Minimaliste

2005, premier grand voyage. Je mets les pieds pour la première fois dans un pays arabe : le Maroc. Je n’ai aucune idée à quoi m’attendre. Je déniche un exemplaire du guide le petit futé édition 2003 dans une petite librairie près du musée Pompidou à Paris. Déjà très désuet, il s’agit de ma seule source d’information sur le pays mise à part quelques histoires de voyageurs.

Autant j’ai trouvé ce séjour en terre arabe difficile, autant il fut enrichissant et m’a fait réfléchir.

J’étais encore une « débutante » en matière de couchsurfing et j’ai opté plutôt pour la chambre d’hôtel. Je ne me promenais pas après la nuit tombée. Je n’acceptais pas les multiples invitations à prendre le thé ou quoi que ce soit en raison de ma grande méfiance. Un jour, à la pension Talal où je logeais à Fès, je passai une fin de journée à jaser avec un employé et son ami dans les marches de la pension. Puis l’heure du souper arriva et je décidai d’aller me chercher quelque chose à manger. Hicham, l’employé a insisté pour me diriger dans le souk vers un boucher. Je refuse, il insiste, j’accepte. Nous allons chez ce boucher où la viande entourée de moustiques est bien étalée au soleil. Il paraît que je ne dois pas craindre quoi que ce soit. Bref. Nous achetons la viande, ou plutôt il achète la viande et continu son chemin vers une autre place où l’on peut faire cuire notre achat. Le cuisinier forme de petits cylindres avec notre viande et y ajoute des épices. Une fois griller, il suffit de prendre place à la table basse avec la nappe grasse et d’apprécier à l’aide de pain, de beaucoup de pain. Puis, il m’invite à prendre le thé chez lui. Je refuse, il insiste. Je refuse à nouveau, il insiste toujours. J’accepte.

Une fois que nous avons frôlé tous les murs de ces ruelles étroites, nous voilà devant une porte qui se trouve à être la sienne. Hicham entre le premier et moi je suis. Il échange quelques mots avec sa sœur et sa mère qui m’aperçoivent après coup et s’exclament de ma visite. Je suis gênée et je ne cesse de sourire. Elles me parlent en arabe avec un enthousiasme incomparable alors que Hicham jouent au traducteur. Sa sœur prépare le thé avec de petits gâteaux et moi j’observe leur demeure. Je suis étonnée. Premièrement en raison du salon qui est à moitié à l’intérieur et à moitié dans la partie à ciel ouvert de la maison qui est la cour intérieur. Les maisons arabes sont bâties autour d’une cour centrale qui est caché par les murs extérieurs. Aussi, ce qui me marque le plus est la simplicité de leur demeure. De grands cousins en guise de sofa à l’extérieur avec une table à café, quelques arbres comme décoration. Puis dans le salon intérieur, je remarque qu’un seul cadre est accroché au mur, une photo de famille. Les murs bordés par des sofas de pleine longueur. J’aurais aimé voir le reste, mais je n’oserais jamais le demander.

Toujours au Maroc alors que je faisais partie d’une excursion pour dormir dans le désert du Sahara, nous nous sommes arrêté dans une ville du sud, Ouarzazate. C’est à cet endroit qu’ils ont tournés le film Gladiator si je ne m’abuse. Nous nous sommes promené dans ce village et sommes rentrés dans la demeure d’un habitant. Encore une fois, je fus choquée par la simplicité de celle-ci. C’était évident que cette fois, le facteur de la pauvreté jouait un peu sur les biens matériels. Cependant, de simple coussins colorés et des couvertures se trouvait dans ce qui faisait office de salon et quelques cadres de photos ornaient les murs.

Lorsque j’ai quitté le Maroc pour revenir en Espagne, j’ai beaucoup songé à cette simplicité. Moi, je garde tout. Je n’arrive pas à jeter. J’accumule inutilement et je ne suis pas la seule. Mon appartement est rempli de meubles qui sont remplis de choses pas toujours d’une grande utilité. Je me souviens être revenu chez moi après ces trois mois passés à l’étranger et avoir fait un ménage pour essayer de diminuer cette abondance de matériel que je possèdais. À l’époque je croyais en avoir enlevé pas mal, mais ce n’est que cette année, que j’ai vraiment appris à le faire. J’ai acquis une ouverture vers cette facilité ne pas tout garder, me débarrasser, mais surtout ne pas tout accepter ce que l’on me donne si je sais que je n’en ferai pas bon usage.

Au Canada, c’est l’abondance, toujours plus, jamais assez. On veut toujours obtenir LA dernière technologie même si la précédente est encore très fonctionnelle. Un Ipod, un cellulaire, un ordinateur, la liste est longue, l’année suivante ils sont désuets. On a tendance à avoir trop de meubles, de vaisselles, de bibelots, trop trop trop. Dans les pays arabo musulmans que j’ai visités, j’ai été choquée par le minimalisme dans les maisons. Souvent, il n’y a même pas de table pour manger. Sur le tapis du salon, on y étale des journaux ou encore une nappe et on s’assoit en cercle pour manger. C’est dans l’est de la Turquie que j’ai vécu cette expérience pour la première fois, puis en Iran et j’y ai pris goût. Aussi, pas besoin nécessairement de sofa, car de simples couvertures et matelas suffis à occuper la fonction de sofa ainsi que de lit dans les familles nombreuses. Évidemment ce n’est dans toutes les maisons que c’est comme ça, sauf que moi, c’était peut-être la première fois que je réalisais à quel point je vivais dans l’abondance, l’inutilité de biens matériels. J’ai eu une prise de conscience. Ça me libère la vue, me clarifie la tête et me permet de mettre mon argent dans d’autres voyages plus enrichissants les uns que les autres.

Cela dit, j’ai encore beaucoup de travaille à faire et j’en suis consciente.

فانيسا

vanes

«Une petite maison en ruine vaut mieux qu’un palais en commun.» (proverbe arabe)

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