de KiFrontière de Kilislis. Pour que le dolmus démarre, il doit être plein. Je me dis ça y est nous sommes ici pour un bon moment. Eh bien quinze minutes plus tard, le dolmus est plein. Une fois à Kilis, je dois trouver un moyen de me rendre de l’autre côté de la frontière et contrairement à celle que j’ai franchie la fois précédente, je dois absolument être dans un véhicule. Un Turc veut également aller en Syrie alors il me fait signe de le suivre. Un taxi syrien nous aborde. Je n’arrive pas à expliquer que je veux seulement qu’il me conduise de l’autre côté et non dans une autre ville telle que Aleppo. Je clique que son taxi a une écriture arabe. Et voilà enfin que je pourrai vérifier mon niveau de connaissance de la langue. Je lui bredouille en arabe saccadé ce que je veux. Je lui explique qu’un ami m’attendra. Il désire lui parler. Il prend le numéro et parle avec Hany pour discuter du prix de la course. Il s’agit toujours de l’endroit où on se fait le plus avoir car nous n’avons juste pas le choix d’accepter. On s’en tient à 10 US qui est une grande somme pour le trajet. Je monte à bord et un couple de syrien s’y trouve déjà. On échange les politesses et arrivons même à plaisanter en arabe avec le langage des signes et quelques mots d’anglais, bien sûr. Je suis prise en sandwich au milieu écrasée sur la femme qui sent la ferme.

Nous arrivons à la frontière. Du côté turc, tout se passe bien. Je suis la seule femme avec la dame avec qui je fais le trajet et j’attire beaucoup l’attention parmi ces hommes arabes et turcs.

Nous arrivons du côté syrien. Les choses se corsent. Je fais la queue pour présenter mon passeport. Les hommes me regardent comme si j’étais une extra terrestre. L’officier me pose des questions et moi je tente de répondre en arabe le plus possible puisque ça jouera en ma faveur. Il me dit de le suivre dans une autre pièce à l’arrière où un homme téléphonera à Damas, la capitale au bureau d’immigration. Encore une fois il me pose les questions habituelles : « what’s your job », « why you come to Syria », etc. Quand je réponds « arabic studies » je vois qu’ils aiment beaucoup. Il me dit de patienter. J’ignore qu’est-ce que j’attends. On me dit qu’on attend le téléphone de Damas pour le ok pour mon visa et ça, ça peut durer. Je retourne voir les officiers à l’avant et leur dit que j’ai un contact, un ami qui vient me chercher à la frontière et chez qui je serai hébergée. Bingo. Il appelle Hany, puis le chauffeur et discute avec eux. Tous deux travaillent dans le tourisme et ainsi les choses seront accélérées. J’utilise leurs expressions habituelles quand je leur

Frontière de la Syrie

Frontière de la Syrie

parle en usant de leur gestuelle. C’est une situation absurde. Je suis devant des officiers  de la frontière syrienne à plaisanter et bredouiller l’arabe. C’est un vrai bordel. Ils me font attendre, le chauffeur du taxi, Ibrahim continue à leur parler pour que je puisse avoir le visa. Tout le monde parle fort et moi je souris. Quel plaisir que de me retrouver dans cette culture que j’aime tant. Vive la bureaucratie arabe! Ils nous font encore attendre et sérieusement là ça n’a plus rapport. Nous faire attendre pour nous faire attendre, c’est tout. Finalement les agents me font signe que tout est beau. Ils m’octroient le visa pour quinze jours. Un d’entre eux étampe monpasseport en récoltant le coût du fameux visa et me dit : Ahlan wa Sahlan (Bienvenue) et moi : shukran jazilan, Ma’a assalama (merci beaucoup et que la paix soit sur vous).

Nous nous précipitons à la voiture où le couple nous attendait. De loin je lève les bras au ciel en criant wallah! Une de leur expression dont ils abusent pour dire je te jure ou pour mettre l’emphase sur une situation. Il nous reste 5 km à parcourir jusqu’à la voiture du chauffeur. Vient le temps de payer Ibrahim, le chauffeur du taxi. Je lui remets 10 euro pour son aide soit 15US. Il me demande encore plus pour avoir fait les téléphones et m’avoir aidé. Là nous nous énervons puisque je tente de lui faire comprendre que je lui ai déjà donné un extra sur le prix convenu au départ et que je n’accepterai pas de revenir sur le prix décidé, puisque dans la situation inverse un arabe ne revient jamais sur le prix négocié.

La traversée de la frontière a duré seulement 45 minutes. Il est maintenant midi et j’ai encore quatre heures de trajet à faire avant d’arriver à Homs et rejoindre mon ami.

فانيسا

vanes

L’attente est plus dure à supporter que le feu. (proverbe arabe)

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Histoire de porc!

Posted in Uncategorized with tags , , , , on 12 décembre 2009 by vanes

C’est fou ce que de petites choses qui semblent si anodines peuvent prendre bien de l’importance en temps réel.

Cette fois, je reculerai un peu plus en arrière. En juillet 2007 plus précisément. Je suis en Bulgarie et mon voyage tire à sa fin. Plus qu’une seule destination que j’attends depuis le début : la Turquie. Cette attente est due surtout depuis mon mini avant goût à Sarajevo en Bosnie Ayant été sous l’emprise de l’empire ottoman au 15e siècle, c’est-à-dire les anciens Turcs, la vieille ville témoigne son histoire par sa culture turque.

Je quitte Plovdiv, la seconde ville après Sofia qui est la capital. Le trajet en autobus est d’une dizaine d’heures. Je prends mon mal en patience et j’écoute Jack Johnson en boucle. Deux couchsurfers m’accueilleront à la station de bus d’Istanbul. L’un possède une compagnie d’électronique ou quelque chose du genre et l’autre, est commandant dans la marine turque ce qui sera un des sujets de plaisanteries.

Plovdiv, Bulgarie

Plovdiv, Bulgarie

C’est là que nous arrivons à la frontière de la Turquie. Une dame s’énerve dans le bus. Moitié stressée moitié amusée. Je ne comprends pas trop car son débit de voix est rapide et son accent anglais un peu difficile. Elle semble dire qu’elle ramène de la Bulgarie des saucissons, salamis et saucisses pleins son sac. Les gardent nous demandent de sortir du bus et de mettre nos bagages sur une table. Je comprends à ce moment que chacun sera fouillé. C’est ma première fois et moi, je voyage avec un sac à dos. Il contient que 80L et je sais pas pour vous messieurs, mais nous les dames, 80L est uniquement le poids pour le kit de survie. Tout est cordé et bien placé stratégiquement pour mon arrivé à Istanbul, dont le nécessaire pour prendre une douche. Nous sommes en ranger, chacun derrière son bagage qui eux sont sur des tables surélevées. La dame distribue subtilement ses produits fait de porc dans les sacs de tout le monde qui ont accepté d’être sa complice. Elle les cache en dessous de ses vêtements et en met même

La mosquée bleu de Istanbul, Turquie

La mosquée bleu de Istanbul, Turquie

dans sa sacoche! Moi j’ai seulement de l’alcool. Une bouteille de tuica prononcé tsouïka, d’alcool de prune, une spécialité de la Roumanie. Cette eau de vie qui vous racle la gorge et qui tue le méchant! Le garde ouvre mon sac et met la main jusqu’au fond. Franchement je suis impressionnée et je ne comprends même pas comment il a fait pour y entrer un bras au complet tant j’avais le sac plein! Il le retire et continu sa fouille chez le voisin. La dame commence à avoir de plus en plus chaud. Il fouille le tout encore une fois très rapidement, puis la laisse tranquille. Je vois son sourire s’afficher, elle se trouve ridicule. En même temps, les gardent ne sont pas très sérieux dans leur fouille. Ils misent plus sur la peur que l’action selon moi.

À l’entrée de la frontière un panneau indiquant les interdits est affiché. Le porc y est. Nous entrons dans un pays où la possession de porc est contre la loi. Cette dame est donc hors la loi pour transporter du cochon!! Après le passage aux douanes, le bus repart. Tous font des blagues de la situation et la dame déclare que ses amis seront ravis de récupérer leur denrée tant attendue.

Le Porc. Parmi plusieurs définitions, en voici deux : 1. Mammifère domestique omnivore dont le museau se termine par un groin. Il est élevé pour sa chair et son cuir. 2. Homme grossier, sale, vulgaire.

Mais le porc, c’est plus que ça.

Coran, Sourate II, verset 173 : « Dieu vous a seulement interdit la bête morte, le sang, la viande de porc et tout animal sur lequel on aura invoqué un autre nom que celui de Dieu. »

Coran, Sourate VI, verset 145 : «Dis : «Je ne trouve pas d’interdictions au sujet de la nourriture, dans ce qui m’a été révélé, à part la bête morte, le sang répandu et la viande de porc -car c’est une souillure- et ce qui, par perversité, a été sacrifié à un autre que Dieu.»

Le porc est considéré comme impur puisque se nourrit de déchets. De plus les musulmans peuvent manger les animaux qui peuvent être égorgés et ainsi le porc ne possèdent pas de cou et ne peut donc pas être égorgé. En conséquence, si Dieu aurait voulu que les musulmans puissent s’alimenter par cet animal, il lui aurait donné un cou.

En fait, non seulement le Coran interdit la consommation de porc mais la Bible aussi l’interdit. Dans le Lévitique, chapitre 11, verset 7-8 : «Vous ne mangerez pas le porc, …Vous ne mangerez pas de leur chair, et vous ne toucherez pas leurs corps morts : vous les regarderez comme impurs».

En voyageant en terre d’Islam, j’oublie souvent cette restriction et m’étonne à chaque fois que le bacon ne soit jamais au menu dans les déjeuners et le fast food. Tout s’explique, lorsqu’on comprend le pourquoi de la chose!

فانيسا

vanes
Sans la variété des goûts, la mauvaise marchandise resterait. (proverbe arabe)

Histoire de Frontières II (Iran-Turquie)

Posted in Histoires de frontières, Uncategorized with tags , , , , , , on 9 novembre 2009 by vanes

On m’a toujours dit que chaque bonne chose à une fin. Cependant, il arrive parfois que je ne sois pas attristée que ce soit ainsi.

Lorsque j’étais en Iran, bien que j’aimais beaucoup mon expérience, après deux semaines intensives dans une situation culturelle si dépaysante, ces deux semaines paraissaient plus longues.

Après avoir fait le tour soit disant touristique, je me trouvais dans le sud du pays à Shiraz. J’essayai d’établir un chemin pour retourner en Turquie par la voie terrestre. Il faut savoir qu’en Iran, les autobus sont très lents et le pays étant assez grand, les distances sont longues à parcourir. Ainsi pour m’éviter de prendre trois bus au lieu de deux et gagner du temps, je décide de franchir la deuxième frontière qui se trouve au Sud de Bazargan, la première. Bazargan est considérée comme la frontière pour les touristes, alors que l’autre semble avoir une réputation plutôt dangereuse puisqu’elle se trouve dans le kurdistan. Je prends donc le bus de nuit pour me rendre à Téhéran, puis un autre bus de nuit pour me rendre à la frontière de Sero dans le Kurdistan. Cette deuxième frontière était jadis déconseillée pour les touristes, cependant les choses ayant changées un peu depuis quelques années, je décide de m’y aventurer afin de gagner du temps et préserver mon énergie.

Alors voilà ce que cette décision m’a apporté, un beau sujet d’article qui vous tiendra en haleine du début à la fin.

À la suite de deux autobus de nuit consécutifs d’une durée approximative de dix heures chaque dans un confort évidemment douteux, j’arrive à la station d’autobus Orumiye près de la frontière de Sero. Un autobus se rend supposément en cinq heures à Van, la prochaine ville que je visiterai dans l’est de la Turquie.

J’embarque à bord de l’autobus. Il y a cinq autres hommes à bord en plus du chauffeur et d’un autre homme sur le siège à côté de ce dernier, dont la fonction est toujours un peu vague, et moi, bien sur. Inutile de vous dire que tous parlent le farsi entre eux et je suis la seule touriste, bien entendu. Dès que nous quittons la station de bus, un des cinq Iraniens se lève et commence à distribuer des cartons de cigarettes dans l’espace réservé aux bagages au dessus de chaque siège. Je trouve ça plutôt louche sans vraiment y accorder une grande importance. Puis, le même Iranien ouvre une boîte et j’y aperçois un couteau qui brille à chaque mouvement léger de son propriétaire. Il parle très fort avec ses amis avec qui il semble faire des blagues et dégage une énergie comme d’un enfant en déficit d’attention. Là, je trouve ça encore plus bizarre, mais je tente d’en faire abstraction. Les hommes rient, bougent d’un siège à l’autre et interagissent avec le chauffeur et son aide. Moi dans mon coin, je ne comprends rien et je suis déjà assez fatiguée de mon trajet que je décide d’écouter mon ipod. Les Iraniens tentent de me parler un peu mais aucun d’entre eux ne parlent l’anglais.

Arrivée à Sero, nous débarquons de l’autobus afin de passer les douanes. Le douanier me pose une question que je ne comprends pas très bien, je souris maladroitement et prends la sortie. Ça devait avoir rapport avec son pays, du genre si j’avais aimé ou pas. Les hommes suivent un à un. Nous sommes dehors en attente du bus qui doit aussi passer la douane. Il arrive enfin et nous remontons à bord.

C’est à ce moment que mon calvaire débute.

Nous sommes à la frontière de l’Iran et attendons je ne sais quoi pendant plus de deux heures sans explication. Entre temps, je commence à m’impatienter et demande au chauffeur pourquoi nous sommes arrêtés depuis si longtemps. Il n’arrive pas à me répondre mais semble me dire de me calmer. Je vois des hommes partout dehors qui vérifie le bus, parlent entre eux et la seule chose qui me vient en tête est évidemment le pire. Je me dis que ça y est, ils vont découvrir les cartons de cigarettes partout dans le bus ainsi que les couteaux. Là je panique réellement et le facteur de la faim embarque en plus de la fatigue. Personne n’est en mesure de m’expliquer quoi que ce soit. C’est à ce moment que je me comprends pourquoi le lonely planet disant que Bazargan est préférable, je m’en souviendrai! Il y a bien juste moi pour me retrouver dans une telle situation! Je m’impatiente de plus belle. J’ai réellement envie de pleurer et je sens mes yeux se remplir d’eau. Je respire.

Un homme monte à bord et discute avec les autres comme s’il n’y avait rien de spécial. Il tente de me parler puisque je suis la seule femme et touriste en plus. Il parle quelques mots d’anglais mais n’arrive pas à répondre à mes questions. Je m’énerve et ça l’amuse, en fait ça les amuse tous, sans exception. Pourquoi nous tardons à partir? Il me fait comprendre de me calmer. Ok rendu là, toutes personnes tentant de me faire comprendre de me calmer m’énerve encore plus, je suis sur le bord de la crise de nerf. Je perds encore plus patience. Déjà que j’en possède très peu, en deux heures, j’étais dans le moins et rendu là, ça ne faisait plus parti de mon vocabulaire! Je suis à fleur de peau, mes yeux se remplissent une fois de plus d’eau. Je me retiens, car il ne faudrait vraiment pas que j’éclate devant eux. Ce serait la honte quoi! J’ai ma dignité quand même. L’homme, peut-être par pitié fini par me dire que c’est normal tout ça, que ce sont les procédures normales que de tout vérifier. Là, je comprends que les couteaux et cigarettes ne sont pas la cause de l’attente mais bien que je suis à bord d’un bus qui transporte de la marchandise de l’Iran à la Turquie. La compagnie d’autobus ne fait que profiter de l’occasion pour faire plus de sous en prenant des gens à bord.

Le chauffeur sort un grand sac plein de nourriture sur une banquette et m’invite à me servir. Je suis gênée puisque je me suis énervée plus tôt avec lui, mais affamée. Il me fait signe que c’est sa femme qui lui prépare ses lunchs, bien évidemment. Je me régale et je retrouve une certaine tranquillité.

Le bus démarre, je soupir, c’est enfin fini. Hélas j’ai parlé trop vite!

Nous franchissons la frontière et les hommes se mettent à hurler comme des imbéciles. Ils se tournent vers moi en criant freedom et mimant qu’ils enlèvent leur t-shirt. Nous sommes « libéré » d’un pays où la religion règne. Je peux enfin enlever mon hijab et mon manteau islamique. Je dis enfin, mais en fait, j’ai une réticence. Je suis la seule femme à bord et je sens les regards sur moi. Je trouve ça absurde d’avoir du me couvrir durant tant de temps et devant ces Iraniens et d’un coup, me dévoiler. Je l’enlève maladroitement et les hommes me sourient gentiment sans arrière pensé, du moins c’est ce que je pense. L’atmosphère se détend et en usant du mime nous arrivons à nous parler un peu et à rigoler.

L’est de la Turquie est très montagneuse et puisque c’est la région kurde, il y a des check point à chaque 30 kilomètres on dirait. Chaque fois, les soldats vérifient la soute à bagages, vérifient nos papiers et juste à la vue de mon carnet bleu marin, on me fait signe que c’est correct. Merci d’être né en terre canadienne! Ces soldats prennent même le temps de tenter de me parler et rigoler avec les autres. Tour à tour, ils me posent des questions, la plus récurrente est si je suis mariée. Dès que la drague embarquait, je disais au chauffeur Yallah! et tous rions en partant, même le soldat. Parfois, les Iraniens ont offert un carton de cigarettes à ces derniers. Une petite corruption et hop le champs est libre.

Le trajet est long et pénible, il se met à pleuvoir de plus en plus et il fait très humide dans l’autobus. Le chauffage autant que l’air climatisé ne fonctionne que très rarement à bord d’un bus au moyen orient. J’ai même vu neigé dans les hautes montagnes, je pensais halluciner en plein mot de mai. C’est là que je regardai les passagers en disant Canada pointant la neige à travers la fenêtre.

La nuit tombait et nous n’étions pas encore arrivé. En fait, j’ignorais totalement à quelle heure nous atteindrons la ville de Van.

Une fois arrivé, il pleut encore et il fait très noir. Des hommes déchargent le bus pendant que le conducteur et son adjoint tentent de me faire comprendre quelque chose. J’ouvre le lonely planet à la dernière section où un petit lexique se trouve toujours. Ça n’aura jamais été aussi utile. Je leur dit : « hôtel » en me pointant. Là c’est la confusion! Ils semblent me dire de venir chez lui pour dormir et manger et que demain je prendrai le bus pour Van et eux, retournerons en Iran. J’insiste pour qu’ils m’amènent à l’hôtel. Ils insistent pour me dire que c’est correct qu’ils sont mariés. Je suis consciente qu’en Iran, il n’y aurait aucun problème, car c’est un pays tellement rigoureux que de toucher une touriste leur causerait de grands problèmes. Nous échangeons comme ça durant une vingtaine de minute avant que j’accepte. Qui dans la vie aurait accepté d’aller manger et dormir chez deux hommes gras iraniens dans une ville kurde? oui, moi! Je me permet de vous faire une courte description de ces messieurs. Deux hommes d’au moins une quarantaine d’années avancés, assez gras avec des dents croches, habillés un peu n’importe comment et parlant que le farsi. Maintenat que je vous ai mis en contexte je poursuis.

On se dirige au Marché, on se prend tous les trois une bière. Ma première goutte d’alcool en trois semaines! On arrive à la maison des hommes. C’est très sale et humide. On se regroupe dans une seule pièce qui semble être un salon dans le quel se trouve des couvertures et des matelas. Nous mangeons un Dizzi, un plat typique iranien que la femme du conducteur a préparé. Un pur régal. Nous échangeons avec des gestes et quelques mots que j’ai appris au cour de mon séjour.

Je suis crevée et il se fait tard. Toutes ces émotions et ces transports me sont rentrés dans le corps. L’homme prépare mon lit, puis le sien et celui de son ami. Je comprends que nous dormons tous dans la même pièce. Je n’ai pas peur, mais en même temps je suis un peu nerveuse. Je dors quasiment avec mes souliers. Je garde mes jeans, mes bas, un chandail zippé jusqu’au coup avec ma pochette dans le pantalon contenant passeport et argent, avec ma sacoche sous la tête. Je m’endors d’un coup malgré la situation un peu troublante.

On se réveil tous tôt puisque les hommes doivent repartir en Iran et refaire le trajet chaque deux jours. Nous sortons de la maison et le chauffeur m’indique où est la station de bus en me disant khoda fez, au revoir. Je suis là, à les regarder d’un air ébahi, à leur montrant la main en guise d’un au revoir en leur disant motashakkeram, merci en farsi. C’est tout? C’était de la gentillesse à son état pur? Aucune arrière pensée? Ils voulaient vraiment m’aider? Je suis bouche bée. Je tourne les talons en souriant.

Quelle histoire!

فانيسا

vanes

Le Diable n’apparaît qu’à celui qui le craint. (proverbe arabe)

Histoire de frontières I (Turquie-Iran)

Posted in Histoires de frontières, Uncategorized with tags , , , on 23 septembre 2009 by vanes

Ayant toujours voyagé dans les pays de l’Europe, soit de l’ouest ou de l’est, je n’ai jamais vécu d’histoire particulière quant à la traversée d’un pays à un autre. C’est au Moyen Orient que j’ai pu expérimenter la chose à plusieurs reprises. Je me suis retrouvée dans des situations absurdes, comiques ou tout simplement impossibles.

La première histoire de frontières d’une série sera la première de mon voyage, le passage de la Turquie à l’Iran

Drapeau de la Turquie

Drapeau de la Turquie

Le 17 Avril 2008 j’atterris à Istanbul, terre connue puisqu’il s’agit de ma deuxième visite. Je me rends à l’appartement de l’ami d’un ami turc rencontré au mois de juin de l’année précédente. J’y passe quelques jours question de me laisser le temps d’arriver et de me préparer mentalement à l’idée d’un voyage différent dans le monde arabe. Puis, je prends un avion charter pour me rendre à l’est du pays où je serai hébergée pour deux jours chez des couchsurfers turcs très gentils. De là, je me rendrai en Iran. Je n’ai pas le choix de prendre les transports terrestres, puisque ne sachant pas longtemps d’avance si oui ou non, j’obtiendrai mon visa iranien, je ne pouvais malheureusement pas réserver un billet d’avion. De plus, il est beaucoup moins cher de faire le trajet par autobus ou train que par avion.  Je compris, par la suite, que vaux mieux payer pour acheter la paix que de se donner du trouble pour sauver des sous.

Après avoir parlé avec plusieurs Turcs et cherché l’information dans mon guide qui n’est pas tout à fait à jour par manque d’intérêt pour la région, je

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

chemin de Erzurum à Doğubeyazıt en Turquie

me rends compte que je dois me rendre de Erzurum, la ville turque où je me trouve, à une autre ville près de la frontière nommée Doğubeyazıt. De là, je devrai prendre un minibus, un genre de van collective, jusqu’à la frontière iranienne.

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Drapeau de la République islamique de l'Iran

Dimanche matin, le 20 avril 2008, mon couchsurfer turc me conduit à la station de bus assez tôt le matin afin que je prenne le premier bus de neuf heures pour Doğubeyazıt. Au début, je pensais peut-être m’arrêter dans la ville, mais je constatai que cette ville frontalière kurde, plutôt sale et pauvre ne m’inspirait pas trop la sécurité. Je préférais faire tout le chemin en une journée et en finir avec ce stresse que me causait mon entrée dans un pays si méconnu. Une genre de boule à l’estomac dont je veux me débarraser tel un oral au secondaire. Je me portais toujours volontaire pour passer dans les premières et me soulager. Le trajet fût de plus ou moins quatre heures où nous sommes évidemment partis trente minutes en retard. Bienvenu au Moyen Orient où seul Dieu sait tout!

J’arrive en pleine chaleur vers les une heure de l’après-midi et on m’indique le minibus qui me conduira à la frontière. Le chauffeur me dit de m’asseoir et d’attendre que le minibus soit plein. Ceci n’est pas un concept excusivement moyen oriental, mais qui se retrouve aussi en Europe de l’est. Je patiente donc jusqu’à ce que j’aperçoive un jeune homme en sac à dos s’approcher du minibus. Il s’agit d’un Norvégien de dix-neuf ans qui se rend également en Iran dans la même ville que moi. Me voilà ravie! Nous allons faire le trajet ensemble. Une fois le minibus rempli de locaux ainsi que de nous deux, nous partons en direction de la frontière. Je suis sur la banquette avant entre le conducteur et cette fillette de moins de douze ans qui fait ses devoirs de mathématiques. Tous nous parlent et s’informent sur nos pays natals respectifs. Il s’agit d’un trajet plutôt sympathique. Puis, j’aperçois la frontière au loin, les barrières et le terrain vague. Mon estomac se noue pendant que le conducteur ralentit et m’indique de me couvrir mes cheveux puisque nous entrons bientôt sur la terre de la République islamique de l’Iran. Ça y est, je me répète que je m’apprête à aller en Iran et je le réalise seulement à cet instant. Je sors mon pashmina bleu en guise de hijab qu’une amie m’a offert à Montréal. Je boutonne mon long manteau et tente de placer mon foulard sur ma tête. Mes mains tremblent légèrement par nervosité et j’essaie maladroitement de cacher tous mes cheveux avec difficulté. Je ne comprends pas trop comment je me sens, mais une chose est sûre, ce sentiment m’est indescriptible. .J’ai chaud et je me sens ridicule. La fillette me regarde et m’ajuste mon hijab. Les rôles furent renversés. En sortant du minibus, celle-ci me regarde avec un joli sourire mi amusé, mi maternel et me pince une joue en nous disant bon voyage.

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien, un Iranien et moi dans une "taverne" réservé pour les hommes à Tabriz, Iran

Le Norvégien et moi marchons sur le terrain vague vers le guichet afin de se faire étamper pour désigner notre sortie de la Turquie. Tous marchent à leur rythme parmi les camions de marchandise. Une fois étampés, nous nous avançons vers la grille pour entrer dans cette zone où nous ne sommes officiellement dans aucun pays. Nous marchons encore jusqu’à l’autre grille. Un garde examine nos passeports et nous questionne sur nos nationalités avant de nous faire entrer dans un mini couloir de grillage afin de pouvoir se rendre aux douanes. Évidemment, faisant le trajet avec un Norvégien aux cheveux long blond et yeux bleus attire énormément l’attention et tous les gardes nous parlent et trouvent ça bizarre, presque à la limite drôle qu’une Canadienne et un Norvégien sans lien voyagent ensemble.  Nous pénétrons dans cette bâtisse où les douaniers prennent nos passeports et nous font une mini entrevue même si nous avons déjà le visa et ce, depuis nos pays d’origine. Pendant l’attente, car tout se fait très lentement, nous rencontrons deux Allemands qui voyagent en roulotte depuis l’Allemagne avec qui nous passons le temps. Après avoir passé les douanes, nous voilà dehors, nous voilà officiellement en Iran.

Ça y est, le moment tant attendu depuis des mois est arrivé. Je pourrai dire que moi, j’aurai marché de la Turquie à l’Iran!

Dans notre fameux guide, il y a le trajet pour se rendre à plus grande ville du Nord, Tabriz. Il s’agit de prendre un taxi au premier village et de là, un

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

Entrée d'un marché/souq lors de ma première journée à Tabriz, Iran

autobus nous conduira à cette ville. Petit hic, il y a un décalage d’une heure trente avec la Turquie, donc neuf heure trente au total avec Montréal et le temps a filé rapidement, il est déjà tard. Encore une fois on se fait dire qu’il n’y a plus de bus de là bas, de prendre un taxi! Tabriz est à quelque chose comme quatre heures de route. Nous revoyons les Allemands qui nous proposent de nous amener si nous attendons avec eux que leur roulotte soit vérifiée, puisqu’ils veulent également se rendre à Tabriz. Ils sont tombés du ciel. Il est rendu autour des huit heures du soir et tout semble si compliqué que nous acceptons avec plaisir. De toute façon, ce sera plus agréable et nous sauverons temps et frustrations.

Je dois vous avouer que j’étais plus qu’heureuse de me retrouver entre touriste et de pouvoir déconner un peu sur cette expérience étrange. Nous partageons nos souvenirs et anecdotes de voyage, moi, seule femme à bord d’un motorisé d’hommes, bague au doigt en tenue islamique. La roulotte est vieille et fait du bruit, ce qui attire e regard des Iraniens dans les rues. Le temps passe et nous avons tous faim. Grâce à leur GPS, les Allemands ont conduit tour à tour sans se perdre en faisant une halte dans une ville pour manger. Chaque fois qu’on sort de la caravane, les gens nous observent et se parlent entre eux. Je me sens totalement extraterrestre de plus que je porte un costume d’une culture qui n’est pas mienne. Nous sommes affamés et nous trouvons tant bien que mal une petite place encore ouverte à cette heure

Première soirée à Tabriz, Iran

Première soirée à Tabriz, Iran

tardive. Nous pointons au comptoir ce que nous voulons, puisque personne ne parle anglais et notre farsi est encore très minime. Sur le trajet, nous nous étions pratiqués, à l’aide de nos fameux guides, à dire les quelques mots de politesse en Farsi. Pour deux trois dollars chaque, nous mangeons comme des rois et reprenons la route pour Tabriz.

Il est deux heures du matin quand nous arrivons à notre hôtel où le Norvégien et moi, partageront une chambre. C’est à ce moment que je suis vraiment confrontée aux règles du pays. Le monsieur de la réception nous demande si nous sommes mariés. En Iran,  pour qu’un homme et une femme puissent partager une chambre d’hôtel, ils doivent être mariés. Le Norvégien répond non et moi oui en même temps. J’avais fait mes lectures avant le départ! En riant et voulant réchapper son erreur je dis que nous sommes fiancés et qu’il me mariera à notre retour au Canada. Je montre ma fausse bague de mariage achetée chez Ardène à la dernière minute et il accepte. Normalement, dans les établissements plus stricts, nous aurions dû montrer un papier qui certifie notre mariage  J’imagine qu’en tant que touriste, nous avons bénéficié d’une certaine tolérance.

Dès lors, nous avons pris plaisir à nous inventer une vie commune malgré que nous provenions de deux pays situés loin l’un de l’autre. Nous passâmes deux jours ensemble avant que nos chemins se séparent, juste le temps de m’habituer ou plutôt me familiariser avec ce pays si différent.

فانيسا

vanes

Ni l’inquiétude n’enrichit, Ni la générosité n’appauvrit.(proverbe algérien)