Archive pour arabe

Ailleurs, le temps d’une soirée

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , on 17 avril 2010 by vanes

Jeudi soir, il est 18h30 quand je marche sur la rue Notre-Dame en direction du théâtre Corona à Montréal. Un homme m’aborde pour savoir où est le théâtre. Je lui fais signe que c’est tout droit sachant très bien que nous allons au même endroit. On se suit un peu jusqu’à ce qu’il m’aborde de nouveau. Il me demande si je vais aux Hec, je réponds que non. Il me demande si je connais les personnes en question. Je réponds encore une fois négativement en disant que j’ai cependant beaucoup entendu parlé mais qu’en fait, j’étudie en langue et culture arabe. Aucune réaction. Normalement, j’ai droit à au moins un air surpris. L’homme a clairement les traits d’un arabe, mais plus foncé et je lui demande sa nationalité, comme j’aime bien le faire. Il vient du Djibouti, un pays de l’Afrique de l’Est au sud de l’Égypte. Il me demande si je connais. Fièrement, je suis une des très rare qui sait où se situe son pays et quelle langue ils parlent.

De loin, j’aperçois une file d’attente qui fait le coin de la rue. Moi qui croyais prendre un peu d’avance car le rendez-vous est pour les 19h. Plus j’approche, plus je vois que la file semble interminable. Le djiboutien a une passe droite pour passer devant la file, moi je vais me poster à la fin. C’est pas un show de rock star, ce qui importe est d’écouter les paroles de ces messieurs et non de me précipiter pour avoir une place aux premières loge. J’entends parler arabe partout. J’ai le sourire aux lèvres en entendant tous ces accents arabo-français ainsi que les expressions. J’observe autour de moi et je remarque que les traits de chacun sont différents. Je suis habituée de voir majoritairement des maghrébins à Montréal, mais je remarque des Libanais, des Palestiniens et surement plus des moyen orientaux que ce que je suis moins habituée de voir ici mais que je distingue très bien vu mes voyages au Moyen Orient. Ce grand rassemblement de musulmans me fait plaisir et ce regroupement ne fait qu’affirmer quelque chose: Tariq Ramadan est en ville. Il offrira une conférence intitulée «Pourquoi les sociétés occidentales ont-elles peur de l’Islam?».

Le Djiboutien revient me chercher pour me faire passer devant tout le monde. J’ai donc droit au même traitement que lorsque je suis en voyage. Il me prend en charge comme j’appelle. Ça fait du bien et cela me met dans l’ambiance. Il reste deux places en avant que nous allons occuper. Mr Ramadan se fera attendre puisqu’il sera en retard de trois heures étant donné qu’il enseigne à l’université de Oxford et que du à l’éruption d’un volcan en Islande, il est donc impossible de voler au-dessus. Je décide de rester après tous ces efforts pour trouver un billet si convoité.

En attendant, je lis un livre que j’ai enfin le temps de lire, puisqu’avant l’étude de mon examen sur l’empire Ottoman me tenait trop occupée. Le Djiboutien qui en fait s’appelle Amr (prononcé Amer) lit la page couverture : L’homme d’Asmara. Il me demande qui l’a écrit et moi je réponds fièrement « ma mère » Là, je le surprends. La ville d’Asmara est en Érythrée, une frontière du Djibouti. La quatrième couverture offre un résumé du roman à lequel il identifie beaucoup sa jeunesse. On cause pays arabo-musulmans en attendant l’intervention d’Omar Aktouf, professeur aux Hec assure la première partie de la conférence et qui saura remplir avec brio les deux heures avant l’arrivée de Mr Ramadan. Personne n’a quitté la salle sachant que le grand intellectuel sera là vers 22h seulement. Cela démontre l’importance de cet homme face aux musulmans, pour la cause musulmane s’il y a.

Alors voilà que mr Aktouf est aussi drôle que pertinent dans ses propos. Il parle de cette mode du « isme ». Après le communisme, le terrorisme. Il démontre très bien les facteurs géopolitiques et géoéconomiques qui ont amenés les musulmans à subir une mauvaise presse. J’en reparlerai dans un autre temps. Les gens applaudissent pour illustrer leur accord avec les propos de mr Aktouf. Ça parle arabe autour et moi. Je me crois ailleurs le temps d’une soirée. Comme si j’étais dans une vie parallèle à la mienne. Je suis bel et bien à Montréal, car je ne suis certes en voyage, mais je ne suis pas dans mon élément, c’est-à-dire que je ne semble pas être dans ma vie quotidienne que je mène. J’ai un regard extérieur sur moi-même. Mon physique est séparé de mon psychologique. En même temps, oui jesuis dans mon élément, car je me retrouve avec des centaines de gens qui partagent cet intérêt pour la culture musulmane bien que ce soit à différent niveau. C’est comme si je faisais parti des leurs. Étrange et fascinant en même temps. Je me retrouve dans cette position de minorité dans ma propre ville puisque très peu de Québécois étaient présent à cette conférence.

En fait, c’est ce qui m’a le plus choquée. Sachant très bien que j’allais voir beaucoup de musulmans, cette conférence s’adresse plutôt aux Occidentaux selon moi. Les musulmans eux, le savent et la ressentent cette peur, mais c’est à nous, les Occidentaux qu’il faut l’expliquer et faire changer des mentalités. Il aurait du y avoir plus de publicités dans les milieux francophones tels les universités mais ne pas s’arrêter uniquement à la promotion de la conférence dans un cours sur l’Islam ou un milieu musulman. La solidarité est incroyable entre eux, mais nous avons eu la chance de recevoir un grand homme pour nous expliquer des faits totalement logiques, et ce n’est même pas notre société québécoise qui en bénéficie. Les choses ne changeront donc pas de sitôt de cette façon.

Le but n’est pas de convertir les gens ou encore qu’ils soient d’accord avec tous ce que l’islam comporte, mais c’est de comprendre ce qu’elle est vraiment et sans mauvaise interprétation de la part de tous ces médias quelle que soit leur forme. Je souhaite à tous de pouvoir assister à une conférence de Tariq Ramadan et Omar Aktouf ou du moins d’avoir la curiosité d’aller sur youtube pour écouter leur discours et démystifier ce que l’Islam, les Arabes, les musulmans représentent réellement.

فانيسا

vanes

«Rire sans raison, éducation à refaire». (proverbe algérien)

Publicités

Histoire de frontière III (Turquie-Syrie 2009)

Posted in Histoires de frontières, syrie, turquie, Uncategorized, Voyage 2009 Turquie-Syrie with tags , , , , on 13 janvier 2010 by vanes

Mon choix de passer une semaine en Syrie s’est décidé plutôt à la dernière minute. Un ami de couchsurfing rencontré en juin 2008 me lança l’invitation au début du mois de décembre. Je ne pouvais faire autrement que de l’accepter. Normalement, tout citoyen de quelque soit le pays se doit d’obtenir un visa et ce par l’entremise de l’ambassade du pays dans lequel on vit. Puisque par manque de temps je n’ai pas pu appliquer la norme, je me suis renseignée quand à la possibilité d’avoir le visa à la frontière. C’est possible, par contre pour ce qui est du temps d’attente à la frontière pour le visa il varie selon l’expérience de chacun. Certains ont passé une dizaine d’heures à la frontière. Pour ma part, je ne peux me permettre d’attendre puisque Hany m’envoi un chauffeur me chercher du côté syrien afin de me conduire dans sa ville d’origine, Homs.

Je prends un avion d’Istanbul à Gaziantep, une ville de transition les voyageurs puisqu’elle se trouve à une heure de la frontière de la Syrie. C’est là que mon histoire de frontière débutera.

Il est 7h30 du matin lorsque mon avion atterrit à l’aéroport de Gaziantep. De là je prends la navette qui se rend au centre ville. Personne ne parle anglais sauf cet homme qui demeure à Killis où je dois me rendre. Je me considère chanceuse puisqu’il m’indiquera le chemin pour m’y rendre. Au centre ville de Gaziantep, nous prenons un taxi pour nous rendre à l’otogar. Il règle la note en refusant mon argent. Nous montons à bord du Dolmus, un mini bus pour en direction de KiFrontière de Kilislis. Pour que le dolmus démarre, il doit être plein. Je me dis ça y est nous sommes ici pour un bon moment. Eh bien quinze minutes plus tard, le dolmus est plein. Une fois à Kilis, je dois trouver un moyen de me rendre de l’autre côté de la frontière et contrairement à celle que j’ai franchie la fois précédente, je dois absolument être dans un véhicule. Un Turc veut également aller en Syrie alors il me fait signe de le suivre. Un taxi syrien nous aborde. Je n’arrive pas à expliquer que je veux seulement qu’il me conduise de l’autre côté et non dans une autre ville telle que Aleppo. Je clique que son taxi a une écriture arabe. Et voilà enfin que je pourrai vérifier mon niveau de connaissance de la langue. Je lui bredouille en arabe saccadé ce que je veux. Je lui explique qu’un ami m’attendra. Il désire lui parler. Il prend le numéro et parle avec Hany pour discuter du prix de la course. Il s’agit toujours de l’endroit où on se fait le plus avoir car nous n’avons juste pas le choix d’accepter. On s’en tient à 10 US qui est une grande somme pour le trajet. Je monte à bord et un couple de syrien s’y trouve déjà. On échange les politesses et arrivons même à plaisanter en arabe avec le langage des signes et quelques mots d’anglais, bien sûr. Je suis prise en sandwich au milieu écrasée sur la femme qui sent la ferme.

Nous arrivons à la frontière. Du côté turc, tout se passe bien. Je suis la seule femme avec la dame avec qui je fais le trajet et j’attire beaucoup l’attention parmi ces hommes arabes et turcs.

Nous arrivons du côté syrien. Les choses se corsent. Je fais la queue pour présenter mon passeport. Les hommes me regardent comme si j’étais une extra terrestre. L’officier me pose des questions et moi je tente de répondre en arabe le plus possible puisque ça jouera en ma faveur. Il me dit de le suivre dans une autre pièce à l’arrière où un homme téléphonera à Damas, la capitale au bureau d’immigration. Encore une fois il me pose les questions habituelles : « what’s your job », « why you come to Syria », etc. Quand je réponds « arabic studies » je vois qu’ils aiment beaucoup. Il me dit de patienter. J’ignore qu’est-ce que j’attends. On me dit qu’on attend le téléphone de Damas pour le ok pour mon visa et ça, ça peut durer. Je retourne voir les officiers à l’avant et leur dit que j’ai un contact, un ami qui vient me chercher à la frontière et chez qui je serai hébergée. Bingo. Il appelle Hany, puis le chauffeur et discute avec eux. Tous deux travaillent dans le tourisme et ainsi les choses seront accélérées. J’utilise leurs expressions habituelles quand je leur

Frontière de la Syrie

Frontière de la Syrie

parle en usant de leur gestuelle. C’est une situation absurde. Je suis devant des officiers  de la frontière syrienne à plaisanter et bredouiller l’arabe. C’est un vrai bordel. Ils me font attendre, le chauffeur du taxi, Ibrahim continue à leur parler pour que je puisse avoir le visa. Tout le monde parle fort et moi je souris. Quel plaisir que de me retrouver dans cette culture que j’aime tant. Vive la bureaucratie arabe! Ils nous font encore attendre et sérieusement là ça n’a plus rapport. Nous faire attendre pour nous faire attendre, c’est tout. Finalement les agents me font signe que tout est beau. Ils m’octroient le visa pour quinze jours. Un d’entre eux étampe monpasseport en récoltant le coût du fameux visa et me dit : Ahlan wa Sahlan (Bienvenue) et moi : shukran jazilan, Ma’a assalama (merci beaucoup et que la paix soit sur vous).

Nous nous précipitons à la voiture où le couple nous attendait. De loin je lève les bras au ciel en criant wallah! Une de leur expression dont ils abusent pour dire je te jure ou pour mettre l’emphase sur une situation. Il nous reste 5 km à parcourir jusqu’à la voiture du chauffeur. Vient le temps de payer Ibrahim, le chauffeur du taxi. Je lui remets 10 euro pour son aide soit 15US. Il me demande encore plus pour avoir fait les téléphones et m’avoir aidé. Là nous nous énervons puisque je tente de lui faire comprendre que je lui ai déjà donné un extra sur le prix convenu au départ et que je n’accepterai pas de revenir sur le prix décidé, puisque dans la situation inverse un arabe ne revient jamais sur le prix négocié.

La traversée de la frontière a duré seulement 45 minutes. Il est maintenant midi et j’ai encore quatre heures de trajet à faire avant d’arriver à Homs et rejoindre mon ami.

فانيسا

vanes

L’attente est plus dure à supporter que le feu. (proverbe arabe)

Qu’est ce qu’un bon Musulman?

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , on 22 novembre 2009 by vanes

Depuis mon voyage au Moyen-Orient, et même lors de ma préparation à cette grande aventure qui changera ma vie, j’ai développé un genre de radar pour tout ce qui touche au monde arabe. Je repère tous les arabes sur mon chemin essayant de deviner de quel pays ils proviennent, puisque de pays en pays, ils ont une physionomie différente. Je repère tous les marchés arabes, les produits arabes et les livres qui touchent de près ou de loin à ce sujet. C’est intégré dans mon mode de vie en plus de suivre des cours à l’université sur ce peuple.

À la fin de l’été, en réaction à une situation je me suis posée la question suivante : Qu’est-ce qu’un bon musulman? Voilà une question à laquelle j’ai réfléchie, puis discuté avec plusieurs arabes.

Une journée où la pluie tombera d’un coup, je vais prendre un verre avec un Arabe. Nous allons tout de même sur une terrasse malgré le ciel couvert. Je commande une bière et lui, un pina colada…Virgin! Oups. J’ignore pourquoi, mais je n’aime pas prendre de l’alcool quand la personne avec qui je suis n’en prend pas. La serveuse dépose les verres et on lui rend chacun notre dû. Je suis étonné qu’il ne commande rien d’alcoolisé et qu’il soit catégorique là dessus. Mon ami arabe m’explique que les musulmans ne doivent pas boire puisque ça embrouille la pensée, il s’agit d’un péché et d’une impureté, ce que je savais déjà mais pas à ce point là.

Sourate V verset 90 :

Ô vous qui croyez!

Le vin, le jeu du hasard, les pierres dressées

et les flèches divinatoires

sont une abomination et une œuvre du Démon.

Évitez-les…

-Peut-être serez-vous heureux-[1]

Avant de sortir, mes amis turcs musulmans à Istanbul

Avant de sortir, mes amis turcs musulmans à Istanbul

Il ne s’agit que d’un passage du Coran parmi tant d’autres qui suggère fortement de ne pas user de l’alcool.  Non seulement les musulmans ne doivent pas boire, mais ne doivent pas encourager ce comportement en payant ou en vendant des produits alcoolisés. Je ne peux donc rien rajouter à ça, c’est un bon musulman et il fait les cinq prières et ce, chaque jour. Il se met à pleuvoir des cordes sur la terrasse et nous sommes complètement mouillés. Situation cocasse, au diable la mise en plis, on va chez lui pour continuer à jaser. En parlant, je me rends compte qu’il a une faille dans sa pratique de l’Islam. Je suis un peu confuse. Il dit être un bon musulman et suivre le coran, mais enfreint une règle. Selon la sourate XXIII, verset 1-11 du Coran:

Heureux les croyants

qui sont humbles dans leurs prières,

qui évitent les propos vains,

qui font l’aumône,

qui se contentent de leurs rapports avec leurs épouses et leurs captives

-on ne peut donc les blâmer;

tandis que ceux qui convoitent d’autres femmes que celle-là sont

transgresseurs-

qui respectent les dépôts confiés ainsi que leur engagements

et qui s’acquittent de leurs prières.

Ceux-là sont les héritiers;

ils hériteront du Paradis où ils demeureront immortels.[2]

Je suis sortie de cette soirée un peu confuse. Je me pose et vous pose la question suivante : Qu’est-ce qu’un bon musulman?

Je n’ai pas encore suivi mon cours sur l’Islam, mais je commence à connaître les bases de cette religion dans mes cours

Homme qui fait ses ablutions avant la prière. Mosquée des Umayyades à Aleppo, Syrie

Homme qui fait ses ablutions avant la prière. Mosquée des Umayyades à Aleppo, Syrie

d’histoire. Un bon musulman doit suivre les cinq piliers de l’Islam soit la déclaration de foi, la prière, l’aumône, le jeûne du ramadan, le pèlerinage à la Mecque; puis les cinq piliers de la foi : Allah, malaikas (anges), les livres sacrés, les prophètes, le jugement dernier et le destin. Pour ce qui est de la fornication et de l’usage de l’alcool, ces deux éléments sont venus plus tard dans l’Islam.

Je ne veux pas prétendre de connaître très bien l’Islam mais être musulman signifie la soumission à Allah, leur Dieu.  Il faut donc bien le représenter puisqu’il donne le droit chemin et veut que le musulman soit bon. Il faut donc lui donner cette reconnaissance qui lui est dûe.

J’ai posé la question à plusieurs musulmans et ils m’ont tous fait part de leurs failles, donc, qu’ils ne sont pas de « bon » musulman malgré leur souhait de l’être. Un ami Palestinien du camp de réfugiés avec qui j’ai gardé contact m’a tout de suite répondu que non, il ne se considérait pas comme un bon musulman. Ses raisons furent qu’il a eu des relations sexuelles avant le mariage, qu’il boit de temps à autre et qu’il ne fait pas toujours ses cinq prières.

Jordanien, cigarette et verre de Wiskey-Coca à Petra

Jordanien, cigarette et verre de Wiskey-Coca à Petra

Il pratique le ramadan, mais triche de temps à autre. Je le remercie pour son honnêteté. Puis un autre Palestinien et le seul avec qui j’ai parlé, m’a avoué être un très bon musulman, même à 26 ans. Il n’est pas encore marié et préserve sa virginité sans jamais avoir bu une goutte. Puis j’échange sur cette question avec un arabe qui vit à Montréal depuis quelques années. J’ai trouvé cet échange plutôt intéressant. Sachant très bien ses failles, je lui pose la question. Il me répond qu’il se considère comme un bon. Et l’alcool? et bien il ne prie pas lorsqu’il a bu. Et le sexe? « «Allah est grand, il pardonne». Moi je trouve que Allah a le dos large. Il se défend en disant qu’il a un bon cœur. Il dit que lorsqu’il fait le « mal » c’est envers lui et que lorsqu’il prie, il demande le pardon à Allah. Allah lui donne puisqu’il est humain. Moi je me dis que le pardon est fait pour nous apprendre une leçon. Il est là pour pardonner une faute commise qu’une seule fois et il ne faut pas la répéter. Ce même arabe me répond que Allah pardonne toujours. Il te montre le droit chemin et te dicte le bien. Il dit que même Adam a commis une faute grave alors d’imaginer, ce que nous pouvons commettre. Selon lui, Allah ne se tanne jamais de pardonner. Mais moi je me questionne toujours. Au fond, tu peux faire ce qui t’enchante, car tu sais que Allah pardonnera. Son point? Tu te tanneras de faire la «mal» avant  qu’Allah se tanne. On finit notre conversation alors qu’il me déclare que sans les erreurs, comment Allah peut-il montrer le droit chemin et nous distinguer le bien du mal?

La dernière personne avec qui j’en parle, est cet ami arabe du début. Je lui pose la question. Il ne me répond pas tout de suite, mais plutôt par courriel, quelques jours plus tard. Je suis très curieuse de sa réponse. Sa réponse fut très intéressante. « Tout d’abord, pour être musulman il faut prononcer, croire et attester Achahada qui est :« j’atteste qu’il

Homme turc prient dans la mosquée de Diyarbakir, Turquie

Homme turc prient dans la mosquée de Diyarbakir, Turquie

n’est de Dieu que Dieu et que Mohammed est son envoyé». Cette attestation est le fondement de l’islam et d’un «bon musulman ». Puis il y a ce qu’on appelle Ahkam: lois, valeurs, prescription, ordonnance, jugement, etc. C’est là qu’on distingue les bons des moins bons; car selon lui, la vie temporelle et la vie spirituelle d’un musulman sont étroitement liées. La distinction ne peut donc pas être faite uniquement sur le plan physique de la pratique. Agréablement surprise, il prend un détour pour finalement avouer qu’il possède une faille trop grande. Il me dit plus tard que c’est ce n’est pas une fierté et qu’en fait il souhaite tellement être bon musulman que de l’avouer alors que je savais déjà était difficile.

Bien que l’explication du dernier soit intéressante et exprimée avec logique, je suis presque toujours aussi confuse à savoir si un bon musulman existe vraiment.

Kashan, Iran

Kashan, Iran

Est-il possible pour un immigrant arabe croyant dans un pays sans interdictions et qualifié de pays libre tel le Canada, de pouvoir être un vrai bon musulman comme le Coran le suggère? Un bon musulman peut-il se considérer ainsi en ayant

même qu’une seule faille à sa pratique? Parce que permettez moi de vous dire que autant dans mes voyages dans les pays musulmans, que dans ma propre ville où l’immigration arabe est assez importante, je ne crois pas avoir rencontré un seul bonmusulman tel que décrit dans les textes. J’ai cette idée de l’Islam comme étant une religion qui est une pratique à part entière. Il s’agit d’une religion si stricte et complexe. Je me pose toujours cette question et vous la pose par la même occasion: Qu’est-ce qu’un bon musulman?

فانيسا

vanes

Si Dieu ne pardonnait pas, son paradis serait vide. (proverbe arabe)


[1] Le Coran, traduction par D. Masson, Gallimard, 1967 p.143

 

[2] Idem p.419

Problème d’identité?

Posted in Uncategorized with tags , , , , , , , , , on 30 août 2009 by vanes

Je suis étudiante à L’université du Québec à Montréal en langue et culture arabes. Vous êtes surpris?! Au grand désespoir de ma grand-mère maternelle roumaine, j’ai mis de coté mon projet d’apprendre le Roumain au profit de l’Arabe. Je vous explique.

Je suis Roumaine. Non, je suis née au Québec, mais je ne suis pas Québécoise. Je suis donc une jeune femme née au Québec d’un père québécois et d’une mère roumaine. Je ne sais pas trop ce que je suis vraiment, mais je m’identifie au peu de la culture que je connais et celle qu’on m’a inculqué. J’ai une famille et c’est les Georgescu. Les parents de mon père étant décédés dès mon jeune âge, je n’ai pratiquement eu aucun contact avec eux.  Mon côté roumain s’est développé beaucoup plus étant en contact direct avec mes grands parents roumains et les traditions roumaines. À Montréal, je me sens plus Roumaine, en Voyage, Canadienne Française, donc Québécoise. Il s’agit d’un sentiment quelque peu étrange puisque j’ai été dans une école secondaire non seulement bilingue mais fréquentée par des enfants d’immigrants en grande partie.  Les Québécois pur laine n’étaient pas la majorité. En conséquence, mon entourage, des Argentines, une Polonaise, une pakistanaise, des Canadiens anglais etc. ont joué un rôle plus important que je ne le croyais. Je vivais au quotidien dans la différence des cultures et je m’y plaisais bien. Probablement que si j’avais fréquenté des institutions totalement québécoises y compris le Cégep et en partie l’Université, probablement que m’indentifierais plus à la culture québécoise.

Canada

Canada

Dès l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne en janvier 2007, j’entamai les procédures pour obtenir la citoyenneté roumaine. Ce n’est que deux ans plus tard et des centaines de dollars investis que je suis officiellement à la fois citoyenne Roumaine et Canadienne! Quelle honte d’avoir la citoyenneté d’un pays sans parler la langue officielle de celui-ci. J’éprouve toujours un pincement au cœur lorsque je réponds aux gens qui me posent la question, que bien que je sois moitié Roumaine, moitié Québécoise, non, je ne parle pas la langue. Ce n’est pas parce que je ne veux pas, au contraire, mais dans le passé, des circonstances que j’ignore encore font que ma mère nous l’a pas enseigné.

Roumanie

Roumanie

Malgré que Montréal soit une ville merveilleuse et multiculturelle, aucun cours de roumain officiel n’est offert. Il faut donc se déplacer en Roumanie, ce qui engendre des coûts et un temps qu’il faut s’allouer pour partir et s’y dédier à temps plein. Un plan que j’ai considéré jusqu’à ce que ce désir d’apprendre l’Arabe, suite à mon voyage au Moyen Orient, entrent en conflit avec l’importance d’apprendre le Roumain. Je me suis inscrite pour le temps d’une session dans un programme bidon pour nier ce souhait d’apprendre l’Arabe. Ce genre de comportement ne dure jamais très longtemps pour moi car je suis passionnée. Quand une passion me frappe, je ne peux faire autrement que de la vivre. À la mi session d’automne 2008 j’ai décidé de cesser de dénier mon envie profonde d’apprendre l’Arabe qui va au delà du Roumain, pour l’instant et de m’inscrire dans le certificat de langue et culture arabe de l’UQAM.

On me disait que cette langue est l’une des plus difficiles à apprendre, mais moi, non, j’y arriverai. Inutile de spécifier que j’ai la tête dure et que je suis déterminée! Ma conclusion après treize cours, interrompus par une grève des professeurs, je dois admettre que ce n’est certes pas une langue qui s’apprend en tâtonnant et en changeant la lettre finale d’un mot par un « o » ou un « a », ce qui la rend encore plus mystique et intéressante. Il s’agit d’une langue des plus complexe par sa calligraphie magnifique et par sa structure totalement différente de la langue française. La calligraphie arabe est un art de l’écriture que seuls ceux qui se donnent le défi de l’apprendre peuvent avoir le privilège de comprendre. Elle est un art à part entière. Un art du trait qui s’écrit de droite à gauche et son alphabet contient 29 lettres dont seulement 19 sont différentes, puisque les autres se différencient par des points. Voici un bon exemple de deux son distincts ayant trois points comme seul différence à l’écriture : lettre « s » elle s’écrit ainsi : س  et le son « sh » : ش . De plus, la majuscule n’existe pas en arabe et la façon d’écrire les lettres est différente selon leur position dans le mot. En arabe, la plupart des mots dérivent d’une racine composée généralement de trois lettes et parfois de quatre. Si on prend par exemple la racine « b,h,r », on obtient le mot « bahr » signifiant mer, « buhayra » se traduisant par lac ou encore « ibhâr » signifiant embarquement. Ces trois mots ont une racine commune et un son commun en arabe, alors qu’en français, il n’y a aucun lien phonétique entre eux. La langue arabe compte plus de vingt mille racines et chacune est à l’origine d’une centaine de mots. Contrairement à l’écriture en Occident où il est possible de couper un mot en deux et d’user du trait d’union afin de ramener la deuxième partie du mot à la ligne suivante, en arabe, on doit reporter le mot entier à la ligne suivante. Cependant, les mots seront étirés de manière à remplir la ligne et donner l’esthétisme recherché. Si je désire écrire mon nom, Vanessa, il s’agit d’une tâche ardue car la lettre V et E n’existe pas en Arabe. Mon nom se prononce Fanissa, Banissa ou Wanissa selon les pays arabes. Lors de mon voyage, j’étais toujours amusé d’entendre les Arabes prononcer mon nom d’une façon différente à chaque fois même si je tentais de les faire répéter doucement comme on fait avec bébé qui commence à parler. Alors que j’étais de passage dans camp de réfugier Askar à Nablus, en Palestine, on me rebaptisa Jamila (جَميل) pour la durée de quelques jours. Il faut savoir que chez les Arabes et les Iraniens, tous les prénoms possèdent une signification. Jamila se traduit par belle, nom très commun dans le monde arabe.

De savoir l’écrire et de pouvoir commencer à lire l’arabe est, selon moi, un privilège que je m’accorde. Seul l’amour de cette langue nous permet de persévérer.

فانيسا

Vaness

Jamila

Toutes choses sont difficiles avant que d’être faciles. (Proverbe arabe)