Plus qu’un simple trou

Voyager provoque toujours des chocs culturels. Ces chocs culturels, moi, je les pourchasse. Ce sont par ces inconforts et ces différences que je grandis le plus, ce qui m’amène à me surpasser.  Comme dans toutes règles, il y a des exceptions. Voici une d’entres elles : les fameuses toilettes à la turques.

Je m’excuse en avance auprès des âmes sensibles, mais vous me remercierez si un jour, vous y êtes confrontés.

Toilette Turque

Toilette Turque

Ma première expérience fut en France, étrangement. J’étais dans un bar gai de Paris avec un italo-canadien anglophone rencontré en Espagne plus tôt durant le même voyage. Puisque Paris est une ville très dispendieuse et ce, encore plus avec la conversion des euros,  nous nous retrouvions près des restaurants où nous nous achetions un morceau de fromage, une baguette et une grosse bière Heineken en guise de souper. Un jour sur deux, nous variions avec un pâté de campagne, le tout acheté au dépanneur du coin. Ce repas gastronomique nous permettait ensuite d’aller dans un bar où mon ami voyageur pratiquait son Français. Ainsi, tout amateur de bière sait que la deuxième entame le processus d’évacuation de la première. Je me lève de mon tabouret et mon ami me dit avec un sourire: «ne touche pas aux murs». En effet la toilette est non seulement mixte, mais il s’agit d’une toilette turque, autrement dit, d’un trou. J’en avait déjà entendu parlé, mais je n’avais en aucun cas, expérimenté la chose.

Laissez moi vous décrire la toilette turque et vous aurez droit à quelques faits marquants que j’ai malheureusement en souvenirs de mes voyages.

Contrairement à la toilette occidentale où nous avons un peu plus d’espace, la toilette turque se retrouve dans un espace très restreint ne permettant pas de pouvoir bouger avec aisance afin d’éviter tout contact avec les quatre murs. Le genre de contenant est en faïence, apparentée à la céramique à base d’argile et tout comme notre toilette occidentale, recouverte d’émail. Il s’agit d’une dalle d’une épaisseur d’à peu près un à deux pouces de profondeur, avec de chaque côté, un petit marchepieds strié pour y apposer les pieds de façon à ce que nous puissions nous accroupir. La distance est assez grande pour ne pas malencontreusement, atteindre les jambes. Cette dalle est donc percée à la bonne distance et lorsque nous sommes accroupie, nous arrivons presque directement au dessus. Elle est munie d’un système de chasse d’eau pour évacuer les matières fécales. Personnellement, ce système est pas mal douteux et je doute que beaucoup de gens l’utilisent. Il y a donc un robinet près du sol avec un tuyau de caoutchouc assez long pour que le jet se rende jusqu’à la dalle et ainsi la nettoyer. De plus, la toilette turque ne possède pas de système de canalisation et par conséquence, il faut jeter le papier de toilette utilisé dans le sceau ou la poubelle prévue à cet effet, à côté de la toilette pour ne pas la bloquer. Il y aurait quelques avantages à la toilette turque dûs au positionnement. Par exemple, cela permet l’élimination plus rapidement ce qui prévient du cancer du colon, de l’appendice et de l’inflammation de l’intestin. Cela protège également les nerfs qui contrôlent la prostate, l’utérus et la vessie de s’élargir, ainsi que quelques autres bienfait. Vous le saurez!

Maintenant que vous avez une image assez complète, vous comprendrez peut-être plus le reste de mon article.

Ce fut au Maroc, durant le même voyage que la France, en 2005, que j’ai été confronté à la réalité de la toilette turque. Je devais faire un trajet de bus assez long puisque les transports sont assez lents dans ce pays, du moins à l’époque où j’y suis allée, et comme ma grand mère dit toujours avant de partir, « vaut mieux s’assurer ».  J’entre donc dans les toilettes de la station de bus et en ressors aussi rapidement. Il m’était difficile de voir la couleur initiale des murs!  Comment l’être humain peut-il être insouciant de la présence d’autrui. Il s’agit d’un endroit public, d’un endroit partagé où chacun devrait nettoyer derrière lui pour le prochain. Aussi, je me demandais comment ces femmes vont aux toilettes, comment peuvent-elles être aussi dégoûtantes? Désolée auprès des hommes qui croient que nous les femmes, n’allons pas au toilette ou n’avons pas d’odeur corporelle. Aussitôt sortie, une préposée aux toilettes me tend la main pour récolter son du. Dans certains pays, autant européens que arabes, les toilettes peuvent être payantes et ce, surtout dans les stations de train et d’autobus ou encore dans les arrêts que les moyens de transports font pendant leurs trajets alors qu’il y a une affluence de personnes. Bien évidemment je lui ai répondu sur un air de dégoût que je n’avais même pas osé y aller.

Lors de mon deuxième passage en Turquie, à l’est cette fois, j’étais hébergé chez l’ami d’un Turc à Erzurum, dans le nord-est du pays, dans les montagnes. Tout était super, j’avais ma propre chambre donc de l’intimité. C’est toujours bienvenu quand je voyage et les Turcs était réellement gentils avec moi. Le moment arrive, après quelques thés, d’aller visiter les cabinets. J’ouvre la grande porte et ne laisse paraître en aucun cas mon expression faciale de dégoût et de surprise. Il y avait une toilette turque au milieu de la petite pièce avec un lavabo. L’expression de dégoût était pour l’odeur nauséabonde d’urine. Aucune présence de fenêtre ou bouche d’aération. L’expression faciale de surprise était causée par le fait que les toilettes turques peuvent se retrouver aussi dans les maisons des habitants. J’ignorais totalement ce fait. Moi qui pensait que c’était uniquement dans les endroits publics. De plus, lorsque quelqu’un est un invité, l’hôte remet toujours une paire de sandale fait de caoutchouc normalement afin qu’on ne marche pas en bas ou pieds nus. J’ai remarqué que mon grand-père le fait aussi avec des genres de flip flop. Mon amie polonaise m’appuie sur ce fait puisque c’est coutume également dans sa famille lorsqu’elle est en visite. Bref, le turc m’avait remis une paire de sandale de maison que je devais porter. Par contre, lorsqu’on rentre dans la toilette, il y en a toujours une paire près de la porte afin d’éviter de marcher dans la maison avec les sandales ayant eu un contact avec ce qui peut se retrouver là. Parce qu’à la longue, si la toilette sens aussi fort, je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour les sandales!

Je garde la meilleure anecdote pour la fin. Mon expérience la plus troublante fût entre mon trajet de retour à Téhéran à partir de Shiraz, non loin de Persepolis, qui se situe plus au sud. J’avais décidé faire le trajet de dix ou onze heures avec l’autobus de nuit. Donc à mi chemin, je ne saurais vous

Entrée de Persepolis, Iran

Entrée de Persepolis, Iran

dire dans quelle ville, nous arrêtons le temps de pouvoir aller aux toilettes ou fumer une cigarette. Comme je ne fume pas, j’en profite pour aller aux

Téhéran, Iran

Téhéran, Iran

toilettes. Ça fait deux semaines que je suis confrontée aux toilettes turques et je me suis fait à l’idée, donc c’est rendu normal, même que je savais exactement où mettre mes pieds afin d’arriver au dessus du merveilleux trou. Comme à l’habitude j’ai mon papier de toilette dans la sacoche dont je pré coupe toujours les morceaux requis, afin d’éviter la catastrophe à l’intérieur, je respire par la bouche et fait le tout le plus rapidement possible, dans le but de sortir le plus rapidement possible! Je rentre donc dans les toilettes où il y a une foule mais quand je dis une foule, de femmes vêtues de noir qu’on appelle un Tchador (grand bout de tissu couvrant la tête aux pieds). Elles se poussent toutes entres elles, on aurait réellement dis un zoo. Certaines se lavaient les mains jusqu’aux bras et les pieds jusqu’aux cuisses, d’autres faisaient la file pour les toilettes et tout ça en se poussant les unes contre les autres comme si le savoir-vivre était resté à la porte. Ce n’est pas tout! La lumière était manquante et c’était en pleine nuit. À l’intérieur des toilettes ça allait plus ou moins, mais

rue Ferdosi à Téhéran, Iran

rue Ferdosi à Téhéran, Iran

entre les quatre murs de la toilette turque ce n’était pas du tout évident. Il ne fallait pas tarder là dedans sinon les femmes cognaient dans la porte en parlant le Farsi. Une chance que la femme assise à côté de moi dans le bus, la tante de Mahdi dont j’ai parlé dans l’article précédent, m’accompagnait. Évidemment, rendue à mon tour, la porte ne se barre pas. Cette femme se charge de la tenir pendant que moi, les deux pieds dans de l’eau souillée, j’essaie de m’accroupir dans le noir total, afin de viser le bon endroit. Tout ça en tenant dans mes mains le bord de mon manteau islamique, les extrémités de mon foulard en guise de hijab risquant de traîner, avec mon sac et le bout de papier de toilette et m’éviter tout faux pas. Il devait y avoir tellement d’eau stagnante sur le plancher que j’avais peur que la semelle de mes souliers ne soit pas assez épaisse. Ce genre de soulier avec des petits trous, telle une passoire, pour faire respirer les pieds. En sortant de ce trou, c’est le cas de le dire, la femme me prends le bras et me fait sortir très rapidement en me donnant une lingette pour me

Shiraz, Iran

Shiraz, Iran

laver les mains. Elle même trouvait ça surréaliste, enfin c’est ce que j’ai cru comprendre par ses gestes, puisqu’elle parlait que le Farsi. J’ai compris plus tard à l’aide du langage des mimes qui me sert énormément en voyage et que je maîtrise plutôt bien, que les femmes étaient pressées, presque affolées pour faire leur ablutions (se laver les mains et les pieds), pour faire la prière à la mosquée d’à côté.

Alors, plus qu’un simple trou, vrai ou pas?

فانيسا

vaness

Ce que fait la main droite, la main gauche n’a pas à le savoir. (proverbe arabe)

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5 Réponses to “Plus qu’un simple trou”

  1. lucafecondo Says:

    meme moi qui a vecu en pays arabe depuis plus de 30 ans et maintenant je vais en europe je dirai que ce n’ai pas evident d’utiliser ce type de cuvette turque quand on est habitué l’occidental.
    de toute facon quand je visite les pays arabes je ne sais pas viser ce putain de trou. le pire dans cette histoire c’est les femmes enceintes comment font-elles ?
    j’ai compris qu’une chose c’est que les pays arabes ne pensent à rien à part l’argent et l’argent.

    • Eh bien c’est une façon de penser mais c’est pas à cause du trou où les gens vont au toilette qui fait d’eux des gens qui pensent qu’à l’argent. Je suis en total désacord et pour quequ’un qui y a vécu pendant 30 an, permettez moi de vous dire que vous êtes passé à côté de tant de chose. Vous avez loopé leur générosité sans fond, leur culture coloré et leur langue et histoire, des plus anciennes de cette terre. Je me désole à l’idée que vous puissiez focusser sur les toilettes à la turque, alors que moi, je l’abordais en riant pour montrer les différences et non les écraser! C’est bien que vous soyez retourné en Europe, là où votre confort ne risque pas d’être mis à l’épreuve…

  2. les fameuses toilettes turques….
    j y ai presque pris une douche la premiere fois ,c est tout dire.

  3. C’est vraiment une belle chronique!

  4. francine gagnon Says:

    en passant merci pour le bon souper d’hier soir, miam miam! Quelle lecture en ce beau matin, comme nous sommes gâtées ici, ou tout simplement ici, les yeux fermés, on s’assoit et hop on déroule el papel, tigidou, on pousse gentiment sur une petite poignée et bye bye el skata! ok pour la santé de çi ou de ça, je ferai du yoga! bisoux je te donne des nouvelles d’une autre nature taleure……xxxxx

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