Une veille du jour de l’an bien différente

Chaque année la même question revient : Que faire pour fêter le nouvel an en grand. Cette année j’ai trouvé réponse à cette question. Je le fêterai d’une façon peu commune dans un environnement dépaysant. Je passerai le 31 décembre dans le désert de la Syrie, à Palmyra dans une tente de bédouin.  Cette année, tous se réuniront à Palmyra en provenance de Homs,

Ruines de Palmyra au mois de décembre 2009, Syrie

Ruines de Palmyra au mois de décembre 2009, Syrie

Aleppo et Damascus pour fêter en grand. L’an passé le jour de l’an est passé inaperçu en raison des événements de Gaza en Palestine.

Palmyra est une petite ville au centre de la Syrie et une rue principale qui se rend aux ruines de l’ancienne cité de Palmyra la traverse. Il s’agit du centre ville. Tout le monde se connaît puisque tous possèdent une boutique de bijoux ou de souvenirs, un restaurant ou un café. Les enfants des propriétaires travaillent tous pour l’entreprise familiale et quelques uns d’entres eux ont tissé des liens d’amitié. Ainsi mon ami Hany a un ami Odi qui possède un restaurant dans une tente typique de bédouin où des soirées sont organisées. La dernière fois, j’ai eu droit à une expérience inoubliable qui sera détrônée par la plus récente.

Revenons au début de cette longue journée dans laquelle je m’étais arrêtée dans mon dernier article.

Nous arrivons à deux voitures de la ville de Homs à Palmyra et Hany me dit que sa sœur se fiance le soir même et qu’il

Moi devant les ruines de Palmyra au mois de décembre 2009, Syrie

Moi devant les ruines de Palmyra au mois de décembre 2009, Syrie

devra passer du temps avec sa famille. Parfait pour moi, j’aurai quelques heures de solitude pour faire une sieste, défaire un peu ma valise et me préparer tranquillement pour la soirée. En me déposant à l’hôtel où je séjournerai, on convient que je le rejoindrai pour 19h30 au restaurant familial.

Il est 17h lorsque je me réveille de ma sieste et m’apprête à prendre une douche alors que ça cogne à ma porte. J’enfile une serviette autour de mon corps et demande qui est là. Mohammad, le propriétaire me dit que Hany est au téléphone et il me passe son mobile à travers la mince ouverture que je fais avec la porte. Hany me dit que quelqu’un passera me chercher pour le rejoindre. Je lui demande de me donner vingt minutes pour me préparer. Je me presse et je ne sais pas où donner de la tête. Dois-je me préparer pour la soirée ou juste pour le souper. Connaissant Hany et ses tendances imprévisibles je me prépare pour la veillée du jour de l’an. Je n’ai pas apporté beaucoup de vêtement pour les sorties. J’hésite entre un haut noir un peu échancré que je mets pour sortir à Montréal et un nouveau t-shirt à manches longues et col bateau acheté à Istanbul quelques jours plus tôt. Malgré que Hany me dit que je peux porter ce que je veux, je me dis que je suis en Syrie, que j’ai des courbes et que Palmyra est un peu plus conservateur que Damas et opte pour le haut avec le plus de tissu. Je me maquille, mais pas trop. J’enfile un pantalon noir et de petites bottes plates. Rien à voir avec les autres jours de l’an. Quarante minutes plus tard j’appelle Hany qui m’envoie un chauffeur (Je suis l’heure arabe en prenant le double du temps convenu). J’arrive au restaurant et aperçois Hany assis à une grande table à laquelle toute sa famille est réunie. Je me félicite mentalement pour ma tenue en voyant les femmes voilées dont sa mère à côté de qui on m’assigne une place. Je suis ultra gênée puisque je ne m’attendais aucunement à cela. Merci Hany pour les infos! C’est le souper des fiançailles de sa sœur avec un Syrien qui demeure au Canada. Il me parle de l’autre bout de la table et je comprends qu’il demeure à Pierrefond. Il m’est étrange de parler de Montréal avec des étrangers mais de parler de quartiers, c’est encore plus étrange. Hany me sert mon premier whisky-coka de la soirée, assez fort pour me mettre à l’aise. Une fois gavée d’agneau de riz et d’un mélange fait avec de l’orge au goût exquis, nous nous rendons tous chez Hany où les hommes se trouvent dans le salon des invités et les femmes dans un autre salon plus petit. Là commence l’attente de je ne sais quoi. Une femme me parle de temps à autre d’un anglais assez bon. Elle est surement professeur d’anglais. Je suis assise dans un fauteuil qui prendra surement ma forme au cours de la soirée et je me contente de sourire. Puis, la tête d’un homme surgit de la porte et il déclare quelque chose en arabe que je ne saisie aucunement. La sœur de Hany se lève et fait le tour des invitées pour leur serrer la main et en embrasser quelques unes. Les unes après les autres lui disent quelques mots en finissant avec mabrouk (félicitation). Vient mon tour. Je me contente d’un simple mabrouk et elle sourit avec un air fraternel. Elle m’aime bien et me parle toujours en arabe. Hany me fais signe de changer de salon. Je repère un petit fauteuil. On attend toujours mais cette fois, devant une énorme table à café sur laquelle se trouvent des montagnes de douceurs telles des baklavas, des noix et des fruits. La professeure d’anglais me sert une assiette avec un baklava de chaque sorte soit environ cinq gros et trois petits puis, une assiette avec une clémentine, une pomme, une banane et une orange. Elle fait de même pour chaque invité. Pense-t-elle vraiment que je puisse manger le tout et ce, après une montagne de riz avec de l’agneau? Je me force à manger deux baklava et un morceau de pomme très lentement par politesse. Subitement, la musique arabe surgit de quelque part dans la pièce d’un son mauvais et extrêmement fort. Les jeunes se mettent à danser et Hany, évidemment, vient faire son spectacle.  Les futurs mariés prennent aussi part à la danse. Évidemment, ils essayent de me faire danser. Je déteste ce moment où je ne voudrais d’aucune façon mettre en valeur mon pays d’origine par mes mouvements de canadienne coincée dans un bloc de glace alors que les arabes sont gracieux. Je sais que je n’ai pas le choix. J’essaie de faire de la visualisation. Ça y est je ne peux plus résister, Iyad, son frère me tire le bras et je me lève. Quelle honte! La chanson termine juste quand je me dandine d’un côté à l’autre en faisant à semblant d’être très à l’aise. J’en profite pour me rassoir.

Il est 21h30 lorsque Hany et moi filons en douce après l’échange des anneaux.

Je suis contente de m’être préparée pour la soirée puisque Hany nous conduit à la tente de bédouin. C’est là que je vivrai un jour de l’an bien différent.

La tente est immense en forme de L. Nous prenons place à une table en face du Dj et du bar, car oui, ils boivent! Amer et un autre ami Wafi y sont déjà. S’en suit des deux Ahmed et de leur conquête ainsi que Naim et la sienne. Un troisième Ahmed se joint également à nous. Les gars prennent des bouteilles de vodka et de whisky et ça y est c’est parti.

Un groupe de bédouin se promènent d’un bout à l’autre de la tente en chantant, jouant de la musique et dansant. Ils s’arrêtent devant nous, Hany leur donne un billet et ils restent devant nous pour quelques instants, puis reviennent en chantant quelque chose en nommant Naim pour l’inciter à donner un autre billet, ce qu’il fit. Nous avons droit à un autre

Ahmed au Party du nouvel an dans la tente de bédouin à Palmyra, Syrie

Ahmed au Party du nouvel an dans la tente de bédouin à Palmyra, Syrie

moment de musique digne des mariachis, mais tellement plus agréable. Une troisième visite cette fois pour soutirer un billet de Ahmed. Le plateau avec l’agneau entouré de légumes et d’un mélange de riz est servi. Moi je n’arrive plus à prendre ne serait-ce qu’une bouchée.

Le Dj embarque et fait jouer de la musique arabe. Hany se lève pour danser devant notre table et je me lève subitement. J’adore la musique arabe. Tous mes amis vous le diront, je leur casse les oreilles avec ma musique. Je me lève j’en écoute, dans mon ipod, au travail parfois, sur le retour chez moi et chez moi jusqu’au coucher et je ne me tanne juste jamais. On se met à danser entre amis et ce n’est pas long qu’on se retrouve entourés de plein de touristes et plus tard, d’autres amis. Je ne me suis plus rassise jusqu’à la fin. Les flashs de photos se font voir de partout, des gens filment aussi. Un après l’autre m fait danser et c’est

Mohammad et moi au party du jour de l'an dans la tente de bédouin à Palmyra, Syrie

Mohammad et moi au party du jour de l'an dans la tente de bédouin à Palmyra, Syrie

grâce à tous ces flashs que j’ai pu retracer ma soirée. Une grosse caméra est souvent autour de moi, mais je n’y porte pas trop attention jusqu’à ce que le monsieur me demande une entrevue. euh c’est que c’est pas le bon moment là. Je ne peux pas vraiment refuser quand je vois que Hany ne le revire pas de bord. Il est deux heure trente du matin, je suis dans le désert avec quelques verres de Whisky dans le corps et la télévision syrienne, dans un pays musulman et une ville plus conservatrice me demande une entrevue? Je prie Hany de me suivre et de gérer le tout. Il en rit et me dit qu’il va me traduire les questions. Au début je réponds en arabe, un peu tout croche. Puis on reprend et cette fois j’abandonne et je réponds en anglais. Il me demande mon nom, ma nationalité, la raison de ma visite et surtout la raison d’être venu à Palmyra plus que dans une autre ville. Je lui sors la première réponse qu’il me vient en tête, mais c’est pénible. Non. C’est simplement absurde.

Le lendemain, sur la rue principale, chaque personne sur le cadre de porte de leur boutique me salue. Tout se sait dans cette petite ville. Ma réputation est faite. Party girl canadienne  qui adore la musique arabe. Le summum est les bédouins qui me reconnaissent de loin et me font signe de danser en m’offrant le hospitality tea. Si j’avais accepté tous les thés proposés, j’aurais bu mes 2 litres d’eau par jour pour les quatre prochains jours. Ceci étant dit, j’ai passé la plus merveilleuse des veilles du jour de l’an. L’expérience culturelle la plus amusante et je me dis que ce qui ce passe à Palmyra, reste à Palmyra!

فانيسا

vanes

La jeunesse, est une fraction de folie. (proverbe arabe)

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Une Réponse to “Une veille du jour de l’an bien différente”

  1. Quelle expérience!!! En plus t’es une STAR maintenant!! C’est fou le courage que tu as de te lancer toute seule dans toutes ses aventures… Ça me fascine chaque fois que je te lis… Enfin. Je comprends qu’après ce genre de séjour, haut en couleur et fort en musique, le retour à Montréal doit être, disons, somme toute assez bof.

    À bientôt d’ailleurs!

    MS

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