Les retrouvailles

Un an et demi s’est écoulé avant mon retour en Turquie et en Syrie.  Après ce faux départ grâce à la compagnie aérienne KLM, j’arrive une journée plus tard à Istanbul. Je suis accueillie par une turque avec qui j’avais passé une fin de semaine à faire la fête chez mes amis turcs avant mon retour à Montréal après trois mois de voyage au Moyen Orient. Nous avions gardé contact par l’Internet depuis juillet 2008. Ainsi nous avons développé des affinités durant ce laps de temps et elle m’a offert de rester chez elle durant mon séjour puisqu’avec mes amis, il semblait bien compliqué de s’organiser.

Digdem et moi dans un bar de Istanbul, Turquie

Digdem et moi dans un bar de Istanbul, Turquie

Il est dimanche et c’est le 27 Décembre 2009. Je suis devant l’hôtel Marmara qui se trouve à Taksim, l’endroit tendance pour les sorties et le magasinage. J’y suis enfin! Digdem arrive, c’est comme si je ne l’avais jamais quitté. On se sert dans les bras et prenons le chemin de la maison.

Sa mère m’accueille d’une façon digne de l’hospitalité turque. On prend le thé en se contant brièvement les dernières nouvelles. Sa mère, Tulay, ne parle pas du tout l’anglais, mais Digdem fait l’interprète. Elles décident de m’amener ainsi que l’ami de Digdem, Tylan au marché de poisson où se trouvent de petits restaurants. Je déguste mon poisson avec les petites entrées

Petit restaurant où nous avons mangé dehors, Yedikule, Istanbul

Petit restaurant où nous avons mangé dehors, Yedikule, Istanbul

style humus et aubergines à la tomate. Nous mangeons dehors sur la terrasse au mois de décembre et ce, en chandail et en souliers. Je suis tout simplement comblée.

Quelques jours s’écoulent et je quitte Digdem que je reverrai à la fin de mon voyage, puisque je pars pour la Syrie.

Après mon histoire de frontières et les quatre heures trente de trajet pour me rendre à Homs, je revois mon ami Hany. Cet arabe qui parle si fort avec qui j’ai passé à peu près une semaine avec à Palmyra ainsi que dans sa famille à Homs et également chez son ami Amer à Damascus, lors de ma visite précédente. Je

Hany et moi sur la colline de la citadelle de Palmyra en Juin 2008

Hany et moi sur la colline de la citadelle de Palmyra en Juin 2008

monte les marches de l’immeuble et son homme à tout faire monte mon bagage et me dirige à l’appartement. Je passe le cadre de porte et j’aperçois Hany dans le salon. Il est pareil sauf quelques livres en trop. On se serre dans les bras et commençons à délirer comme auparavant. On ne dirait pas à première vu que ça

Naim et moi au jour de l'an, Palmyra Syrie

Naim et moi au jour de l'an, Palmyra Syrie

fait un an et demi qu’on s’est vu, car rien n’a changé. Il est presque cinq heures de l’après midi et je suis épuisée de mon parcours qui dure depuis minuit. Hany me demande de deviner qui viendra ce soir. Je l’ignore, je suis sérieusement ultra fatiguée et je suis nulle aux devinettes! Il m’annonce que lorsqu’il a parlé avec ses amis que je connais et que lorsqu’ils ont su que j’arrivais le soir même ils ont décider de quitter Palmyra pour venir à Homs afin de souper tous ensemble.

Une heure plus tard, Naim et sa copine font leur entrée suivie de Amer avec qui j’ai une plus grande complicité. Hany, Naim et

Amer and I at the new year's eve party in Palmyra, Syria

Amer et moi au party du jour de l'an à Palmyra, Syrie

Amer sont trois gamins dans la mi- vingtaine avec qui je riais constamment et partais sur des délires. Ils m’accueillent avec nos blagues habituelles. C’est bon de les revoir. Encore une fois ils n’ont pas changé sauf qu’ils ont tous pris du poids. Amer était celui qui faisait tant attention à son apparence et passait plus de temps devant le miroir que moi. À l’opposé, ils me font la remarque que j’ai maigri. C’est surement du aux trois derniers mois de ma vie dans lesquels je courrais d’un bord à l’autre tous les jours.

L’homme à tout faire de Hany nous prépare un festin, un vrai! De l’agneau, du poulet frit, de la salade fatouch, des légumes avec des fines herbes, de la soupe et du pain. Les desserts suivent avec les incontournables cafés arabe et thés. Nous restons un moment dans la pièce centrale entourée de cousins dans laquelle se trouve le poêle. Plus tard, nous allons visiter Homs by night comme Hany ne cesse de dire. On se rend dans un resto-café où nous prenons une bière et fumons le narguilé.

Le lendemain, le 31 décembre nous partons à deux voitures vers Palmyra où nous fêterons le jour de l’an. Évidemment c’est la folie. La musique arabe à tue tête, les gars chantent et tappent des mains. Moi je regarde le paysage désertique et je suis si contente de retourner à Palmyra et passer quelques jours près des ruines, dans le désert. Un son retentit de temps à autre, puis pendant plus de trente minutes. Le genre de son que fait nos voitures ici lorsque la ceinture du conducteur n’est pas attachée. Je demande à Hany qu’est-ce que ce bruit. Il me répond tout bonnement que c’est le son que qui indique que la limite de vitesse est dépassée. Je regarde le cadran, il roule à 120 jusqu’à 130. Au cours de ce voyage on me répètera souvent cette phrase : « here nobody respects the rules », « no rules here ». Quel bordel que ces pays!

Hany me dépose à l’hôtel, puisque je ne peux être hébergée chez lui étant donné qu’il s’agit d’une ville très conservatrice et que bon il possède des connexions avec le milieu hôtelier. Je revois Mohammad, cet homme gras avec qui nous avions pris toute une cuite dans la tente de bédouin la

Mohammad, the own of Afares Hotel in Palmyra in June 2008

Mohammad le propriétaire de l'hôtel Afares à Palmyra en Syrie, Juin 2008

dernière fois. Puis plus tard, je revois la famille de Hany, sa sœur qui se fiancera le soir du 31, sa mère, son père et son frère. Tous se souviennent de moi et nous échangeons les politesses et cette fois, en arabe! Son frère comme je l’avais prédit à Hany, me parle en roumain alors que je lui répète à chaque fois que je ne parle pas la langue. Voyez vous il a épousé une roumaine qui vit maintenant à Palmyra avec qui il a eu deux enfants qui sont je dois dire très mal élevés. Depuis, il adore parler le roumain et même étant séparé de sa femme, continue à chatter sur l’Internet avec des femmes roumaines en Roumanie. Hany me regarde et rit lorsque je lui fais remarquer que son frère Iyad me parle toujours en roumain. Son père qui est intimidant et plutôt âgé me parle d’un arabe incompréhensible et lorsque les autres me font la traduction, ils rient toujours du fait qu’il me parle en langage très familier typique de Palmyra alors c’est normal que je ne comprenne rien.

Odi and I at the new years eve party in Palmyra, Syrie

Odi et moi au party du jour de l'an à Palmyra en Syrie

La dernière personne que je revois est Odi. Odi dont le père possède la tente de bédouins où les fêtes les plus folles se déroulent. Lui, il y travaille et gère les soirées. Odi se prononse Odaye et moi j’étais convaincu que son nom était Obayd. Ce fut un de nos running gag durant le reste de mon séjour.

C’est en revoyant tous ces gens que je réalise à quel point les choses peuvent rester telles quelles et stagner. Pour ma part, je suis contente d’évoluer, de changer et de me défaire des situations dans lesquelles je suis moins bien. Un an et demi plus tard, je vois la différence, je vois ma différence. J’ai grandi.

فانيسا

vanes

Quelque soit l’ami que vous preniez, il faudra vous en séparer un jour. (proverbe arabe)

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Une Réponse to “Les retrouvailles”

  1. francine gagnon Says:

    Comme tu es sage ma grande Vanessa. Et comme toujours tous ces proverbes arabe, sont universelles et prouvent une fois de plus que nous sommes tous des frères et soeurs, Inchallah! xxxx

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