Archive for the Iran Category

Le Divertissement

Posted in Iran, syrie, turquie, Uncategorized with tags , on 20 mai 2010 by vanes

C’est l’été. Officiellement non, officieusement oui. Dans nos têtes c’est bel et bien arrivé et c’est ce qui compte. Le soleil brille. Il fait chaud. Les gens sont heureux. La session d’hiver est terminée et la combinaison de ce poids en moins avec l’été nous donne des ailes. Nous avons le goût d’en profiter sur une terrasse ou dans un parc. L’envie de se défouler et de sortir est omniprésente, du moins, c’est mon cas. Je bûche durant six mois pour obtenir de bons résultats à l’université et la température hivernale ne fait que me replier sur moi même. Un fois tout cela derrière moi, je revis. Je sors une fois par semaine dans un club dans le but de vraiment me défouler et je me promène sur les terrasses de mes amis, des bars ou des cafés. Le temps n’est plus un facteur prioritaire. Parla suite, ça se calme.

Ce que je fais ici, dans ma ville, à Montréal, je le fais dans les autres pays, en voyage, mais de  façon exponentielle. C’est-à-dire qu’il est fréquent après une matinée et un après midi de marche sans arrêt de prendre le temps de prendre un verre sur une terrasse afin d’écrire dans mon

Discothèque à Istanbul, Turquie

carnet de voyage ou simplement décompresser avant de reprendre un peu mes forces ou de me choisir un restaurant où j’irai manger. Ça, il s’agit plus d’une activité que j’ai faite en Europe et enEurope de l’Est qu’au Moyen-Orient. Cela n’a pas principalement en rapport avec le facteur alcool.

Je vous explique.

Cela diffère de pays en pays bien sûr. En Turquie, la partie de l’Ouest qui très

Vue du dessous le pont Galata, Istanbu

occidentalisée, tout dépendant des quartiers, il est fréquent d’aller prendre un verre pour se relaxer. J’aime bien prendre une bonne bière fraiche locale, la Efes, sous le pont de Galata sur lequel les habitants s’improvisent pêcheurs dans le Bosphore. Je vois alors les lignes des cannes à pêche remonter avec de tous petits poissons. Confortablement dans mon bean bag, bien que la bière soit au prix touriste comme je l’appelle, elle en vaut le coup.

Alors vient l’Iran..ouuuuu. LE pays qui fait peur! Je marche pendant des heures durant les premiers jours, car je suis si fascinée parle pays et je tente de prendre le pouls de la vie iranienne. Je me rends compte assez rapidement d’une chose; il n’y a aucun endroit à ma disposition pour m’arrêter et souffler. Bien évidemment il y a des cafés qui bordent les rues, des petits endroits qui semblent bien. Le seul hic, c’est que ce sont des endroits réservés aux hommes uniquement. Il reste alors les parcs et les restaurants familiaux.

En effet, depuis la révolution, l’Imam Khomeiny a fait fermer toutes les discothèques et lieux de divertissements mis à part ces cafés pour hommes seulement. Auparavant, les

Lieu réservé aux hommes iraniens, Tabriz

femmes n’étaient pas voilées par la loi et tous pouvaient fréquenter les lieux de plaisances.

Le temps devient plus long et les journées aussi. Je m’enfermais dans ma chambre pour lire en mangeant des douceurs après le repas du soir en attendant le sommeil.

De retour en Turquie, de l’est cette fois, il s’agit du même principe, mais moins rigoureux. Il n’y a toujours pas de lieux de divertissement pour les femmes, mais il y a tout de même des terrasses de café et de crèmerie auxquelles j’avais droit.

Pour ce qui est de la Syrie, c’est différent, tout comme pour le Liban. Certaines villes plus conservatrices ne contiennent pas de bars mis à part ceux dans les hôtels auxquels j’allais accompagnée de mes amis. De même qu’à Palmyra, dans la tente de bédouin où l’alcool coulait à flot que ce soit sous le prétexte que c’est pour les touristes, les Syriens s’en donnent à cœur joie. À Damascus par contre, la capitale de la Syrie, les bars sont répandus et la bière est facile à trouver. Le même phénomène se retrouve au Liban où les dépanneurs de Beyrouth vendent bières, vins et spiritueux. On y trouve les discothèques les plus huppées, rien à voir avec la rue St-Laurent à Montréal. Dans le nord, à Tripoli, ville musulmane et conservatrice, c’est moins bien vu.

En Jordanie, je me suis retrouvée dans un des rares restaurant où on sert de l’alcool et dans lequel les hommes musulmans en profitent pour prendre un pot, mais ça, ce sera une autre histoire.

La Palestine est aussi pur que l’est de la Turquie pour ce que j’ai eu le temps d’observer, mais l’Israël, aucun problème pour faire la fête là bas et fréquenter des lieux de divertissements.

Discothèque non loin de Haifa, Israël

Sans être attaché physiquement à l’Europe, ce pays est très occidentalisé et est de la partie pour la coupe de soccer en Europe malgré que ce soit un pays du Proche-Orient.

Quoi qu’il en soit que ce soit avec ou sans alcool si là est le problème, on a tous besoin de ces lieux de divertissements pour notre épanouissement. Par contre, la maison peut tout aussi bien faire l’affaire et les Iraniens arrivent très bien à trouver des alternatives pour pouvoir, tout comme nous, s’éclater et se laisser aller.

فانيسا

vanes

Le meilleur compagnon pour passer le temps est un livre. (proverbe algérien)

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Le monde est petit

Posted in Iran, syrie, Uncategorized with tags on 11 mai 2010 by vanes

Un jour ou l‘autre, l’expression « le monde est petit » vous est sortie spontanément de la bouche. Le monde est plus petit qu’on le pense. On s’en étonne toujours. Moi, je m’en étonne toujours. Dans notre ville c’est plus normal, malgré le nombre de la population à Montréal, on croise des gens que l’on n’aurait jamais pensé revoir ou entendre leurs dernières nouvelles. En voyage, c’est presque incroyable, surréaliste même. Le monde est alors encore plus petit que l’on ne l’imaginait.

Avant de quitter le nid familial, j’ai toujours vécu dans le même quartier. Ce genre de quartier où tout le monde se connaît de proche ou de loin ou encore simplement de vue, du moins quand nous fréquentions le camp de jour du quartier: Le Parc Soleil. En 2005, alors que je n’habite plus chez ma mère depuis plus d’un an, je pars en Espagne où j’ai fait le tour du pays. À la fin de mon tour, je suis dans le nord du pays à San Sebastian d’où j’irai assister au festival San fermine de Pamplona. Ce festival épouvantable où tout le monde boit le plus qu’il peut jusqu’à saturation et débordement avec cette course matinale des taureaux à travers la ville pour finir à l’arène. À l’auberge de jeunesse je fais la rencontre de voyageurs avec qui je jase. L’auberge se trouve sur une montagne. On y pense deux fois si on veux se rendre en ville  lorsqu’on se souviens des longues marches à pic à monter pour retourner à l’auberge, puisque le bus est très irrégulier. Puis, un matin alors que je déjeune en compagnie des autres, une fille rousse apparaît les cheveux ébouriffés ce qui démontre la nuit terrible passée. Elle préfère installer sa tente dehors pour un prix plus avantageux qu’un lit en dortoir. Je la reconnais et elle aussi. Je ne la connais pas, mais je la reconnais. Elle demeure non loin de chez ma mère et nous nous sommes vu dans les rues du quartier durant toute notre enfance. Le monde est petit jusqu’en Espagne.

Ce n’est pas tout.

En préparant mon voyage en Iran, j’ai tenu à lire beaucoup de livres sur le pays pour savoir à quoi m’attendre et quel comportement adopter. Je m’inscris sur le site internet de Lonely planet et lis un peu sur les expériences de voyage en Iran. Suite à une question que j’ai posée sous l’onglet Iran, une femme entre en contact avec moi pour se rendre compte que nous y serons en même temps. On s’échange quelques courriels pour convenir qu’on devrait se rencontrer puisque l’on partage la même philosophie de voyage et les mêmes intérêts envers les mêmes pays. C’est une Chinoise d’une quarantaine d’années qui vit en Suisse. Je me rends en Iran en premier et tente de rentrer en contact avec elle. Elle ne répond pas. Je

Imam Khomeini square à Isfahan, Iran

poursuis mon chemin et je n’ai toujours aucune réponse. Un jour, j’arrive au Silk Road Hotel dans lequel je partage un dortoir mixte. Déjà je suis très étonnée puisque la ségrégation des sexes est encore très stricte dans les hôtels. Un grand jeune homme entre dans la pièce et me questionne sur mes origines. Puis s’exclame « oh you’re Vanassa the Canadian ». Là, je suis bouche bée! Se faisant un plaisir d’observer ma réaction, il m’explique qu’il a rencontré la dame plus tôt dans son voyage, qu’elle lui a parlé de moi. Je crois que ça avait rapport avec une conversation sur les femmes et le fait que j’étais une femme voyageant seule en Iran. Finalement, je ne la rencontrai jamais du à un obstacle rencontré sur son chemin, mais je suis toujours en contact avec elle jusqu’à ce jour.

La fois que j’ai été le plus étonnée fut la suivante. Je vais faire un tour sur le site du Lonely planet pour poser une question concernant le visa à la frontière sous l’onglet de la Syrie. J’en profite pour donner des réponses aux gens sur les sujets que j’ai vécus. Ce site est très bien pour partager nos expériences dans les pays moins connus. Un certain Bryan m’écrit en privé pour me demander conseil concernant le meilleur endroit pour célébrer son jour de l’an. Je lui propose la fête dans la tente bédouine à laquelle j’assisterai. Je lui dis

RDV manqué pour la veille du jour de l'an 2009 à Palmyra, Syrie

également que je serai là s’il a besoin de conseils en lui donnant mon emplacement dans la ville de Palmyra. La veille du jour de l’an et les jours qui suivirent, aucune trace de ce Bryan. Puis, un courriel disant qu’il n’a pas pu arriver à temps et qu’il est à Hama, dans une autre ville de la Syrie. Il rajoute en terminant qu’il a entendu parler de moi là bas alors qu’un homme prononça mon nom et lui s’est souvenu du mien en raison de notre échange de courriels. La mâchoire me tombe. Il m’explique qu’il est rentré dans un atelier de Hama dans lequel il s’est mis à jaser avec l’artiste peintre. Celui-ci a parlé de moi et de ma visite en 2008.

Je me souviens.

Je suis en transition de la ville de Homs pour me rendre à Palmyra via Hama. J’en profite pour prendre la journée pour visiter la ville et ses grandes roues qui font sa renommée. Tout est fermé, je crois qu’on est vendredi, jour de la prière. Je marche à travers la ville

Les fameuses roues de Hama, Syrie

désertique et découvre une rue d’artisans. J’entre dans le premier atelier et l’artiste m’offre le café arabe en me questionnant sur mes origines et ma profession. Je lui réponds que j’étudie en art, en peinture et dessin. Je lui montre mes œuvres alors que l’internet est si lent que nous n’avons pas accès facilement à ma page du site Myspace. Je lui parle de ma mère qui est artiste multidisciplinaire, que ma sœur est en histoire de l’art, que mon frère est en design interactif sans oublier que mon père enseigne la création. Il est étonné de l’ouverture de ma famille mais surtout de notre talent respectif. Bryan se rend dans le même atelier pour acheter un tableau qui lui aura tombé dans l’œil. L’artiste se mit à parler de moi et à lui montrer ma page qu’il avait sauvée dans ses favoris. Deux rendez-vous manqués qui m’auront plus que surprise. Le monde est petit même à travers les différents continents. Nul besoin de connaître la personne en chair et en os pour la croiser d’une manière ou d’une autre, sur notre chemin.

Alors oui, le monde est petit!

فانيسا

vanes

« Si tu veux être apprécié, meurs ou voyage » (proverbe persan)

www.myspace.com/vanessagpaquin

Un fichu de fichu

Posted in Iran, Uncategorized with tags , , , , , on 25 octobre 2009 by vanes

Une chose étrange lorsqu’on voyage est de se fondre aux coutumes, traditions et lois du pays. Tout dépendant du pays, certains demandent plus d’adaptation que d’autres. Selon moi, l’ultime pays qui demande une grande adaptation dans ceux que j’ai eu la chance de visiter est l’Iran. Bien évidemment, l’adaptation s’adresse aux femmes puisqu’elles doivent porter obligatoirement le hijab.

Massouleh, Iran

Massouleh, Iran

Lorsque j’ai pris la décision de partir en Iran et d’entamer les procédures de demande de visa, je n’étais pas trop consciente de ce que je m’apprêtais à faire. Ça prends un mois après l’envoi de la demande pour avoir une réponse et lorsque celle-ci est délivrée, on a droit à un maximum d’un mois dans le pays utilisable dans les trois mois suivant l’obtention du visa.

Alors voilà que le mois passe et je suis de plus en plus stressée, car je n’ai pas encore reçu ma réponse. J’appelle donc à l’ambassade de l’Iran à Ottawa et je demande ce qui en est. L’homme me répond que j’ai le visa. Je raccroche et je me surprends à être debout sur mon lit, les genoux légèrement fléchis. J’ai un coup de chaleur et je saute hors du lit en poussant un cri dont je ne comprends pas trop la signification. Je réalise que je vais en Iran et je me dis à haute voix que je suis folle. J’allais porter obligatoirement un foulard sur la tête ainsi qu’un manteau islamique. Pourquoi!?

Le « Hidjab », mot provenant de hajaba, qui signifie cacher, et, plus précisément, dérober du regard, est un bout de tissu servant à voiler la femme musulmane.

Kashan, Iran

Kashan, Iran

Le port de vêtements couvrant le corps et le visage des femmes est présent bien avant l’arrivée de l’Islam mais est accentué par le message prophétique. Bien que le voile fût connu en premier lieu comme signe de prestige ou de coquetterie ou encore pour la protection contre la haute température, son usage est devenu plus répandu et est ainsi devenu un symbole religieux. Ce n’est cependant pas uniquement dans la religion musulmane que le hijab est porté. Également, dans le judaïsme, on voile tête et front ou on a recours à la perruque.

Je mets les pieds dans le pays avec cette tenue islamique qui s’est avérée beaucoup trop chaude pour ce mois d’avril et je me suis ainsi procuré un genre de blouse légère pour compenser. C’est étrange le sentiment de dissimulation dans une société qui n’est pas mienne. Les gens m’abordent en Farsi, pensant que je suis iranienne. Je n’ai donc pas l’air folle avec la tenue et je me fonds très bien aux locaux.

À toutes les futurs voyageurs de la gente féminine, lorsque vous prenez une chambre dans un hôtel, assurez vous d’avoir une salle de bain dans laquelle une douche est intégrée. Puis je vous dire la difficulté que j’ai eue à toujours me vêtir pour sortir de ma chambre et aller me doucher ou user des toilettes et ce, en pleine nuit? Ainsi en sortant de la douche, je devais enfiler mes vêtements sur ma peau encore humide. Cela n’est absolument pas le grand confort.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me faire arrêter par des femmes dans la rue qui tentaient de me dire qu’un bout de

Isfahan, Iran

Isfahan, Iran

ma peau était découvert alors que ma ganse de sac à main tirait le tissus vers l’épaule. Puis je répondais que je ne parle pas

Yazd, Iran

Yazd, Iran

farsi. Ainsi elle s’excuse et continuent leur chemin. Une touriste bénéficie de plus de tolérance que la femme iranienne. Une autre difficulté que je vivais était le moment où j’arrivais enfin à m’endormir dans les autobus de nuit bruyants et inconfortables. Mon foulard glissait souvent pour laisser apparaître ma chevelure. La dame qui siégeait à côté de moi, me réveillait à chaque fois pour me signifier mon infraction. Aussi, dans certaine mosquée, le tchador est requis. Il s’agit d’un grand tissu qui fait le contour du visage pour couvrir tout le corps jusqu’aux pieds. J’étais à Shiraz lorsque je visitais une des multiples mosquées où on prête le tchador aux touristes. Je fais mon petit tour, le tchador par dessus mon habit et mon fichu. En le remettant au préposé, mon fichu a suivi et je me suis retrouvée la tête nue. L’homme me regarda d’un air ébahi et me fais un grand sourire en me faisant un signe avec sa main signifiant que je suis jolie. Je l’enfilai rapidement et quittai aussi vite que je pu, gênée de ma faute commise. J’avais enfin réussi à assimiler cette barrière matérielle et cela faisait parti de moi.

Je suis contente de l’avoir porté, de l’avoir vécue, de l’avoir compris. Cela m’a surement aidé à le tolérer au point de ne pas faire la différence entre une femme qui porte le hijab et une autre qui ne le porte pas.

Ce n’est pas parce qu’une culture n’est pas d’accord avec une autre que cette dernière n’est pas valable. Qui sommes nous,

Yazd, Iran

Yazd, Iran

les occidentaux, pour définir le port du voile comme néfaste et surtout comme signe de soumission ? Qui sommes nous pour juger une religion qui n’est pas la nôtre. La différence ne fait pas des autres des êtres inférieurs. À quand la libre pratique des cultures sans jugement ? Pourquoi nous attardons nous à des symboles tels que le voile ainsi qu’à des valeurs fondamentales qui font de l’islam, ce qu’est l’islam. Si l’Homme arrêtait de critiquer autrui, il constaterait que finalement, nous sommes tous égaux et que nous avons tous droit à nos convictions religieuses et de s’identifier à une culture et que ce n’est pas mal pour autant si nous ne sommes pas tous pareil. S’il y a des femmes qui

Kashan, Iran

Kashan, Iran

combattent pour le port volontaire du voile, c’est qu’il ne doit pas être à l’image que les occidentaux ont sur celui ci. Pourquoi l’islam serait mal et que d’être chrétien occidental, bien ? Toutes ces questions planent dans ma tête et je ne crois pas que ce débat fera un jour l’unanimité. L’Islam ne se résume pas à un bout de tissu couvrant les cheveux, le corps et même le visage de la femme. Cette culture ne peut être réduite à quelques clichés non représentatifs. De plus, l’Occident propage une image primitive de l’islam, n’allant pas chercher plus loin que la façade.

فانيسا

vanes

« Qui est content de son état, est riche » (proverbe arabe)

Ségrégation des sexes, réalité qui persiste

Posted in Iran, Uncategorized with tags , , , , , on 6 septembre 2009 by vanes

Lors du dernier article, je vous ai volontairement laissé en suspens. Alors que je parlais des taxis partagés en Iran, je vous ai lancé tout bonnement que je fus bouche bée à la vue de la ségrégation des sexes à bord des autobus, les hommes en avant, les femmes en arrière. La ségrégation des sexes est bel et bien une réalité qui persiste malgré que nous entrions dans l’année 2010.

L’Iran est un pays plutôt méconnu des occidentaux et surtout mal médiatisé. Lorsque j’ai pris la décision d’y aller, j’ai voulu me renseigner sur le pays afin d’éviter de faire un faux pas qui me coûterait cher. Je me suis mise à lire beaucoup de livres sur l’Iran dont un récit de voyage Passeport pour l’Iran[1] d’une jeune auteure, Marie-Ève Martel, qui raconte son expérience alors qu’elle avait le même âge que moi, 23 ans. Je me suis identifiée à ce qu’elle a écrit et surtout de la façon qu’elle a vécu son périple, ce qui m’a mise en confiance pour « affronter » ce pays ignoré. J’ai également visionné des quantités de films non seulement iraniens mais arabes aussi. Je tentai de suivre les journaux en ligne, section internationale, profil Moyen Orient pour vraiment être au courant de tout mais je restai quelque peu confuse quant à la compréhension de leurs problèmes politiques. Bien que j’avais une petite idée de l’endroit puisque à l’école secondaire j’avais une bonne amie Iranienne, ce que j’ai appris m’a tout simplement renversé. Non seulement j’ai été saisie par les règlements reliés au port de la tenue islamique, que je devrai absolument aborder prochainement vue la quantité d’informations et anecdotes que j’aimerais vous transmettre, mais ce qui m’a le plus ébahie est la manière d’agir en société avec les hommes.

En effet, selon les bouquins, la femme ne peut regarder l’homme droit dans les yeux, alors que moi, alors que pour moi c’est très important de regarder dans les yeux la personne avec laquelle j’interagis, homme ou femme. Il ne faut en aucun cas serrer la main à un homme lors d’une nouvelle rencontre ou encore ne jamais se défaire de son hijab devant des hommes étrangers et ne jamais laisser paraître les cheveux hors du foulard. J’avais même lu qu’une femme ne peut s’asseoir directement à côté d’un homme à moins qu’elle ne possède un lien familial ou être liée par le mariage. En conséquence, dans les taxis partagés, c’est un jeu de chaise musicale et  le passager de devant est assurément de sexe masculin.

Mahdi et moi à Téhéran

Mahdi et moi à Téhéran

Alors que je revenais à Téhéran après un trajet de nuit de dix heures d’autobus, le neveu de la femme assise à côté de moi, Mahdi, m’aida à trouver un moyen de sortir du pays, puisque les billets de train traversant la frontière, étaient tous vendus. Il m’a dirigé dans plusieurs agences de voyages, pour finir à la station d’autobus afin que j’achète mon billet pour me rendre à la frontière de l’Iran avec la Turquie. Une fois le billet acheté, il m’a conduit à mon auberge en disant revenir en fin de journée pour aller marcher un peu. Il m’a ainsi présenté un ami avec qui nous avons fait un petit tour de la ville. Puis, à la tombée de la nuit, tous deux m’ont raccompagnée à l’auberge. Mahdi me donne rendez-vous le lendemain afin de de me tenir compagnie jusqu’à la station de bus. Ce genre de comportement n’est nullement unique à Mahdi, mais un exemple de la générosité des Iraniens. Même après lui avoir dit au moins quinze fois que ce n’est pas nécessaire, que je suis déjà bouche bée de sa gentillesse, il se présenta, comme prévu, au rendez-vous. À la station, il me remet un sac pleins de petites prunes vertes pour le trajet et s’assure auprès du chauffeur que je sois bien guidée vers la bonne compagnie à mon arrivée à la frontière, dans le but de prendre un second bus qui se rend à la ville Turc désirée. Encore aujourd’hui, je suis émue de cette rencontre que j’ai voulu immortaliser avec un cliché de Mahdi et moi. Sur cette photo, on voit très bien l’espace entre nous, les bras de Mahdi croisés et les miens maladroitement placés sur le long de mon corps. Aucun contact entre l’homme et la femme, même après avoir passé de bons moments ensemble. Au Canada, on se serait pris par la taille avec un sourire complice, comme on fait avec nos amis, losqu’on passe un bon moment en Iran, on demeure côte à côte avec un léger sourire et un espace physique entre les corps.

À mon arrivée en Iran, bien qu’ayant le sentiment d’être totalement étrangère à leur façon de vivre, j’observais et suivais toutes les règles de conduite que j’avais apprises avant mon départ. Je me suis vite rendue compte que j’avais un comportement extrémiste, que même les iraniens n’obéissaient pas à la lettre aux codes.  Un iranien qui m’a hébergé m’a même dit que je prenais ça trop au sérieux! Je ne crois pas qu’il savait quelle image est projetée de son pays en Occident et qu’il avait lu ce qui s’écrit par les auteures iraniennes.

J’étais tellement prête à affronter tous les tabous à l’exception de cette ségrégation des sexes à bord des transports en commun que je n’avais pas envisagée vraiment. Dans le métro, il y a des wagons uniquement à l’usage des femmes, et d’autres, pour les deux. La même chose se produit avec les taxis et dans les autobus. Certaines femmes préfèrent se retrouver parmi les siennes et ainsi certains taxis sont conçus pour les femmes et sont conduis par celles-ci. Par contre, l’inverse n’existe pas. Ainsi, lorsque je prenais un autobus pour me déplacer entre deux villes, il était normal de partir une dizaines de minutes en retard, le temps de réorganiser le bus afin qu’une femme seule ne soit assise à côté d’un homme si les deux ne possédaient aucun lien marital ou familial. En effet, l’Islam n’encourage pas l’interaction entre inconnus des deux sexes lorsqu’ils sont seuls et ce avant le mariage. Il s’agit d’un pays islamique dans lequel la ségrégation des sexes est plus importante qu’ailleurs.

coté des femmes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

coté des femmes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

Beaucoup savent déjà que les hommes et les femmes sont séparés à la mosquée. Il s’agit d’un lieu culte où femmes et hommes possèdent chacun une partie de la mosquée selon le sexe. Il y a aussi des mosquées dans lesquelles les hommes entrent par la porte principale et les femmes possèdent leur porte d’entrée, souvent située sur le côté ou à l’arrière de la bâtisse. Comme ils se retrouvent souvent à l’opposé de la mosquée, cela crée une division réelle entre les deux groupes. Apparemment, les barrières ou les divisions ont été crées plus pour les hommes que pour les femmes. En effet, la femme représenterait une distraction lors de la prière et alors que celle-ci doit être faite avec un cœur pur. Auparavant, les femmes priaient derrières les hommes, puis un rideau à été érigé pour que les femmes prient derrière et soit cachées. Certaines femmes ne respectèrent pas le règlement en priant devant en guise de protestation. Étant donné le nombre d’hommes priant à la mosquée, la place aux femmes reste minime et cela rend la tâche plus difficile aux femmes voulant prier dans un lieu de culte plutôt qu’à la maison. Selon le film Une femme dans la mosquée[2] réalisé par Zarka Nawaz, cela engendre un découragement chez la femme et une d’entre elle prend parole en disant que Dieu a crée la femme pour une raison, pas uniquement pour l’enfermer dans les maisons à élever les enfants. Certaines femmes défendent cette ségrégation dans les mosquées en disant

côté des hommes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

côté des hommes à la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

qu’elles disposent d’autres occasions pour parler aux hommes et que la prière est une pratique sérieuse qui requiert une concentration totale. D’autres répondent en se demandant si les hommes sont faibles au point de se faire laisser distraire par un regard de la gente féminine? Lors de la réalisation du film, en 2005, il existait 140 mosquées au Canada. En 1994, 52% d’entres elles avaient une barrière ou une division et en 2000, plus de 66%. Il s’agit donc  d’une démarcation entre les deux sexes, mais ne l’avons nous pas déjà avec le hijab et la tenue islamique? Umar Farruq Abd-Allah, président de la fondation Nawawi[3] déclare que c’est une pratique culturelle d’une culture dysfonctionnelle qui n’est pas saine, ni équilibrée, ce n’est pas moi qui le dis.

Ce n’est cependant pas uniquement dans la religion musulmane qu’il existe une ségrégation des sexes, mais c’est bien une réalité que nous expérimentons sur une base quotidienne, par contre il s’agit là de comportements que nous exécutons sans nous en rendre compte. Par exemple, les vestiaires dans un gym sont divisés en deux, soit un pour les femmes et l’autre pour les hommes. Les toilettes publiques sont également un bon exemple d’une ségrégation dans tous les pays et même dans ceux occidentaux. Dans certaines auberges, les dortoirs peuvent aussi diviser les sexes opposés comme dans les prisons. Il existe aussi des écoles réservées aux femmes et d’autres pour les hommes.

Hommes priant dans leur division de la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

Hommes priant dans leur division de la grande mosquée des Omeyyades à Damascus en Syrie

La ségrégation des sexes est donc répandue partout à travers le monde, quoiqu’à différents niveaux selon les pays. Dans les pays occidentaux, on la pratique afin de préserver l’intimité des sexes dans certains lieux publics, alsors que dans d’autres pays, elle a une connotation religieuse.

فانيسا

vaness

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme. (proverbe arabe)

La mosquée de la femme, c’est la maison. (proverbe arabe)


[1]http://www.amazon.ca/Passeport-pour-lIran-Marie-Eve-Martel/dp/2894853378

[2] http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=54494

[3]http://www.nawawi.org/